L’ONVO L80 en Chine : un SUV électrique géant, pas une chambre d’hôtel.
L’ONVO L80, présentée le 28 avril 2026 au Salon de Pékin et lancée le 15 mai 2026, est un SUV électrique de 514,5 cm de long, 199,8 cm de large et 178,6 cm de haut, avec un empattement de 311 cm. Son tarif d’entrée est annoncé à 160 000 RMB (environ 19 700 €) hors batterie, et à 245 800 RMB (environ 30 300 €) batterie incluse, ce qui la place 17 700 RMB sous la Tesla Model Y vendue 263 500 RMB en Chine.
La guerre des prix s’intensifie en Chine, suscitant des inquiétudes pour Tesla. Pour environ 30 000 € batterie incluse, ONVO (la marque familiale de NIO) propose un SUV électrique plus spacieux et mieux équipé qu’une Model Y. Le défi est-il relevé ? Voici nos impressions après avoir testé l’ONVO L80 sur routes ouvertes.
Avec le L80, ONVO (marque de NIO) refine son concept de SUV familial électrique. Même si le lien avec son grand frère, le L90, n’était pas totalement clair, la cible de ce nouveau véhicule s’est précisée lors de sa présentation à Hefei, dans le nord de la Chine. Voici un aperçu de ma première expérience sur les routes de Shenzhen.
L’ONVO L80 a été présentée le 28 avril 2026 au Salon de Pékin (Auto China) et lancée commercialement le 15 mai 2026. Ce modèle vient enrichir la gamme du label familial de NIO, entre la L60 compacte et la L90 à sept places.
L’objectif de la marque est clair : utiliser la plateforme NT 3.0 et l’architecture 900 volts de la grande sœur pour offrir un SUV cinq places immense à un prix beaucoup plus accessible. Je me suis rendu en concession à Shenzhen quelques jours après son lancement pour découvrir ce véhicule, conçu pour ceux qui aiment passer du temps à l’extérieur.
Le contexte commercial est complexe : ONVO a connu un mois de janvier 2026 difficile avec seulement 3 481 livraisons. La L90 a également vu ses volumes ajustés après un démarrage prometteur. Ainsi, la L80 représente à la fois une voiture et un produit clé pour relancer l’activité, ciblant directement le segment très compétitif de la Tesla Model Y.
À noter que le nom ONVO vient de l’expression anglaise « ON VOyage », soulignant l’aspect aventurier de la gamme, qui se traduirait en français par « en voyage ».
**Design extérieur : la continuité assumée avec la L90**
Au premier abord, il est difficile de faire la distinction entre la L80 et la L90 sans examiner la silhouette. La ressemblance est frappante, car les deux véhicules affichent un gabarit similaire, mais avec un agencement intérieur différent pour répondre à des cibles commerciales distinctes.
La face avant conserve cette signature lumineuse fine et horizontale avec des éléments animés sur chaque projecteur, au-dessus d’un bouclier avant lisse et d’une calandre pleine. Les prises d’air factices sur les côtés aident à optimiser l’aérodynamisme sans sacrifier l’esthétique.
La ligne de caisse est tendue, avec une légère montée vers l’arrière qui accentue un empattement visuellement prolongé. Les porte-à-faux réduits indiquent l’origine entièrement électrique de la plateforme.
L’angle de pente du pare-brise et le pavillon fuyant, prolongé par une ligne de toit flottante grâce aux montants noircis, donnent une impression de dynamisme même à l’arrêt. À l’arrière, un bandeau lumineux LED entoure le logo ONVO, accompagné d’un diffuseur discret et d’un léger spoiler de hayon, tous deux contribuant à un bon coefficient aérodynamique, partagé avec la L90. La finition est plus nuancée en réalité, avec des surfaces qui interagissent subtilement avec la lumière.
Concernant les dimensions, l’ONVO L80 mesure 514,5 cm de long, 199,8 cm de large et 178,6 cm de haut, avec un empattement de 311 cm. Ces dimensions identiques à la L90 la placent clairement dans le segment E (full-size), bien au-delà des dimensions d’une Tesla Model Y, qui mesure environ 475 cm de long.
**Intérieur**
La L80 surpasse déjà la L90 en termes de qualité d’habitacle. Les sièges, optionnellement en cuir Nappa, sont agrémentés d’inserts en bois véritable, tandis que les contre-portes et les coussins sont revêtus d’un cuir protéiné particulièrement doux.
Le ciel de pavillon est entièrement en daim. Pour un véhicule au prix de départ d’environ 30 000 € batterie incluse, la finition impressionne. L’espace aux places arrière est énorme, même à la place centrale, permettant à cinq adultes de voyager confortablement.
