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Canicule : le réseau électrique de RTE ne tourne pas assez vite quand c’est crucial

Les lignes haute tension de RTE transportent moins d’électricité en été qu’en hiver en raison de la chaleur qui réduit la capacité des câbles. RTE a annoncé un plan d’investissement de l’ordre de 100 milliards d’euros sur quinze ans pour renouveler une partie de son réseau et améliorer sa résilience face aux canicules.

En période de canicule, lorsque la climatisation fonctionne à plein régime, les lignes haute tension de RTE transportent moins d’électricité qu’en hiver. Ce phénomène n’est pas dû à une panne : il s’explique par des principes physiques, avec des conséquences potentiellement graves sans les protections mises en place.

Ce paradoxe peut surprendre. Au moment où les Français augmentent leur consommation d’électricité en raison des climatiseurs et réfrigérateurs, le réseau qui achemine cette électricité en transporte moins.

Chaque degré au-dessus de 25 °C augmente la demande nationale de plusieurs centaines de mégawatts. Pendant ce temps, une partie des lignes aériennes de RTE, le gestionnaire du réseau de transport, voit sa capacité diminuer.

Un câble électrique chaud présente une capacité de transport d’électricité inférieure. Ce fait est fondamental : la chaleur altère le refroidissement des lignes, réduisant le courant qui peut y circuler sans provoquer une surchauffe, un affaissement et un rapprochement du câble envers le sol.

RTE ne subit donc pas passivement la chaleur : le gestionnaire réduit proactivement, en amont, la charge autorisée sur ses lignes susceptibles de surchauffe. Cela constitue une démarche préventive.

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Pourquoi un câble chaud transporte moins de courant

Pour saisir cette situation, il est indispensable de considérer les particularités du câble. Chaque conducteur, généralement un alliage d’aluminium, possède une température maximale à ne pas dépasser, souvent entre 75 et 90 °C, pour deux raisons pratiques.

Tout d’abord, la dilatation : lorsque le métal chauffe, il se dilate, le câble s’allonge et descend, diminuant ainsi la sécurité de la ligne. Ensuite, avec l’augmentation de la température, l’aluminium commence à perdre ses propriétés mécaniques.

La température d’un câble est le résultat d’un équilibre. D’une part, il génère de la chaleur en raison du passage du courant (c’est l’effet Joule, le même phénomène qui chauffe un grille-pain), auquel s’ajoute la chaleur du soleil. D’autre part, le câble dissipe de la chaleur, principalement grâce à l’air qui l’entoure. La canicule perturbe cet équilibre sur trois aspects : l’air est chaud, ce qui en réduit la capacité de refroidissement ; le vent est souvent faible, ce qui diminue considérablement le refroidissement d’une ligne ; et l’ensoleillement ajoute une chaleur supplémentaire. Par conséquent, à courant constant, la température du câble augmente davantage pendant les journées chaudes qu’en hiver lorsqu’il fait frais et venteux.

Pour ne pas dépasser la température limite, RTE ne dispose que d’une solution : réduire le courant autorisé, ce que les professionnels appellent l’ampacité. C’est cela qui explique la « baisse de capacité d’acheminement ». Il n’y a pas assez de marge de refroidissement pour faire passer autant d’ampères qu’en hiver.

La coupure automatique, c’est le garde-fou

La diminution de la capacité des lignes n’est pas occasionnée par les câbles qui touchent le sol et se coupent. La coupure automatique est précisément le scénario que RTE cherche à éviter en réduisant la charge à l’avance.

Si un câble chauffe trop malgré tout, il s’allonge, descend et peut provoquer un arc électrique vers un arbre, un bâtiment ou une personne. Les systèmes de protection déclenchent alors la ligne pour des raisons de sécurité. En d’autres termes, la coupure est une mesure de dernier recours. En résumé : on réduit la capacité pour éviter la coupure.

Un réseau qui tient, mais qui vieillit

La gravité de la situation n’est pas négligeable. Un tiers des lignes aériennes de RTE est particulièrement vulnérable à la chaleur intense.

De plus, le réseau accuse son âge : plus de 20 % des lignes aériennes ont plus de 70 ans et certaines structures approchent le siècle. Une grande partie de ce réseau a été construite après la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les vagues de chaleur fréquentes n’étaient pas envisagées comme un problème majeur.

On oublie souvent que la production d’électricité est également limitée durant l’été : par exemple, EDF peut réduire ou arrêter des réacteurs lorsque l’eau des rivières destinées au refroidissement devient trop chaude. Ce n’est donc pas seulement le transport qui est affecté.

En outre, RTE a récemment affirmé qu’il n’y avait aucune inquiétude au préalable avant qu’un incident ne prive des dizaines de milliers de foyers en Bretagne d’électricité.

Il convient de préciser qu’en cas de coupure sur une ligne RTE, il est souvent possible d’acheminer le courant par d’autres lignes haute-tension, surtout en été, lorsque le réseau est en surcapacité. Toutefois, des coupures locales peuvent survenir lorsqu’il n’existe pas de redondance, comme dans le cas de la coupure en Bretagne affectant un poste électrique RTE.

Un investissement à la hauteur du réseau et des canicules

Pour faire face à cette problématique, RTE a proposé un plan en février 2025, présenté par Xavier Piechaczyk, alors président du directoire, parti depuis diriger la RATP et remplacé le 7 avril 2026 par Émilie Piette.

Selon l’AFP, le schéma de développement du réseau (SDDR) prévoit environ 100 milliards d’euros d’investissements sur quinze ans. Il est important de ne pas tout confondre : une partie de ce montant, environ 24 milliards, est destinée au renouvellement de 23 500 km de lignes et de 85 000 pylônes, représentant environ un quart du réseau aérien.

Une autre enveloppe, plus conséquente, d’environ 53 milliards, est allouée au raccordement de futures sources de production telles que l’éolien en mer et les EPR2. L’objectif du renouvellement est de réaliser deux objectifs simultanément : remplacer les câbles vieillissants par des conducteurs conçus pour supporter des températures allant jusqu’à 85 à 90 °C et les surélever pour éviter qu’ils ne descendent trop près du sol.

Un outil moins visible vient s’ajouter à cette panoplie : l’ampacité dynamique. Ce système consiste à recalculer en temps réel, grâce à des capteurs, le courant maximal qu’une ligne peut supporter selon les conditions météo locales à un moment donné : vent, température, ensoleillement.

Plutôt que d’imposer une limite fixe et prudente toute l’année, on s’adapte à la réalité. Cette méthode, testée dans plusieurs déploiements aux États-Unis, pourrait augmenter la capacité d’une ligne de 30 à 50 % par rapport à une limite fixe.

Le message des gestionnaires est rassurant : le réseau est solide, dimensionné pour supporter les vagues de chaleur actuelles. Le véritable risque réside dans des épisodes de chaleur rapprochés et répétés, qui n’offrent pas à l’infrastructure le temps de se « reposer ».

Avec l’électrification qui s’intensifie, allant des pompes à chaleur aux centres de données, la dépendance à l’électricité croît, tout comme l’exigence de résilience. La capacité qui diminue quand la demande augmente est précisément ce que le plan de 100 milliards vise à réduire.


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