Belgique

Selena Carbonero Fernandez (FGTB) dénonce : « Personne n’a voté pour travailler plus pour moins de salaire »

Les nouvelles mesures du gouvernement en matière d’emploi suscitent des critiques au sein de la FGTB. Lors de son intervention dans l’émission Matin Première, la secrétaire générale de la FGTB, Selena Carbonero Fernandez, a fermement dénoncé l’annualisation du temps de travail, communément appelée « horaires en accordéon », qui permettra de calculer le temps de travail sur une base annuelle plutôt qu’hebdomadaire.

Pour la responsable syndicale, cette réforme ne peut être considérée de manière isolée. « On est face à une mesure qui vient s’ajouter à un train de mesures qui, cumulées les unes aux autres, viennent profondément changer l’organisation du travail », a-t-elle déclaré. Elle a notamment mentionné « l’explosion des heures supplémentaires sans repos compensatoire », « la porte ouverte à la généralisation du travail de nuit » et l’extension des flexi-jobs.

Selon elle, l’annualisation permettrait « 12 heures de travail par jour, sans sursalaire ».

Une des principales préoccupations de la FGTB concerne la rémunération des heures supplémentaires. Si celles-ci ne sont plus considérées comme telles dans le cadre d’un calcul annuel, les travailleurs risquent de perdre les majorations salariales qui y sont associées.

« Pour un travailleur qui fait régulièrement des heures supplémentaires, la perte peut aller jusqu’à 1500 euros par an », a avancé Selena Carbonero Fernandez. Ce chiffre a été contesté par le vice-Premier ministre Maxime Prévost, qui l’a qualifié de « foutaise ».

La secrétaire générale de la FGTB a balayé cette critique : « Les calculs, on les a faits. Et je peux vous rassurer que les travailleurs qui font des heures supplémentaires, ils savent combien ils vont perdre si demain ces heures-là ne sont pas rémunérées comme telles ».

Au-delà de la question salariale, elle a également déploré que les interlocuteurs sociaux n’aient pas été consultés en amont. « On a plutôt l’impression qu’ils ont du mal à se mettre d’accord et du coup ils renvoient la patate chaude aux interlocuteurs sociaux ».

Le gouvernement envisage que cette annualisation puisse être mise en place sur la base d’un accord individuel entre employeur et travailleur. Une approche que la FGTB juge insuffisamment protectrice. « Là où l’annualisation du travail existe, elle a été négociée collectivement, c’est-à-dire avec des limites, des conditions et des garde-fous », a rappelé Selena Carbonero Fernandez.

Pour elle, un accord individuel ne garantit pas une réelle liberté de choix : « On est sur un accord individuel, dans une relation par définition déséquilibrée ».

Le gouvernement prévoit que cette annualisation puisse être mise en place sur la base d’un accord individuel entre employeur et travailleur. Une approche que la FGTB juge insuffisamment protectrice. « Là où l’annualisation du travail existe, elle a été négociée collectivement, c’est-à-dire avec des limites, des conditions et des garde-fous », a rappelé Selena Carbonero Fernandez.

Pour elle, un accord individuel ne garantit pas une réelle liberté de choix : « On est sur un accord individuel, dans une relation par définition déséquilibrée ».

Un autre sujet de préoccupation est l’extension des flexi-jobs à l’ensemble des secteurs économiques. Pour la secrétaire générale de la FGTB, le problème dépasse la situation des travailleurs qui y recourent. « Le net, c’est ce qui permet de tenir le mois, mais le brut, c’est ce qui permet de financer les pensions plus tard, c’est ce qui permet de financer les soins de santé », a-t-elle souligné.

Elle refuse de blâmer les travailleurs concernés : « Ils en ont besoin pour payer leurs factures ». En revanche, elle estime que le système représente un coût important pour les finances publiques et la sécurité sociale. « On a chiffré que c’est environ plus de 500 millions de pertes en termes de recettes », affirme-t-elle, dénonçant des cotisations patronales réduites.

Pour Selena Carbonero Fernandez, le recours massif aux flexi-jobs est avant tout le symptôme d’un problème plus profond : « Si les pensions étaient correctes […] les pensionnés n’auraient pas besoin d’aller faire du flexi-job. Si les salaires étaient plus élevés, les travailleurs et les travailleuses n’auraient pas besoin de compléter ce salaire avec un flexi-job ».

Pour Selena Carbonero Fernandez, la FGTB n’est pas opposée à toute forme de flexibilité. « La flexibilité, quand elle est nécessaire, on l’a négociée dans les secteurs d’activité où elle se justifiait », rappelle-t-elle, en évoquant notamment certains secteurs industriels où les besoins de production imposaient une organisation particulière du travail.

Cependant, elle estime que le changement de philosophie est majeur. « Ici, le gouvernement est en train de faire de l’exception une règle générale ». Une évolution qu’elle juge dangereuse, car elle risque, selon elle, d’affaiblir les protections collectives des travailleurs. « Concrètement, ça signifie que ça met à mal le pouvoir d’achat des travailleurs et des travailleuses, et leur santé, leur sécurité au travail ».

Malgré les nombreuses manifestations organisées ces derniers mois, le gouvernement poursuit ses réformes. Les syndicats auraient-ils perdu leur capacité d’influence ? La secrétaire générale de la FGTB s’en défend. « On ne baissera pas les bras ». Elle annonce une reprise des actions dès la rentrée, alors que les discussions budgétaires s’annoncent particulièrement sensibles.

Elle met en garde contre de nouvelles mesures d’austérité : « Si l’objectif du gouvernement, c’est à nouveau de faire passer la facture auprès des travailleurs, des travailleuses, des allocataires sociaux ou des services publics, ils vont trouver les organisations syndicales sur leur chemin ».

Et de défendre l’utilité des mobilisations : « Le mouvement social, il sert ». Selon elle, elles ont déjà permis d’obtenir « pas mal de corrections » et contribuent également à faire évoluer le regard de l’opinion publique.

Note éditoriale : une première version de cet article mentionnait par erreur « Selena Carbonero Gomez » au lieu de « Selena Carbonero Fernandez ». Cette erreur a été corrigée.