La grande différence avec la L90 réside dans la configuration cinq places. En retirant la troisième rangée, ONVO libère un volume de chargement exceptionnel. Le coffre offre 1 200 litres en configuration standard, atteignant 2 600 litres avec la banquette arrière rabattue. En ajoutant le frunk de 240 litres et les rangements sous le plancher, on atteint un total de 2 840 litres, un chiffre que la marque revendique comme un record pour les SUV cinq places en Chine.
Deux trappes supplémentaires dans le plancher du coffre offrent respectivement 63 et 106 litres de rangement caché (soit 169 litres au total sous plancher). Le frunk, quant à lui, conserve ses 240 litres impressionnants, en faisant l’un des plus grands du marché. De plus, le coffre avant peut se transformer en banquette, pratique pour les sorties de pêche.
ONVO met ainsi en avant le caractère camping-car de la L80. Une édition spéciale propose un toit modulable transformable en chambre supplémentaire, un auvent fixé à la carrosserie, des coussins supplémentaires, un matelas auto-gonflant pour la zone de coffre et un réfrigérateur intégré.
L’espace arrière est probablement le plus généreux que j’ai expérimenté sur un modèle cinq places : une grande longueur pour les jambes, une hauteur au toit amplement suffisante et une largeur aux épaules appréciable.
L’infodivertissement reprend ce qui est déjà connu de la L90, avec un écran central de 43,7 cm (17,2 pouces), un affichage tête haute (HUD) de 88,9 cm (35 pouces) en réalité augmentée pour le conducteur, un écran arrière de 43,9 cm (17,3 pouces) et un petit écran de 20,3 cm (8 pouces) pour le contrôle du réfrigérateur depuis la place centrale arrière.
Cet écran arrière intègre une fonction de sécurité bien pensée : à l’ouverture des portes, il affiche le flux des caméras orientées vers l’arrière pour prévenir tout impact avec un véhicule approchant. Le système audio, signé ONVO, utilise Dolby Atmos 7.1.4 avec 23 haut-parleurs et 2 000 watts, et les sièges sont chauffants, ventilés et massants à l’avant comme à l’arrière. Les portes à fermeture assistée sont également de série.
**Technologies**
L’ONVO L80 est uniquement disponible en version 100 % électrique (BEV), respectant la philosophie 100 % électrique de NIO. Deux configurations sont proposées : la version propulsion développe 340 kW (462 ch) sur le train arrière, réalisant le 0 à 100 km/h en 5,9 secondes. La version à transmission intégrale ajoute un moteur avant de 100 kW pour un total de 440 kW (598 ch) et un 0 à 100 km/h abattu en 4,7 secondes.
La consommation homologuée est de 14,3 kWh aux 100 km en propulsion et de 15,4 kWh aux 100 km en transmission intégrale. De tels chiffres sont impressionnants pour un SUV de plus de 2,2 tonnes, rendus possibles par l’architecture haute tension (900 V), qui réduit les pertes et accélère la charge — jusqu’à 600 kW en pic, permettant de récupérer environ 250 km en 5 minutes en cycle CLTC.
Concernant les batteries, la L80 s’inscrit dans l’écosystème NIO avec deux capacités : un pack LFP standard de 85 kWh et un pack NMC de 90 kWh pour la version haut de gamme. Le pack 85 kWh permet d’atteindre 605 km d’autonomie en cycle CLTC, soit environ 510 km en cycle WLTP. Le pack de 90 kWh offre une autonomie d’environ 560 km en cycle WLTP.
Le coup de génie commercial réside dans le découplage du véhicule et de la batterie. Le tarif d’entrée annoncé à 160 000 RMB (environ 19 700 €) ne comprend pas la batterie, le client devant souscrire au service de location BaaS (Battery as a Service) à 850 RMB par mois (environ 105 €), ou acheter le pack pour 85 000 RMB supplémentaires (environ 10 500 €). Avec la batterie incluse, la L80 démarre donc à 245 800 RMB (environ 30 300 €), un positionnement qui la place 17 700 RMB en-dessous de la Tesla Model Y vendue 263 500 RMB en Chine.
Comme toute la gamme NIO, la L80 reste compatible avec le réseau de stations de battery swap de la marque, permettant une « recharge » en 3 minutes, un argument majeur pour certains, même si je ne l’utiliserais pas fréquemment.
Enfin, un clin d’œil particulier au rétroviseur intérieur dont j’avais déjà apprécié la clarté lors de mon test de la NIO ET5. ONVO renouvelle cette expérience en mettant en avant ses performances lors de la présentation.
