
Ain : « Il n’y a déjà plus d’eau dans la rivière »… Inquiétude des habitants face au projet de data center à Blyes
À Blyes, une petite commune située à 40 km de Lyon, le projet de construction d’un data center de 40 000 m², destiné au stockage de données et à l’intelligence artificielle, suscite peu d’enthousiasme parmi les habitants. Dans l’épicerie locale, les clients semblent peu informés et peu concernés par cette initiative. « Ça ne m’intéresse pas », déclare une femme absorbée par son jeu à gratter, tandis qu’une autre, avec ses enfants, se précipite vers la boulangerie, affirmant qu’elle n’a pas le temps de s’en préoccuper.
David, un primeur du coin, partage ce constat : « Personne ne m’en a parlé, et pourtant je suis ici tous les matins depuis deux mois. » Malgré cela, une consultation publique en ligne a été lancée le 6 juillet, à la suite d’une demande d’autorisation environnementale déposée par le Parc industriel de la plaine de l’Ain (Pipa). Cette information figure également sur le panneau d’affichage municipal.
Les préoccupations des riverains se concentrent principalement sur l’impact environnemental du projet. Pierre, un habitant, s’inquiète : « Il y a un énorme projet prévu à quelques centaines de mètres de nos habitations et personne n’est au courant. » Il souligne que la prochaine réunion publique se tiendra le 29 septembre à 18 heures, mais il doute de l’impact de cette consultation : « Est-ce qu’on va vraiment nous écouter ? » Il exprime son indignation face à la nécessité de pomper de l’eau pour refroidir des serveurs en pleine période de canicule.
Julie, une autre riveraine, partage ses craintes. Ayant grandi à Saint-Fons, elle a choisi de s’installer à Blyes pour profiter de la nature. À seulement 1,3 km du futur chantier, elle se dit déçue de voir un data center s’implanter si près de chez elle. Son inquiétude principale concerne l’eau : « Comment vont-ils justifier le fait de pomper alors qu’on est en vigilance sécheresse ? »
Les porteurs du projet tentent de rassurer la population. Dans une note récente, ils affirment que le besoin en eau pour le fonctionnement du data center sera réduit à environ 2 140 m³ par an, sans prélèvements dans la nappe phréatique. Cependant, la méfiance demeure. Julie insiste sur la nécessité d’une construction respectueuse de l’environnement avant d’autoriser ce type de projet. Elle souligne l’importance d’une approche responsable et durable.
Maxime, un habitant d’Ambérieu-en-Bugey, exprime un avis plus nuancé. Selon lui, il est essentiel de considérer comment ce projet pourrait s’intégrer dans le territoire, déjà marqué par des centrales nucléaires et des parcs éoliens. Il s’interroge également sur l’utilité du data center pour le grand public par rapport aux entreprises technologiques.
Jocelyne, résidente de Saint-Maurice-de-Gourdans, a appris l’existence du projet grâce à un tract distribué par des opposants. Elle souligne l’incohérence de la situation : « On utilise ces technologies, mais quand elles s’installent près de chez nous, on n’est pas d’accord. » Elle s’inquiète des conséquences environnementales du data center sur la région.
Pour le maire de Blyes, Daniel Martin, ce projet est une opportunité pour le développement local. Il rappelle que le parc industriel est en place depuis 1977 et qu’il est naturel qu’il s’étende. Il espère que l’exploitant sera une entreprise française ou européenne. Bien qu’il ne partage pas l’opinion de certains opposants, il reconnaît l’importance de s’adapter aux évolutions technologiques.
Julie conclut avec force : « On n’est pas là pour être des arriérés, mais pour vivre en harmonie avec notre planète. » Le Syndicat mixte du Pipa défend également le projet, affirmant qu’il répond à des enjeux de souveraineté numérique tout en veillant à une consommation d’eau maîtrisée. Si le data center voit le jour, son ouverture est prévue pour 2029.
