InternationalMaroc

Insécurité au Mali : exportations marocaines menacées vers l’Afrique de l’Ouest

Les autorités maliennes déconseillent aux transporteurs marocains de poursuivre leur route au-delà de Bamako, en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays. Le corridor Smara-Amgala-Zouerate est considéré comme une alternative stratégique pour réduire les distances et les coûts logistiques, mais n’a toujours pas été inauguré.


Le Mali joue un rôle crucial dans le commerce routier entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Des routes maliennes permettent le transit de produits frais, de poisson, de légumes, de médicaments et d’équipements de bureau, avant de retourner parfois chargées de mangues, d’ananas ou de cacao. Cependant, la détérioration de la sécurité au-delà de Bamako oblige désormais les transporteurs à réévaluer leurs itinéraires, coûts et risques. Voici les détails de la situation.

### L’essentiel
– Les autorités maliennes recommandent aux transporteurs marocains de ne pas aller au-delà de Bamako à cause de la dégradation de la sécurité sur plusieurs corridors commerciaux.
– Malgré cela, le Mali demeure un point clé des échanges routiers entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne : les produits alimentaires, les médicaments et les équipements partent du Maroc, tandis que des mangues, des ananas, du cacao et d’autres produits tropicaux retournent vers le Royaume pour parfois être réexportés vers l’Europe.
– L’insécurité renforce l’intérêt pour le corridor Smara-Amgala-Zouerate, qui pourrait réduire les distances, les coûts logistiques et l’exposition des transporteurs aux zones à risque.
– Les professionals demandent une meilleure coordination, notamment à Guerguerat, et la création d’une cellule de surveillance pour le suivi des chauffeurs, camions et état des routes.

### Les détails
Les autorités maliennes ont récemment conseillé aux transporteurs marocains d’éviter d’aller au-delà de Bamako, en raison de l’aggravation de la sécurité dans plusieurs régions du pays. Cette recommandation fait suite à une hausse d’attaques par des groupes jihadistes dans le pays, ce qui pourrait affecter l’approvisionnement en denrées alimentaires essentielles dans divers pays d’Afrique de l’Ouest, avec un risque de tensions sur l’offre et une augmentation des prix.

Les répercussions pourraient également toucher les importations de fruits exotiques en provenance d’Afrique subsaharienne. Une partie de ces marchandises est destinée au marché marocain et une autre pour réexportation vers l’Europe. Bien que les volumes échangés soient relativement faibles, ces flux sont importants pour les opérateurs de part et d’autre.

### Le Mali, un passage important pour le commerce marocain
Contacté par Médias24, Mustapha Chaoune, secrétaire général de la Fédération nationale du transport multimodal (FNTM), a confirmé que la sécurité au Mali s’est dégradée. « Il y a, en effet, un sérieux problème de sécurité dans ce pays désertique. C’est d’ailleurs pour cette raison que le trafic y est perturbé », a-t-il déclaré.

« Le Mali occupe une place centrale dans les échanges routiers entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Dans la feuille de route du transport routier africain, le Mali est le véritable pivot. C’est depuis ce pays que les camions marocains rejoignent le Niger, le Burkina Faso, le Ghana et plusieurs autres marchés d’Afrique de l’Ouest. Nous importons également des fruits exotiques depuis le marché africain, dont une partie continue sa route vers l’Europe. Même si les volumes restent limités comparativement aux échanges avec l’Europe, ces flux demeurent stratégiques », a-t-il ajouté.

Chaoune a précisé que, « du Maroc transitent notamment des produits alimentaires frais, tels que le poisson et les légumes, ainsi que les médicaments issus de la plateforme d’Agadir et les équipements de bureau. Dans le sens inverse, les transporteurs ramènent notamment des mangues, des ananas, du cacao ou d’autres produits tropicaux ».

### Bamako relativement sécurisée, mais les routes commerciales demeurent dangereuses
Le transport routier est privilégié par de nombreuses entreprises internationales et marocaines en raison des coûts élevés du fret aérien, selon Mustapha Chaoune.

