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Aux États-Unis, des chaînes YouTube sexistes buzzent avec des arrestations de femmes.

Une vidéo d’une femme en robe rose, menottée et filmée par une caméra de police, a suscité une attention massive sur les réseaux sociaux, atteignant plus de 20 millions de vues en moins d’une semaine après sa publication sur X en mai 2025. Les commentaires, souvent inappropriés, se concentrent sur son apparence physique, révélant une tendance inquiétante sur Internet. Ce type de contenu, qui met en avant des arrestations de femmes, a pris de l’ampleur, notamment sur YouTube, où des chaînes se consacrent à la diffusion de ces images.

La chaîne « California Bodycam » illustre parfaitement ce phénomène, avec près de 900 vidéos et plus de 100 millions de vues cumulées. Les miniatures de ces vidéos accentuent les visages des femmes, en particulier ceux des plus jeunes et attirantes, tandis que les titres sont souvent provocateurs, tels que « Drama queen ivre de 18 ans » ou « Une femme très enivrée conduit en bikini par des températures glaciales ». Une autre chaîne, « Officer Axon », ne fait pas exception et se concentre également sur les arrestations de femmes, y compris des mineures.

Les statistiques du FBI, relayées par un rapport d’IPVM, montrent que les hommes constituent environ 75 % des arrestations pour conduite en état d’ivresse aux États-Unis, mais les vidéos de ces chaînes donnent une impression contraire, les vidéos masculines étant souvent moins visionnées. Les commentaires sexistes abondent : « Déjà une alcoolique à 18 ans » ou « elle pense vraiment qu’elle est trop mignonne pour être arrêtée ».

Ces chaînes obtiennent leurs contenus grâce aux « publics records requests », un processus permettant d’accéder à des documents administratifs. Au New Jersey, certains chefs de police ont remarqué que certaines demandes ciblaient spécifiquement des arrestations de jeunes femmes pour conduite en état d’ivresse. Une femme qui a demandé le retrait de sa vidéo a été informée qu’elle devrait payer pour cela, selon un rapport de la chaîne locale WABC en 2024.

Malgré les préoccupations soulevées, les efforts pour encadrer cette pratique légale sont insuffisants. Un projet de loi au New Jersey (S4261) visant à interdire la diffusion de ces vidéos sans consentement écrit n’a pas été adopté. Des organisations comme l’ACLU et l’Electronic Frontier Foundation plaident pour des mesures telles que le droit d’accès prioritaire des personnes filmées à leur propre vidéo et le floutage des visages. Jermain Wilson, responsable des opérations chez IPVM, souligne l’absence de réformes significatives et note que la technologie progresse plus rapidement que les mesures de régulation.

En France, la diffusion de telles vidéos serait théoriquement plus difficile à justifier légalement, car cela constituerait une atteinte au droit à l’image. Raphaël Molina, avocat spécialisé dans l’influence en ligne, explique que l’utilisation de vidéosurveillance à des fins autres que sécuritaires est prohibée. Cependant, il met en garde contre un phénomène similaire : les captations non consenties via des lunettes connectées, qui permettent de filmer sans que la personne concernée en soit consciente. Les victimes de telles pratiques se retrouvent souvent exposées en ligne sans pouvoir réagir rapidement, aggravant leur situation.

Ainsi, le temps de réaction des systèmes judiciaires est crucial, car les vidéos peuvent rapidement devenir virales, causant des dommages irréparables aux personnes concernées.