
Stellantis abandonne son V8 hybride : l’électrique dépend toujours des États.
Le constructeur Stellantis a annoncé qu’à partir de 2027, son moteur V8 essence 5,7 litres HEMI ne sera plus équipé de l’hybridation légère eTorque à 48 volts. Cette décision, révélée par Ram début août, entraîne la disparition de plusieurs composants, notamment l’alterno-démarreur à courroie et le système Start&Stop, qui permettait d’éteindre le moteur à l’arrêt pour économiser du carburant.
Cette évolution est principalement due à la suppression, en janvier 2026, des crédits réglementaires par Washington, qui incitaient les fabricants à maintenir le système Start&Stop. Selon Stephanie Valdez Streaty, directrice des analyses industrielles chez Cox Automotive, cette mesure a conduit à la disparition de cette technologie des véhicules américains. Cependant, la réglementation ne peut pas expliquer à elle seule cette décision. En effet, l’eTorque avait également suscité des critiques de la part des acheteurs de pick-up, qui trouvaient le système peu fiable et gênant.
Cette tendance observée aux États-Unis pourrait également se répercuter en Europe, où la transition vers l’électrique pourrait être compromise, avec des conséquences financières significatives pour les contribuables dans les années à venir.
Au cours des douze derniers mois, les États-Unis ont considérablement assoupli leur réglementation sur les émissions. Le crédit fédéral de 7 500 dollars pour l’achat d’un véhicule électrique a été supprimé fin septembre 2025. De plus, les pénalités liées à la consommation moyenne imposées aux constructeurs ont été annulées, et des dérogations au Clean Air Act ont été révoquées, entraînant la fin du programme Advanced Clean Cars II, contesté par plusieurs États.
Les conséquences de ces changements ont été rapides. Au premier trimestre 2026, les ventes de véhicules électriques ont chuté de 27 % par rapport à l’année précédente, avec environ 216 000 unités écoulées. En Californie, le marché des électriques a vu sa part passer de 21 % en 2025 à 13,7 % en 2026. Les grands constructeurs américains ont enregistré des pertes massives, avec environ 53 milliards de dollars de dépréciations. Ford a abandonné son modèle F-150 Lightning, tandis que Stellantis a annulé son pick-up électrique et General Motors a retardé le lancement de sa nouvelle génération.
Malgré la baisse des ventes, la demande des consommateurs pour les véhicules électriques n’a diminué que d’environ 20 %. Les fabricants ont cessé de produire des modèles en réponse à la réduction des incitations, alors que l’intérêt des acheteurs restait élevé.
Des exemples similaires ont été observés dans d’autres pays. Au Danemark, la suppression d’une exonération fiscale en 2016 a entraîné une chute de 60,5 % des immatriculations de véhicules électriques. En Allemagne, la suppression brutale du bonus écologique fin 2023 a également provoqué un effondrement des ventes de voitures électriques et hybrides. En Nouvelle-Zélande, la part de marché des véhicules électriques est passée de 27 % à 2,7 % en l’espace de quelques années après la suppression d’un programme d’incitation.
À l’inverse, certains pays ont réussi à maintenir une forte adoption des véhicules électriques grâce à des politiques stables et des incitations continues. La Norvège, par exemple, a enregistré 96 % de ventes de voitures électriques en 2025, grâce à des avantages fiscaux significatifs et à une taxation élevée des véhicules thermiques. La Chine a également investi massivement dans le secteur, avec plus de 230 milliards de dollars de soutien public, tout en adaptant ses politiques d’incitation au moment opportun.
La France a su maintenir une part de marché électrique stable, même lorsque d’autres pays ont connu des baisses dramatiques. En octobre 2025, les immatriculations de véhicules électriques ont augmenté de 63 % en raison de programmes de leasing social.
La question qui se pose est pourquoi les constructeurs réagissent si rapidement aux changements réglementaires. Leur approche est souvent axée sur le court terme, favorisant des marges immédiates au détriment d’une vision à long terme. Cette dynamique est particulièrement visible en Europe, où Stellantis a justifié des pertes de 22,2 milliards d’euros en pointant du doigt les consommateurs, tout en maintenant ses moteurs thermiques.
Les conséquences de cette instabilité réglementaire sont préoccupantes. Les pertes financières à Detroit s’ajoutent à un écart de coût de production croissant entre l’Europe et la Chine, ce qui pourrait mener à un désastre industriel. Le statu quo climatique, quant à lui, représente un coût significatif pour la société, tant en termes de santé publique que d’impact économique.
La situation actuelle soulève des interrogations sur l’avenir de la réglementation automobile. Alors que l’Union européenne a récemment assoupli ses objectifs pour 2035, la nécessité d’une politique publique cohérente et durable est plus pressante que jamais. Les exemples de Stellantis et d’autres constructeurs montrent que sans une pression constante pour l’électrification, les entreprises risquent de privilégier des solutions à court terme, laissant la place à une domination accrue des fabricants chinois sur le marché.