« Les autorités maliennes déconseillent elles-mêmes aux transporteurs de poursuivre leur route au-delà de Bamako. Entre la Mauritanie et le Sénégal, il n’y a pas de problème. Même Bamako reste relativement sécurisée. Mais dès que l’on sort de la capitale malienne, les risques augmentent fortement. Les autorités demandent donc aux transporteurs marocains d’éviter de prendre ces routes ».

D’après le secrétaire général de la FNTM, « le gouvernement malien ne contrôle réellement que la capitale, tandis que plusieurs corridors routiers demeurent exposés aux attaques. Mais un camion de transport de marchandises ne peut pas s’arrêter à Bamako. Il doit continuer son trajet ».

« Dans certains cas, les transporteurs sont contraints d’emprunter des itinéraires alternatifs en passant par la Guinée-Conakry, parfois à travers des zones forestières, pour rejoindre les autres pays de la région. Tout dépend de la situation de la route. Des communications quotidiennes ont lieu entre les professionnels eux-mêmes pour échanger sur la situation routière ».

### Le corridor Smara-frontière mauritanienne attendu comme une alternative stratégique
Pour Mustapha Chaoune, cette insécurité s’inscrit dans un problème régional plus large. « Aujourd’hui, toute l’Afrique subsaharienne connaît une forte instabilité. Les groupes terroristes sont présents entre la Mauritanie et le Mali et poursuivent leurs activités jusqu’au Soudan par voie terrestre. Cette situation complique durablement les échanges routiers avec l’Afrique de l’Ouest et met en danger les transporteurs marocains ».

Il a ainsi appelé à accélérer l’inauguration du nouveau corridor routier reliant Smara à Amgala, avant d’atteindre Zouerate, et d’atteindre le nord du Mali, loin des zones les plus exposées aux attaques, puis l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. « Cet axe pourrait offrir une alternative plus sûre ».

Selon lui, « le Maroc a déjà réalisé sa partie des travaux entre Smara et Amgala, mais le corridor n’a toujours pas été inauguré. L’ouverture de cette route était attendue l’année dernière, mais elle n’a toujours pas eu lieu ».

« Ce nouvel itinéraire permettrait également de réduire les coûts logistiques », a-t-il ajouté. « Aujourd’hui, les transporteurs doivent descendre jusqu’à Guerguerat, soit près de 600 kilomètres supplémentaires entre Smara et ce poste-frontière. De plus, il existe une route directe qui relie Tan-Tan à Smara. Une liaison directe vers le nord du Mali réduirait ainsi les distances parcourues tout en évitant une partie des zones les plus sensibles ».

### Les professionnels réclament davantage de communication
Au-delà de la sécurité, Mustapha Chaoune a dénoncé un manque de coordination entre les entreprises et les organisations professionnelles. « Certaines entreprises ne nous informent pas lorsqu’elles envoient des camions. Nous découvrons parfois les incidents une fois qu’ils se sont produits ».

Il appelle ainsi au renforcement des dispositifs d’information, notamment au poste-frontière de Guerguerat, afin de disposer d’informations actualisées avant le départ des camions.

Chaoune suggère également la création d’une cellule permanente de veille dédiée au transport routier international. Selon lui, chaque chauffeur et chaque entreprise devraient être enregistrés pour faciliter leur suivi en cas d’incident.

« Aujourd’hui, il arrive que les ambassades sollicitent directement les organisations professionnelles pour identifier un véhicule disparu ou retrouver un chauffeur », a-t-il déploré.

### Le maintien de la chaîne du froid, un autre défi
Les camions transportant du poisson, des légumes, des médicaments ou d’autres produits frais doivent maintenir leurs groupes frigorifiques en permanence en fonctionnement, ce qui entraîne une consommation de carburant accrue.

Selon Mustapha Chaoune, le respect de la chaîne du froid demeure insuffisant sur plusieurs axes africains. « Avec le changement climatique, cette question devient encore plus importante. Il faut investir davantage dans les équipements, le contrôle et le respect de la chaîne du froid ».