Uniforme à l’école : « Pas l’outil magique… » va-t-il être abandonné ?
L’expérimentation de l’uniforme à l’école, lancée à la rentrée 2024 – 2025, concernait à la dernière rentrée 97 écoles, 14 collèges et quatre lycées. Une majorité des écoliers (57 %) déclarent ne pas aimer porter la tenue commune et 63 % des collégiens disent « ne pas se sentir bien » dans la tenue.
Quelles conclusions peuvent être tirées de l’expérimentation de l’uniforme à l’école ? Cette initiative, mise en avant par Gabriel Attal en 2023 lors de son passage au ministère de l’Éducation nationale comme un moyen de réaliser « l’égalité sociale » et d’améliorer le climat scolaire, a montré des effets inégaux et généralement limités, selon une étude préliminaire publiée mardi. Les premiers résultats de l’expérimentation de l’uniforme à l’école, lancée à la rentrée 2024-2025, sont « assez inégaux selon les établissements », a déclaré le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, qui préfère attendre les « résultats définitifs » avant de décider de la poursuite du dispositif.
« Globalement, ça renforce le sentiment d’appartenance. On observe également une amélioration à certains endroits du climat scolaire, mais dans d’autres endroits, ce n’est pas forcément le cas », a précisé le ministre lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. « Il n’y a pas forcément d’effets sur les résultats scolaires, mais en un an, ce n’est guère étonnant », a-t-il ajouté. « Donc on attend les résultats définitifs de la deuxième année […] pour évaluer la pertinence de prolonger le dispositif » qui concernait à la dernière rentrée 97 écoles, 14 collèges et quatre lycées, contre environ 90 l’année précédente, a-t-il poursuivi.
L’expérimentation de la « tenue unique » avait été annoncée à l’automne 2023 par Gabriel Attal lors de son bref passage au ministère de l’Éducation nationale. Présentée comme un moyen d’atteindre « l’égalité sociale », elle était vue comme une solution susceptible d’améliorer de manière générale « le climat scolaire » et lancée pour l’année 2024-2025 avec une forte communication.
Cependant, la première évaluation réalisée en juin 2025 par le service des statistiques du ministère de l’Éducation nationale, en collaboration avec l’organisme indépendant FORS-Recherche Sociale, fait état d’effets inégaux et globalement limités. Dans le premier degré, 75 % des directeurs d’école rapportent une évolution positive du sentiment d’appartenance depuis l’instauration de l’uniforme. En revanche, seuls 36 % notent une amélioration du climat scolaire.
Dans le second degré, les retours sont plus favorables. Parmi les 22 établissements participants, 16 chefs d’établissement ont répondu : 13 constatent une évolution positive du sentiment d’appartenance et 11 remarquent une amélioration du climat scolaire. Néanmoins, les effets sur la scolarité demeurent modestes. Sept chefs d’établissement estiment la progression de l’ambiance de travail comme positive, mais seulement cinq perçoivent une amélioration des acquis scolaires.
La mesure suscite par ailleurs des critiques de la part des élèves. Une majorité d’écoliers (57 %) déclarent ne pas aimer porter la tenue commune, et 63 % des collégiens affirment « ne pas se sentir bien » dans cette tenue, tandis que 61 % estiment qu’elle « n’est pas adaptée à leur vie de collégien ». Bien que 43 % des écoliers pensent qu’il y a moins de moqueries sur les vêtements, 45 % estiment que la mesure « n’a rien changé ». Chez les collégiens, 38 % affirment que l’uniforme n’a eu aucun effet, tandis que 36 % se disent « moins libres dans (leur) façon d’être ». Enfin, seuls 27 % des collégiens estiment que l’uniforme renforce le cadre de travail, tandis que 11 % des écoliers affirment qu’il leur donne le sentiment d’être « plus sérieux ».
« Dès lors qu’on dépasse la simple enquête de satisfaction des chefs d’établissement, on a la confirmation que l’uniforme n’est pas l’outil magique pour améliorer le climat scolaire dans un établissement », a réagi auprès de l’AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire dans le second degré. « Ce bilan confirme donc qu’on était bien face à une annonce sans lendemain de Gabriel Attal, qui était essentiellement à visée médiatique et politique sans jamais se préoccuper des vrais enjeux de l’École », a-t-elle ajouté.
Déjà au début de l’année 2025, le ministère avait tenté de sauver cette expérimentation, menacée d’abandon par des collectivités en raison d’un manque de crédits alloués par l’État. Pendant les deux années scolaires d’expérimentation, l’État cofinançait la mesure à 50 % et dans la limite de 100 euros par élève pour les collectivités s’étant engagées dès le départ.

