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La France aurait tenté d’acheter Pegasus tout en étant ciblée.

Cinq ans après le scandale Pegasus, de nouvelles enquêtes publiées ce jeudi par le consortium Forbidden Stories relancent l’affaire en révélant que la France avait envisagé d’acquérir le logiciel espion israélien au moment précis où plusieurs de ses ministres étaient visés. Les investigations associent plusieurs marqueurs techniques retrouvés sur des téléphones français à des opérations déjà attribuées à des intérêts marocains.


L’Élysée se retrouve de nouveau sous le poids de la cybersurveillance. Cinq ans après le scandale Pegasus, de nouvelles enquêtes dévoilées ce jeudi par le consortium Forbidden Stories ravivent le dossier en indiquant que la France avait envisagé d’acquérir le logiciel espion israélien au moment même où plusieurs de ses ministres étaient ciblés.

Ces révélations interviennent alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est en visite officielle au Maroc pour renforcer le rapprochement diplomatique entre Paris et Rabat. Ni l’entourage du chef du gouvernement ni le Quai d’Orsay n’ont souhaité commenter cette affaire.

L’objectif de cette coopération, selon l’entourage d’Emmanuel Macron, est de « renforcer le cadre de coopération et de confiance avec les Marocains » et de « travailler ensemble aux moyens pour faire face aux enjeux de sécurité communs ». Ces nouvelles informations arrivent aussi à deux semaines de la Fête du Trône, célébrant chaque année l’accession de Mohammed VI au pouvoir, le 30 juillet.

D’après les documents et témoignages du consortium de médias, incluant Le Monde, des traces techniques examinées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pourraient établir des indices de compromission sur les téléphones de plusieurs membres du gouvernement français à l’époque, dont Florence Parly (Armées) et Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale).

Les enquêtes affirment que Sébastien Lecornu aurait été ciblé dès juillet 2019, alors qu’il était ministre des Collectivités territoriales. Les investigations associent plusieurs marqueurs techniques retrouvés sur des téléphones français à des opérations précédemment attribuées à des intérêts marocains.

Le consortium révèle que plusieurs administrations françaises ont également étudié entre 2019 et 2020 l’acquisition du logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group.

Des auditions judiciaires citées par Forbidden Stories indiquent que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la Direction du renseignement militaire (DRM) et le ministère de la Justice se seraient intéressés aux capacités du logiciel pour des enquêtes liées au terrorisme ou au narcotrafic. Le dirigeant de la société française Syans, intermédiaire de NSO en France, aurait déclaré aux enquêteurs que les discussions avec les autorités françaises étaient à un stade avancé, avec un montant d’achat envisagé entre 60 et 80 millions d’euros.

Cependant, le projet aurait été abandonné fin 2020 suite à un arbitrage de l’Élysée. Selon plusieurs témoignages du consortium, Emmanuel Macron aurait évoqué des préoccupations de souveraineté technologique et des risques pour la réputation.

Forbidden Stories s’appuie également sur le témoignage inédit d’un ancien membre des services de renseignement intérieur marocains, désigné sous le pseudonyme de « Safir », qui décrit un système de surveillance mis en place contre des opposants, journalistes et défenseurs des droits humains.

Le Maroc, pour sa part, a toujours fermement nié ces accusations, remettant en question la fiabilité des enquêtes et demandant systématiquement des « preuves ». Cette affaire est toujours soumise à des enquêtes judiciaires en France, mais les magistrats se heurtent à l’absence de coopération des autorités marocaines, d’après le consortium.