
Autriche : Inauguration d’un commissariat dans la maison natale d’Hitler
La ville de Braunau-am-Inn, en Autriche, procède ce mercredi à l’inauguration d’un nouveau poste de police. Ce commissariat se distingue par son emplacement : il est installé dans la maison natale d’Adolf Hitler.
Cette situation singulière vise à réduire les rassemblements néonazis autour de ce bâtiment, après des décennies de controverses. Située dans une rue commerçante au cœur de cette petite ville proche de la frontière allemande, la bâtisse a subi une transformation radicale grâce à des travaux coûteux, s’élevant à 20 millions d’euros, qui ont débuté en 2023, avec un retard de trois ans par rapport au calendrier initial.
Le bâtiment où Adolf Hitler est né en 1889 remonte au XVIIe siècle et a été rénové par le cabinet d’architectes autrichien Marte. La façade jaune a été remplacée par un crépi blanc. Au-dessus de l’entrée, un logo de la police est visible, tandis qu’une pierre commémorative sur le trottoir porte l’inscription : « Pour la paix, la liberté et la démocratie. Plus jamais le fascisme. Des millions de morts nous le rappellent ».
Cette réflexion sur le passé nazi survient alors que l’extrême droite continue de gagner du terrain dans les sondages. Un récent sondage publié dimanche par le quotidien Kronen Zeitung révèle que le parti FPÖ, fondé par d’anciens nazis et actuellement dans l’opposition, obtient 38 % des intentions de vote, contre près de 29 % lors des dernières élections législatives de septembre 2024.
La maison où Adolf Hitler est né appartenait à la même famille depuis 1912. Elle a été louée à partir de 1972 par l’État autrichien, qui y a établi un centre pour personnes handicapées, une population persécutée par le IIIe Reich.
Alors que l’adresse attirait régulièrement des néonazis, la dernière propriétaire, Gerlinde Pommer, s’est opposée à toute transformation du bâtiment et a contesté, par tous les moyens possibles, son expropriation. Il a fallu voter une loi spéciale en 2016 pour que l’intérêt général soit priorisé. En 2019, la Cour suprême autrichienne a validé l’achat de 800 mètres carrés pour 810.000 euros.
Concernant l’avenir du bâtiment, plusieurs options ont été envisagées. Une commission d’experts a décidé de ne pas en faire un lieu de mémoire, afin d’éviter qu’il ne devienne un pôle d’attraction pour les néonazis. La démolition a également été écartée, les historiens estimant que l’Autriche doit faire face à son passé. La décision finale, bien que controversée, a été de transformer le lieu en commissariat de police, pour « montrer clairement », selon le gouvernement, qu’aucune commémoration du national-socialisme n’y est envisageable. Cependant, cela n’a pas mis fin à la controverse.
« Cette transformation ne découragera pas un seul néonazi tenté par le pèlerinage », a déclaré Robert Eiter, du Comité autrichien de Mauthausen (MKÖ), une association de rescapés du camp de concentration autrichien, dans une réaction à l’AFP. Concernant la « neutralisation » du site par les forces de l’ordre, il se dit « sceptique ». « Sans vouloir généraliser, on constate malheureusement régulièrement qu’une partie de la police penche très, très à droite ».
