High-tech

L’IA au bureau crée du brouhaha, le masque antibruit arrive.

Le masque antibruit de Skyted, fondée en 2021, absorbe jusqu’à 80 % des fréquences de la voix et est présenté au CES de Las Vegas début 2024 à un prix de 249 euros. AlterEgo, un projet né au MIT en 2018, utilise un dispositif qui capte les signaux neuromusculaires pour permettre de parler à l’IA sans émettre de son et affichait 92 % de précision dans son étude de 2018.


Dans certaines startups de la Silicon Valley, la dictée vocale remplace la saisie au clavier. Pour éviter que l’open space ne ressemble à un marché tumultueux, un accessoire fait son retour : le masque antibruit.

Depuis plusieurs mois, je me suis habitué à dicter mes articles et tests. Je crains même que mes enfants n’apprennent jamais à taper correctement sur un clavier. Mon outil principal est Wispr Flow, une application qui convertit la parole en texte dans n’importe quel logiciel. Parler à son ordinateur devient ainsi une méthode de travail courante, posant un vrai défi en matière de cohabitation au bureau.

Les applications de dictée alimentées par l’IA se multiplient. Wispr Flow se vante d’une saisie quatre fois plus rapide qu’au clavier et son éditeur affirme qu’il équipe plusieurs centaines de grandes entreprises américaines, comme Nvidia et Amazon. Le fonctionnement est simple : un raccourci, on parle, et le texte s’affiche déjà débarrassé de ses hésitations. Des métiers tels que ceux de développeurs, commerciaux ou du support client pilotent de plus en plus leurs outils et leurs assistants IA par la voix.

Le problème surgit lorsque plusieurs personnes dictent en même temps. Si de nombreuses personnes créent leurs messages et requêtes à haute voix dans un open space, le lieu se transforme rapidement en un véritable brouhaha. Le bruit ambiant nuît également à la reconnaissance vocale : accentuation des erreurs, répétitions irrégulières et confort réduit. Ainsi, de nombreux employés optent déjà pour des casques à réduction de bruit active, comme l’AirPods Max d’Apple, les AirPods 4, les Pro 3 ou le Sony WH-1000XM4, pour s’isoler et se faire mieux comprendre par leur assistant. Cependant, ces casques protègent principalement leur porteur et n’atténuent pas le bruit pour leurs collègues. D’où l’idée, un peu audacieuse sur le papier, de se couvrir la bouche pour parler.

C’est le défi relevé par Skyted, une startup toulousaine fondée en 2021 par Stéphane Hersen, ancien vice-président d’Airbus, et Frank Simon, acousticien de l’Onera (office public de recherche aérospatiale). Leur masque est conçu pour absorber la voix au lieu de la diffuser dans l’espace. Le matériau utilisé a été développé pour atténuer le bruit des réacteurs d’avion.

Dévoilé au CES de Las Vegas en janvier 2024, ce masque promet d’absorber jusqu’à 80 % des fréquences de la voix, selon Skyted. Il se connecte à un smartphone pour passer des appels ou participer à des visioconférences sans être entendu par les autres. Selon les reportages de nos confrères de Numerama, ce dispositif cible principalement les environnements tels que les trains, les avions et les open spaces. Toutefois, il présente quelques inconvénients : un poids d’environ 220 grammes, un design rappelant une muselière, et un prix de 249 euros. Malgré cela, la startup a réussi à pré-vendre 800 exemplaires sur Kickstarter.

Une autre solution, bien que moins conventionnelle, consiste à permettre de communiquer avec l’IA sans produire le moindre bruit. Cela fait partie du projet AlterEgo, lancé au MIT en 2018 et devenu une entreprise début 2025, sous la direction de son inventeur Arnav Kapur.

Ce dispositif se fixe autour de l’oreille et de la mâchoire. Il capte les signaux neuromusculaires dans le visage lors de la formulation mentale de mots, sans prononciation, un processus appelé subvocalisation. L’appareil ne lit pas les pensées, mais détecte l’intention de parler juste avant la vocalisation. La réponse est restituée par conduction osseuse, véhiculant les vibrations à l’oreille interne sans être perceptibles par l’entourage. Révélé par Axios en septembre 2025, AlterEgo avait déjà atteint une précision de 92 % dans son étude fondatrice de 2018.

Initialement, cette technologie visait principalement les patients ayant perdu la capacité de parler, par exemple ceux atteints de SLA ou de sclérose en plaques. À ce jour, il ne s’agit encore que d’un prototype : aucune information sur le prix ou la date de commercialisation n’a été communiquée.

Actuellement, tant le masque de Skyted que l’appareil subvocal d’AlterEgo relèvent davantage du gadget technologique que d’équipements de bureau standards. Cependant, le changement est déjà en cours. La dictée vocale se répand dans le milieu professionnel, impactant la tranquillité des open spaces. Pour ceux cherchant à s’isoler du bruit ambiant sans pour autant restreindre les autres, un bon casque à réduction de bruit, comme les nouveaux modèles de Bowers & Wilkins, demeure une excellente solution.