Nvidia pourrait sauver Windows, mais je préfère toujours Linux.
Nvidia a transformé sa puce RTX Spark en trois gammes entières de PC Windows, le plus gros chamboulement en 40 ans. Le gaming Linux a dépassé 5 % des utilisateurs Steam début 2026, son record absolu, là où il plafonnait sous 2 % deux ans plus tôt.
Nvidia a récemment présenté la plus excitante innovation matérielle pour PC depuis des années, ancrée sur Windows. J’avoue que j’aurais aimé qu’ils choisissent Linux. En y réfléchissant, je suis persuadé que cela aurait été un choix audacieux, bien que je comprenne parfaitement leur décision de ne pas le faire.
Pour donner un peu de contexte, lors d’une conférence, Nvidia a transformé sa puce RTX Spark en trois lignes complètes de PC Windows, représentant le plus grand bouleversement en quarante ans. La puce, qui présente une architecture Arm, de la mémoire unifiée et vingt ans d’écosystème CUDA dans un boîtier mince, est impressionnante. J’ai même noté que Nvidia avait emprunté la recette des Mac M. En ce qui concerne le matériel, je n’ai aucune critique. En revanche, je ressens un regret persistant quant au système qui l’accompagne.
Aujourd’hui, Windows est un système chargé d’une compatibilité ascendante vieille de quarante ans, avec deux panneaux de réglages qui coexistent, mais se contredisent, une interface désordonnée où l’on retrouve encore des fenêtres datant de l’époque de Windows 7, et des problèmes de performance et de stabilité qui semblent se déplacer d’une mise à jour à l’autre sans être véritablement résolus. Windows 11 n’a pas amélioré cela : il a simplement ajouté une nouvelle couche. C’est un paquebot impressionnant sur le papier, mais difficile à manœuvrer, car chaque changement risque de perturber les milliers d’applications qui en dépendent.
L’histoire récente n’offre guère d’optimisme. La transition de Microsoft vers l’IA, avec les PC Copilot+ et la fonction Recall, a échoué : l’outil a dû être rappelé d’urgence pour des raisons de vie privée, tandis que les machines sont boudées. Le passage à Windows sur Arm est un véritable échec, et j’ai expliqué ailleurs pourquoi Nvidia pourrait réussir là où d’autres ont échoué, même si je ne suis pas certain.
Voici pourquoi je trouve le moment mal choisi. Au момент où Nvidia opte pour Windows, Linux connaît une popularité sans précédent dans le grand public, grâce à Valve. Avec le Steam Deck et son SteamOS, Valve a prouvé qu’un système Linux contrôlé de bout en bout, du noyau à l’interface, pouvait offrir une expérience console fluide et cohérente, alors que Windows peine sur une machine similaire. En conséquence, les PC portables et mini-PC attendus arrivent à un moment où Linux représente désormais une plus grande part des jeux sur Steam, ayant doublé sa part en deux ans.
Les chiffres sont clairs. Le gaming sous Linux a dépassé 5 % des utilisateurs de Steam début 2026, atteignant un record, alors qu’il était inférieur à 2 % deux ans plus tôt. De plus, l’ancienne excuse de la compatibilité est en train de disparaître : grâce à la couche Proton de Valve, près de 90 % des jeux Windows fonctionnent désormais sous Linux, représentant environ 106 000 titres compatibles. Le Steam Deck s’est vendu à plus de 5,6 millions d’unités, et Valve étend SteamOS au-delà de la console vers les PC de salon. Le problème historique de Linux, relatif aux logiciels, est en cours de résolution.
Rassemblons les éléments. CUDA, le trésor de Nvidia, a été conçu pour Linux : tous les data centers du monde utilisent l’IA de Nvidia sous Linux, plutôt que sur Windows. Le savoir-faire est déjà en place. La transition vers une IA agentique marque un changement de paradigme aussi radical que celui du passage du clavier à la souris : c’est le moment idéal pour repartir d’une base propre au lieu de supporter quarante années de dette technique. Un point qui me convainc davantage : Nvidia recrute activement des ingénieurs pour optimiser les jeux sous Linux via Proton. Les bases existent, et le désir est palpable.
Imaginez le produit : un PC Nvidia sous une distribution maison, parfaitement adaptée à ses puces, avec CUDA intégré, Proton pour la rétrocompatibilité des jeux Windows, et une interface conçue pour l’ère des agents plutôt que pour celle de Windows. Un produit maîtrisé de bout en bout, semblable à un Mac ou un Steam Deck, fluide, cohérent, sans le poids d’un héritage pesant. Nvidia aurait eu l’opportunité de dévoiler le matériel, le logiciel système, l’écosystème CUDA et même la preuve apportée par Valve que le grand public est prêt. Toutes les étoiles étaient alignées pour oser ce choix.
Cela dit, je peux comprendre cette décision, qui s’avère être une aubaine pour Windows. En effet, c’est ici que se trouvent les clients, les entreprises et les millions d’applications professionnelles. Se tourner vers une distribution maison aurait signifié s’enfermer dans une niche et repartir de zéro pour le catalogue logiciel, tandis que Windows propose tout immédiatement. Pour une entreprise désireuse de vendre des PC dès cet automne, la question est vite tranchée.
Il convient de reconnaître que Microsoft n’a pas simplement mis en avant sa marque. L’éditeur affirme avoir apporté des améliorations significatives au fonctionnement de RTX Spark : un nouvel ordonnanceur pour répartir les charges sur 20 cœurs, une gestion repensée de la mémoire unifiée afin de permettre au GPU d’adresser des modèles plus volumineux, un émulateur Prism optimisé pour les jeux et applications x86, et TensorRT accessible de manière native via Windows ML. Microsoft promet aussi d’améliorer la qualité de Windows 11 en migrer des parties de l’interface vers un framework plus moderne et en renforçant la fiabilité. Sur le papier, ce sont exactement les réformes que nous attendions depuis des années.
Ce qui est peut-être le plus intéressant, c’est que ce partenariat entre Nvidia et Windows pourrait l’obliger à se moderniser. Avoir un partenaire prestigieux, reconnu pour son silicium tant convoité, pourrait forcer Microsoft à enfin renouveler son système. Si l’arrivée de Nvidia incite Windows à devenir plus rapide, plus cohérent et mieux adapté à l’ère des agents, alors tout le monde y gagne, même les centaines de millions d’utilisateurs qui n’achèteront jamais un RTX Spark. Dans cette optique, Nvidia pourrait bien fournir à Windows le coup de pouce dont Microsoft avait désespérément besoin.
En toute honnêteté, Nvidia a probablement conçu le meilleur cœur de PC de la décennie, avec un cerveau tout aussi aguerri, comprenant forces et faiblesses. La décision est rationnelle, défendable, et pourrait réveiller Windows au passage. Cependant, nous avons échangé le rêve d’un PC futuriste, affranchi de son passé, contre une rénovation soignée d’un vieux bâtiment. C’est une approche prudente. Ce paradoxe est visible même parmi les six absents notables de la fiche technique, à commencer par l’absence totale de Linux. Valve a ouvert la voie, mais Nvidia a choisi le chemin qu’il connaissait déjà.