**Essai routier**
C’est probablement la partie la plus intéressante de ce L80. ONVO propose sa voiture avec deux options pour la conduite assistée. La version « pure vision » utilise une puce Nvidia Orin X et est limitée à la NOA en ville.
La version supérieure, qui intègre un lidar ainsi que des caméras HD avant et arrière, est équipée de la puce maison de NIO, la Shenji NX9031, première puce ADAS de l’industrie automobile gravée en 5 nanomètres. Elle compte plus de 50 milliards de transistors et offre une bande passante mémoire de 546 Go/s, conçue pour faire fonctionner les grands modèles d’inférence du système NWM (NIO World Model), le premier modèle orienté conduite autonome en Chine.
C’est cette version équipée du lidar et des caméras HD que j’ai eu la chance d’expérimenter en circulation matinale dense à Shenzhen. Le résultat est tout simplement impressionnant : aucune hésitation aux intersections complexes, gestion fluide des deux-roues venant entre les voitures, anticipation des feux et des piétons sans à-coups.
La nouveauté marquante de la L80 est la fonction « hybrid autodrive » : si le conducteur reprend brièvement le volant pour un dépassement ou un évitement, le système ne se désengage plus comme auparavant, mais accompagne la manœuvre puis reprend le relais immédiatement. Une approche nettement plus naturelle que les arrêts brutaux souvent constatés sur des systèmes concurrents.
Sur route, la L80 est équipée de pneus Michelin Pilot EV en 53,3 cm (21 pouces), offrant une conduite surprenante pour un véhicule de ce poids. La voiture propose cinq modes de conduite et le ressenti, dans la jungle urbaine de Shenzhen, est celui d’un SUV à la fois agile et rassurant, fidèle à la philosophie ONVO de privilégier le confort plutôt que la sportivité, car les véhicules axés sur la performance portent le badge NIO, et non ONVO.
**Concurrence en Chine et en Europe**
En Chine, la L80 est directement concurrencée par la Tesla Model Y, qui demeure le best-seller du marché électrique avec 39 827 unités vendues en mars 2026.
Cependant, sur le papier, ONVO a l’avantage : 514,5 cm contre environ 475 cm de long, architecture 900 V contre 400 V chez Tesla, lidar et conduite autonome NWM contre vision pure, un service de battery swap en 3 minutes, et tout cela pour 2 300 euros de moins. Le véritable point faible de la L80 face à Tesla demeure le réseau de Superchargeurs et la valeur résiduelle de la marque américaine, deux atouts qui se dégradent néanmoins rapidement en Chine.
Dans ce même marché chinois, la L80 devra également faire face à d’autres concurrents redoutables tels que la Xiaomi YU7, le Li Auto i8 ou la Luxeed R7, tous des SUV cinq places premium équipés de systèmes à 800 V, s’engageant dans une lutte tarifaire acharnée entre 250 000 et 300 000 RMB. L’argument de la L80 reste son volume de chargement record et son écosystème de battery swap, misant sur son immense capacité de chargement.
En Europe, la situation est plus délicate. Si la L80 devait arriver sur notre continent — ce qui n’est pas confirmé —, elle entrerait en compétition avec des modèles comme la Volvo EX90, le Kia EV9 et le Mercedes EQE SUV dans le segment E, mais également la Tesla Model Y et la Hyundai Ioniq 5 dans le segment des SUV cinq places premium. L’absence de réseau de battery swap en Europe reste une grande interrogation, déjà soulevée pour la L90.
**Verdict**
Avec un habitacle pensé pour le camping, une puce maison Shenji NX9031, un système de conduite autonome NWM performant et un tarif d’entrée susceptible de faire vaciller la concurrence, l’ONVO L80 est, à mon sens, le modèle le plus abouti de la gamme à ce jour. Elle reprend tous les atouts de la L90 : la plateforme 900 V, le système de battery swap, la puce Shenji, le NWM, les écrans surdimensionnés, l’audio Dolby Atmos, tout en offrant de meilleures finitions intérieures, un espace de chargement inégalé et un tarif compétitif.
La combinaison cinq places XXL et la configuration pour le camping sont convaincantes pour un usage familial intensif. La formule BaaS à 850 RMB par mois rend le coût initial plus abordable. À 245 800 RMB batterie incluse (environ 30 300 €), il devient difficile de trouver un SUV électrique cinq places plus complet.
Cependant, l’ONVO L80 ne convient pas à tout le monde. C’est un véhicule qui m’aurait séduit à 20 ans pour des escapades entre amis hors des villes, mais en tant que père de deux enfants, je pencherais plutôt vers la L90 ou un modèle équivalent.

