
Non, conserver une vieille thermique n’est pas plus écologique que l’électrique.
Une récente étude parue dans la revue Science met en lumière l’impact environnemental de la transition vers les véhicules électriques. Selon les résultats, remplacer une voiture thermique encore fonctionnelle par un modèle électrique neuf permettrait de réduire les émissions de CO₂ dans la grande majorité des scénarios envisagés. En France, où le réseau électrique est largement décarboné, ce bénéfice est encore plus prononcé.
Dans le débat sur la voiture électrique, un argument récurrent soutient que le véhicule le plus écologique est celui déjà en possession, en raison de la dette carbone déjà amortie. Des chercheurs ont voulu approfondir cette réflexion en comparant deux options pour un automobiliste : conserver sa voiture thermique jusqu’à la fin de sa durée de vie ou l’échanger contre une voiture électrique. Dans 92 % des plus de 400 scénarios modélisés, l’option de remplacement s’avère moins polluante.
L’étude, dirigée par J. Elliott Campbell de l’université de Californie à Santa Cruz et Roland Geyer de l’université de Californie à Santa Barbara, a examiné divers paramètres, notamment l’efficacité des moteurs, la taille des batteries, le kilométrage annuel et le mix électrique des régions américaines. Dans le scénario moyen, le remplacement d’une voiture à essence dès sa première année d’utilisation entraîne une réduction de 58 % des émissions de CO₂ sur une période de seize ans, la dette carbone de la voiture électrique étant compensée en environ trois ans.
Cette analyse repose sur une évaluation complète du cycle de vie, prenant en compte l’extraction des matériaux, la fabrication du véhicule et de sa batterie, ainsi que les émissions durant son utilisation. Le coût carbone de production d’un véhicule électrique est ainsi intégré dans le scénario de remplacement, répondant à une objection fréquente. En revanche, les émissions continues de la voiture thermique durant ses années de service restantes pèsent souvent plus lourd que celles générées par la fabrication de l’électrique.
Un aspect surprenant de l’étude concerne la durée de vie résiduelle des voitures thermiques. Même si un véhicule peut encore fonctionner pendant plusieurs années, le remplacement précoce est souvent plus bénéfique en raison des émissions cumulées de CO₂ pendant son utilisation. D’autres recherches ont également montré que l’écart d’émissions entre les véhicules thermiques et électriques sur l’ensemble de leur cycle de vie tend à favoriser l’électrique, surtout dans les pays avec un réseau électrique peu carboné.
Le mix électrique d’un pays est un facteur déterminant dans cette équation. Plus ce mix est décarboné, plus le remplacement d’une voiture thermique par une électrique est favorable pour l’environnement. En France, avec une moyenne d’environ cinquante grammes de CO₂ par kilowattheure et une production d’électricité à 70 % d’origine nucléaire, le bilan carbone des kilomètres parcourus en électrique est très faible, ce qui accélère le retour sur investissement environnemental de la nouvelle voiture.
Dans les pays où l’électricité provient principalement du charbon, les avantages de l’électrique diminuent, bien qu’elle reste moins polluante qu’une voiture à essence sur son cycle de vie. Cependant, le faible gain en termes d’émissions ne justifie pas la mise à la casse d’un véhicule encore en état de marche. La transition vers l’électrique et la décarbonation du réseau électrique doivent avancer de concert, comme le montrent plusieurs études récentes.
Le kilométrage annuel joue également un rôle crucial : plus un conducteur parcourt de kilomètres, plus vite la voiture électrique compense sa dette carbone. Pour un automobiliste français qui roule entre 12 000 et 15 000 kilomètres par an avec un véhicule de plus de cinq ans, le bilan devient rapidement favorable au remplacement. L’étude prend en compte différents segments de véhicules, et les modèles thermiques plus gourmands rendent le remplacement encore plus avantageux.
Un cas particulier émerge avec la recharge à domicile via des panneaux solaires, rendant le coût en carbone et en euros des kilomètres parcourus presque nul, ce qui réduit encore le délai avant que le remplacement devienne rentable sur le plan climatique. De plus, des bénéfices non pris en compte dans l’étude, tels que la réduction des particules fines grâce au freinage régénératif des véhicules électriques, ajoutent à l’attrait de ces modèles.
Malgré ces résultats, l’idée de conserver sa voiture le plus longtemps possible reste ancrée dans les mentalités, souvent en raison d’une perception biaisée des émissions. La fabrication d’un véhicule est une réalité tangible, tandis que les émissions d’utilisation se diluent dans le temps. Ce phénomène est renforcé par le biais du coût irrécupérable, qui pousse à raisonner en termes de gaspillage plutôt qu’en émissions futures évitées.
Les chercheurs reconnaissent toutefois une limite importante de leur modèle : il ne prend pas en compte le marché de l’occasion. Dans les scénarios étudiés, la voiture thermique est détruite, mais si elle est revendue, elle peut continuer à circuler, potentiellement à la place d’un véhicule plus polluant. Ainsi, les conclusions s’appliquent à une destruction effective du véhicule, et non à un simple changement de propriétaire.
Pour un automobiliste français qui utilise intensivement une voiture thermique de plus de cinq ans, en particulier s’il conduit un véhicule plus grand ou peut recharger à l’énergie solaire, le remplacement apparaît clairement comme la meilleure option. En revanche, pour ceux qui parcourent moins de 3 000 kilomètres par an avec une citadine peu polluante, la question reste ouverte et dépend des circonstances individuelles.
