
Un miroir géant dans l’espace pour renvoyer la lumière du Soleil.
Reflect Orbital, une startup californienne fondée en 2021 par Ben Nowack et Tristan Semmelhack, a reçu une licence de la FCC pour lancer un satellite nommé Eärendil-1 d’ici la fin de l’année. L’entreprise prévoit de déployer jusqu’à 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035, ce qui suscite des inquiétudes parmi les astronomes et les écologistes.
Le régulateur des télécommunications américain a donné son autorisation à une startup pour le lancement d’un miroir géant en orbite, permettant de renvoyer la lumière du Soleil sur Terre durant la nuit. Ce projet soulève à la fois fascination et inquiétude. La société envisage de déployer une flotte de 50 000 satellites.
Reflect Orbital, une startup californienne qui se présente comme « The Sunlight Company », a pour objectif de ramener la lumière solaire pendant la nuit grâce à des miroirs en orbite. La FCC, l’agence américaine régulant les télécommunications, a récemment octroyé une licence à l’entreprise pour déployer un premier satellite d’ici la fin de l’année. Ce concept évoque des thèmes de science-fiction.
Le satellite en question, nommé Eärendil-1, fait référence à un personnage du Seigneur des Anneaux qui illumine le monde. Une fois en orbite basse, il déploiera un réflecteur en film mince d’environ 18 mètres de côté, orientable et capable de renvoyer la lumière solaire vers un point spécifique sur Terre pendant la nuit. La startup a été fondée en 2021 par Ben Nowack, ancien ingénieur de SpaceX, et son associé Tristan Semmelhack.
D’après The Verge, la FCC a approuvé ce vol de démonstration sans prendre en compte les critiques formulées par les astronomes et les écologistes, estimant que ces préoccupations excédaient son domaine de compétence, qui est centré sur les fréquences radio. La redirection de la lumière solaire n’est pas un concept inédit : en 1993, la Russie avait déployé Znamya 2, un miroir de 20 mètres qui avait brièvement projeté une tache lumineuse au-dessus de l’Europe. Ce qui est nouveau, c’est l’idée de proposer ce service à une échelle commerciale.
Reflect Orbital commercialise de la « lumière à la demande ». Le principe consiste à prolonger la durée de lumière dans des zones ciblées. Cela pourrait servir à éclairer des zones sinistrées pour aider les équipes de secours, à faire fonctionner des chantiers la nuit, ou encore à étendre la production d’énergie dans les fermes solaires au crépuscule et à l’aube, lorsque le soleil est trop bas pour être capté par les panneaux solaires. L’armée américaine y voit un potentiel suffisant pour avoir signé un contrat de 1,25 million de dollars avec l’US Air Force, selon Space.com.
Selon Gizmodo, si ces miroirs étaient observés depuis le sol, ils pourraient éclairer des zones allant jusqu’à 5 kilomètres, avec une intensité de 0,8 à 2,3 lux, tandis qu’une pleine Lune éclaire environ entre 0,05 et 0,3 lux.
Cependant, Reflect Orbital ne prévoit pas de s’arrêter à un seul satellite. La société ambitionne de déployer jusqu’à 50 000 miroirs en orbite d’ici 2035, ce qui suscite de vives inquiétudes parmi les scientifiques. Tony Tyson, directeur scientifique de l’observatoire Vera C. Rubin, considère ce projet « encore plus fou » que les constellations de satellites Starlink, déjà critiquées pour la pollution lumineuse qu’elles engendrent dans le ciel nocturne. Un rapport de l’Observatoire européen austral stipule qu’avec toute la flotte en service, les caméras de cet observatoire pourraient perdre l’ensemble de leurs images.
Les astronomes ne sont pas les seuls à se soucier de ce projet. Les biologistes craignent les conséquences de l’éclairage artificiel pendant la nuit sur les rythmes biologiques des plantes, des animaux et des êtres humains. La Société américaine d’astronomie a même signalé des risques pour la vue et l’éblouissement des pilotes. Reflect Orbital assure que ses miroirs resteront « éteints » par défaut, pouvant être orientés et détournés des observatoires à tout moment.
Pour le moment, la licence ne concerne qu’un seul satellite de démonstration. La FCC a évité d’aborder la question de la constellation massive, qui demeure essentielle. Bien que des secours plus rapides et une productivité accrue des fermes solaires semblent attractifs, si les 50 000 miroirs doivent effectivement être lancés, cela pourrait avoir un impact sur l’observation du ciel nocturne.
