France

Violences du 17 octobre : le droit de manifester menacé jusqu’en 2027

Après les violences du 17 octobre, l’exécutif prépare un nouveau dispositif de sécurité pour éviter de nouveaux débordements lors d’une mobilisation annoncée une semaine plus tard. Cette séquence relance surtout le débat sur l’équilibre entre maintien de l’ordre et liberté de manifester, alors que plusieurs acteurs associatifs et juridiques dénoncent des mesures jugées trop restrictives.

Un durcissement sécuritaire avant une nouvelle mobilisation

Le gouvernement a annoncé une présence policière renforcée pour le rendez-vous de samedi, présenté comme un « acte II » de la mobilisation. Sébastien Lecornu a indiqué que les forces de l’ordre seraient déployées « de façon massive », tandis que Laurent Nuñez a évoqué la possible présence de militaires de l’opération Sentinelle dans les rues.

En parallèle, l’exécutif a mis en place des interdictions de rassemblement dans certains secteurs et des couvre-feux localisés, parfois jusqu’à 6 heures du matin, afin de prévenir de nouveaux pillages. À Marseille, certaines restrictions doivent même être prolongées pour les mineurs jusqu’à vendredi. Ces décisions s’inscrivent dans le contexte des affrontements signalés à Paris, Lyon, Marseille, Rennes et Bordeaux après la mobilisation du 17 octobre.

Des critiques sur la proportionnalité des mesures

La Ligue des droits de l’Homme estime que la réponse actuelle s’inscrit dans une logique trop sécuritaire. Sa présidente, Nathalie Tehio, appelle à une réponse politique et à un dialogue social, plutôt qu’à un durcissement supplémentaire. À droite, des responsables comme Bruno Retailleau et Gérard Larcher demandent au contraire l’instauration de l’état d’urgence.

Hugo Partouche, du Syndicat des avocat.es de France, rappelle que les mesures d’exception doivent rester limitées dans le temps et dans l’espace, et être soumises à un contrôle de proportionnalité. Selon lui, l’autorité administrative doit pouvoir justifier très concrètement les troubles qu’elle entend prévenir, faute de quoi l’atteinte à la liberté de manifester devient excessive.

La contestation du maintien de l’ordre

Les critiques portent aussi sur la manière dont les arrêtés sont publiés. Hugo Partouche déplore des annonces tardives, qui réduisent la possibilité de les contester utilement devant le juge. Il estime que cette pratique affaiblit le contrôle juridictionnel des décisions préfectorales.

La LDH vise également la pratique de la nasse, qu’elle juge attentatoire aux libertés. L’encerclement des manifestants, même encadré depuis la décision du Conseil d’État de 2021, reste selon elle problématique lorsqu’aucune sortie réelle n’est possible. Nathalie Tehio dit avoir elle-même été prise dans ce type de dispositif place de la République, dans un contexte de gaz lacrymogènes et d’affluence importante.

L’association dit aussi avoir reçu plus de 120 signalements de violences policières concernant des lycéens. Certains témoignages évoquent des insultes à caractère raciste, sexiste ou homophobe, ainsi que des coups de matraque et des gardes à vue massives. Ces éléments nourrissent l’idée, défendue par la LDH, que la liberté de manifester recule face aux logiques de maintien de l’ordre.

Ce qu’il faut retenir

  • Le gouvernement prépare un dispositif renforcé après les violences du 17 octobre, avec couvre-feux, interdictions ciblées et possible mobilisation de Sentinelle.
  • La LDH et le SAF dénoncent des mesures jugées trop restrictives et rappellent l’exigence de proportionnalité pour limiter la liberté de manifester.
  • Les critiques visent aussi la nasse, les publications tardives des arrêtés et plus de 120 signalements de violences policières transmis à la LDH.

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