
Un été 2016 qui a vidé les canapés et tout arrêté.
J’avais 9 ans cet été-là, un été où l’euphorie d’un pays s’est mêlée à un silence pesant, où des foules se sont rassemblées pour traquer des créatures invisibles, et où j’ai compris, sans en avoir les mots, que la vie ne s’arrête jamais, même après les nuits les plus sombres.
Dès le 10 juin, la France se plonge dans l’effervescence de l’Euro de football qu’elle accueille sur son territoire. Pendant un mois, les rues se vident lors des matchs, tandis que les terrasses se remplissent. Un nom revient sans cesse dans les conversations des adultes : Antoine Griezmann, véritable star du tournoi, qui finit par être couronné meilleur joueur. Le 10 juillet, la finale se joue au Stade de France, opposant les Bleus au Portugal. Réunis devant la télévision, ma famille et moi assistons à la défaite des Français, 1-0, sur un but d’Éder en prolongation. Ce qui me marque le plus, c’est le silence qui s’installe après le coup de sifflet final, un silence lourd d’espoir déçu.
Quatre jours plus tard, la nuit du 14 juillet, tout bascule. À Nice, un camion s’engouffre dans la foule rassemblée sur la promenade des Anglais pour admirer les feux d’artifice, peu après 22h30. Cet attentat fera 86 victimes et de nombreux blessés. À cet âge, je comprends la gravité de la situation en voyant mes parents absorbés par les nouvelles, le visage grave. Ils tentent de m’expliquer, avec leurs mots, l’inexplicable. Cet été-là, l’insouciance des vacances se heurte à une réalité tragique que l’on n’oublie jamais.
Le lendemain, la vie reprend son cours, comme si rien ne s’était passé. Le 15 juillet, Netflix lance tous les épisodes d’une nouvelle série, Stranger Things. Mes cousins adolescents parlent déjà du garçon disparu et de la petite fille à la tête rasée, comme si c’était un événement marquant. Les soirées devant la télévision ne se font plus à heure fixe ; on se retrouve à binge-watcher plusieurs épisodes d’affilée, un terme qui fait son entrée dans notre vocabulaire.
Le 24 juillet, un vent de nouveauté souffle sur le pays avec l’arrivée de Pokémon Go. Ce jeu de Niantic devient rapidement un phénomène mondial, transformant les parcs en terrains de chasse où l’on scrute son téléphone à la recherche de Pikachu ou Salamèche. Quelques semaines plus tôt, un Pokémon avait même fait une apparition inattendue sur la pelouse du Stade de France pendant la finale de l’Euro. Mes amis, déjà équipés de tablettes et de téléphones, sont captivés, tandis que je les observe, fasciné par cette nouvelle manière de redécouvrir la ville.
À la maison, l’été s’écoute sur Deezer, grâce à l’iPhone que nous partageons. La chanson This Girl, remix électro-jazz de Kungs, domine les charts français et s’impose dans tous les autoradios, devenant le single le plus vendu de l’année. À ses côtés, Cheap Thrills de Sia et Can’t Stop the Feeling ! de Justin Timberlake tournent en boucle, tout comme le titre Millionnaire de Soprano. Mes cousins plus âgés écoutent également AFRO TRAP Part.3 de MHD et les sons de PNL, dont l’album fait un carton chez les adolescents.
Sur grand écran, l’été 2016 est marqué par le retour de Steven Spielberg avec Le Bon Gros Géant, adaptation d’un livre de Roald Dahl, qui sort le 20 juillet après une avant-première à Cannes. Malgré des critiques globalement positives, le film déçoit au box-office. Le public suit également avec intérêt Le Monde de Dory, suite du célèbre Monde de Nemo de Pixar, tandis que le reboot controversé de Ghostbusters, entièrement féminin, divise les critiques avant même sa sortie. En août, c’est au tour de Suicide Squad de faire parler de lui, porté par une bande-annonce omniprésente, qui lui permet de dominer le box-office malgré des critiques mitigées.
