
Rentrée scolaire 2026 : Le repas à 1 euro va-t-il nuire aux finances des Crous ?
En mai et juin, la fréquentation des restaurants universitaires a connu une augmentation significative de 21 %. En Bretagne, la mise en place du repas à un euro pour tous les étudiants a suscité un vif intérêt. Jean-Marc Quemeneur, le directeur régional du Crous, a déclaré : « Nous nous y attendions. L’offre du Crous était déjà attractive. Nous avons cherché à optimiser. » Ce phénomène n’est pas isolé, puisque d’autres régions de France, comme Paris et Bordeaux, ont également enregistré une hausse de 14 % de la fréquentation dans leurs Restos U, comme l’indique un rapport publié au début de l’été. Cette tendance témoigne de l’enthousiasme des étudiants pour des repas chauds et complets à un prix très compétitif.
Avant le 4 mai, seuls les étudiants boursiers pouvaient bénéficier de cette offre, tandis que les autres devaient débourser 3,30 euros. Pour répondre aux revendications des syndicats de jeunesse et obtenir le soutien du Parti socialiste, le gouvernement a décidé d’étendre cette mesure à près de trois millions d’étudiants du secteur public. Bien que cette décision ait été saluée par la jeunesse, elle soulève des inquiétudes quant à son impact sur les finances publiques déjà fragiles.
À l’approche de la réouverture des Restos U, les responsables des Crous affichent leurs ambitions tout en exprimant leurs préoccupations. « La rentrée, c’est toujours un pic d’activité. Et là, nous savons que nous aurons plus de monde. C’est un défi mais nous y sommes préparés », assure Quemeneur. Pour faire face à l’augmentation de la demande, la Bretagne a reçu 450.000 euros pour améliorer son équipement et bénéficiera d’heures de travail supplémentaires. Au niveau national, l’État a prévu 59 millions d’euros supplémentaires, mais les syndicats du Crous jugent cela insuffisant.
Un rapport parlementaire publié en juillet met en lumière les inquiétudes concernant l’équilibre budgétaire des Crous. Charles Sitzenstuhl, député du Bas-Rhin et auteur du rapport, souligne que « les équilibres économiques du réseau des Crous sont fragiles » et que le financement de la restauration universitaire repose sur un modèle structurellement déficitaire, largement dépendant de l’État.
Chaque repas, facturé à 1 euro, coûte environ 8 euros à produire, laissant un reste à charge de 7 euros pour l’État. Avec 44 millions de repas servis chaque semaine, les coûts s’accumulent rapidement. Avant l’extension de l’offre à 1 euro, près de la moitié des repas étaient vendus à 3,30 euros. Raymond Rivière, agent du Crous et représentant du SGEN-CFDT, exprime ses inquiétudes : « Nous sommes vraiment inquiets. Ce n’est pas parce que nous sommes contre la mesure, mais parce qu’on ne nous donne pas les moyens de la mettre en place. »
Son syndicat a déjà déposé un préavis de grève à partir du 1er septembre, et un mouvement intersyndical est prévu le 22 septembre pour protester contre l’instauration du repas à 1 euro. Le Cnous, sollicité par 20 Minutes, souhaite rassurer en affirmant que des moyens équivalents à 200 postes à temps plein ont été alloués. « Le Cnous et le ministère porteront une attention particulière à la fréquentation des restaurants Crous pendant la rentrée afin d’évaluer les besoins futurs », précise-t-il. Jean-Marc Quemeneur reste confiant : « L’ensemble des repas servis sont compensés par l’État. Notre mission est de mettre en place l’organisation la plus efficace possible. »
Cependant, Rivière s’inquiète de la baisse des recettes provenant des ventes dans les cafétérias, car les étudiants pourraient privilégier le repas à 1 euro au détriment des boissons et snacks. Cette préoccupation est également soulevée dans le rapport de Sitzenstuhl. Le rapporteur spécial met en garde contre le risque que cette mesure dilue l’aide destinée aux plus précaires, en raison d’une saturation des capacités d’accueil. Alors que le coût de la vie étudiante aurait augmenté de 35 % sous le mandat d’Emmanuel Macron, les conséquences pourraient être problématiques. « Quand il n’y aura plus de place ou plus rien à manger, les boursiers ne pourront plus être servis », souligne-t-il, ce qui pourrait engendrer des tensions dans les files d’attente. « Et qui devra gérer ces moments crispants ? Les agents ne sont pas là pour gérer cela », conclut le syndicaliste.
