France 2 ne révèle pas son test de voiture électrique : décryptage complet.
Le 2 juillet, le 20h de France 2 a rapporté 64 € de recharge et 2h09 passées à une borne lors d’un trajet en Citroën ë-C3 entre Paris et Les Sables-d’Olonne. Le reportage a été critiqué pour ne pas avoir utilisé la charge rapide de 100 kW, choisissant plutôt une borne de 50 kW, ce qui a entraîné une augmentation du temps de charge.
Chaque été, une chaîne du service public part en vacances avec une voiture électrique et revient avec une conclusion accablante. Le 2 juillet, le journal de 20 heures de France 2 a répété ce rituel avec une Citroën ë-C3, une facture de 64 € et une série d’erreurs qui expliquent, à elles seules, le montant total.
Il existe des marronniers plus fiables que la météo. Dès que les températures augmentent et que les Français se dirigent vers l’Atlantique, une rédaction charge une voiture électrique, prend l’autoroute sans préparation et filme ses mésaventures comme si elles faisaient partie intégrante de la technologie. Le 2 juillet, France 2 a réalisé un reportage sur le trajet Paris – Les Sables-d’Olonne, insistant sur deux chiffres : 64 € de recharge et 2h09 passées à une borne. Ce chiffre n’est pas révélateur de la réalité de l’électrique. Il met plutôt en lumière les erreurs commises lors du trajet, un exercice où France 2 a déjà été critiquée, tandis que TF1 a démontré que l’audience prime parfois sur l’objectivité.
La ë-C3 est la citadine électrique de Citroën, lancée à environ 23 450 € hors bonus pour la version 44 kWh, avec une batterie LFP de 44 kWh et une autonomie d’environ 320 km WLTP. En charge rapide, elle peut atteindre jusqu’à 100 kW, permettant de passer de 20 à 80 % en une petite demi-heure. Conçue pour la ville, elle est adaptée à l’autoroute à condition de s’y prendre correctement. Le reportage illustre les décisions contraires aux préconisations du fabricant, tout en présentant les coûts comme représentatifs de « la » voiture électrique. Le problème réside dans la méthode utilisée et dans le déroulement du trajet.
### Trois erreurs qui alourdissent la facture
Comme dans le précédent reportage de France 2 sur l’électrique, tout commence par un défaut de préparation. Première décision aberrante : la charge rapide est ignorée. « Il ne sert à rien d’utiliser les superchargeurs, 50 kW suffisent », affirme le reportage.
La ë-C3 supporte jusqu’à 100 kW en courant continu, donc choisir une borne de 50 kW réduit par deux la vitesse de charge, expliquant les 41 minutes du premier arrêt.
Deuxième erreur, encore plus significative : le détour hors autoroute vers une borne de 22 kW « pour trouver l’électricité la moins chère ». Ces 22 kW représentent du courant alternatif, alors que la ë-C3 ne peut tirer que 7,4 kW en courant alternatif. Elle ne pourra donc jamais bénéficier de 22 kW. À l’écran : 23 minutes pour 2,20 € et environ 15 km rechargés, avant de conclure qu’il « vaut mieux rester sur l’autoroute ».
Un youtubeur avait pourtant déjà effectué un tel trajet pour établir des chiffres réels, et nous avions analysé un autre journal télévisé qui effectuait dix recharges pour 340 km.
Troisième point, la charge finale à 33,91 € pour 55 minutes, soit un remplissage dépassant les 80 %, où les derniers pourcents se remplissent plus lentement, alors que la voiture arrivait avec 40 km d’avance.
### Le véritable coût, à condition de savoir conduire
Le reportage n’a cependant pas tout inventé. Les bornes sur les autoroutes peuvent être coûteuses, autour de 0,60 € le kWh, et la ë-C3 charge en réalité moins vite que ce que les spécifications laissent entendre : plusieurs essais montrent un pic réel proche de 89 kW, alors que 100 kW sont annoncés.
Ces deux éléments sont des observations légitimes. En revanche, la méthode semble biaisée, éloignée des sujets conçus pour l’audience. Un propriétaire start avec une batterie pleine, rechargée la nuit pour 8 à 9 € pendant les heures creuses, bien en dessous du tarif public. Avec deux arrêts rapides bien placés et un abonnement, le trajet Paris – Les Sables-d’Olonne pourrait revenir à environ 40 euros, sans dépasser le cumul d’une heure de charge. Un youtubeur l’avait déjà démontré avec des chiffres à l’appui. Les fameux « 6 € de plus qu’en thermique » deviennent alors une économie, sous réserve que le conducteur applique les bonnes pratiques.
Le service public a le droit de tester une voiture électrique en vacances, mais il ne devrait pas filmer sa propre méconnaissance et la présenter comme une limite technologique. L’ARCOM a d’ailleurs déjà rappelé TF1 à l’ordre pour ses reportages biaisés, prouvant que la méthode finit par être perceptible. Plutôt que de reproduire des pannes, il suffirait de suivre quelques conseils simples. Chaque été, le même trajet et les mêmes erreurs, sans qu’aucun membre de la rédaction ne consulte un planificateur avant de partir.
Il ne faut pas s’étonner non plus de ne jamais voir de Tesla dans ces reportages : une voiture qui recharge vite et à un coût élevé remettrait en question la narration.
