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« Toy Story 5 », « Les Minions » : l’animation peut-elle survivre sans franchises ?

Le Festival d’Annecy est un lieu pour interroger les professionnels sur l’innovation dans le cinéma d’animation, où des cinéastes comme Enrico Casarosa soulignent l’importance de créer des concepts originaux. Le film Le Corset, réalisé par Louis Clichy, sortira le 14 octobre prochain et a déjà reçu le Prix du Jury au festival de Cannes.

Toy Story 5, Des Minions et des monstres… Le cinéma d’animation semble parfois se répéter, en remixant des recettes à succès. Face à cela, le public manifeste un enthousiasme qui pourrait inciter studios et créateurs à relâcher leurs efforts en matière d’innovation. Le Festival d’Annecy est le lieu idéal pour poser la question aux professionnels du secteur.

Certains cinéastes réussissent à créer des univers uniques et des personnages en dehors des conventions établies. Enrico Casarosa, réalisateur de Luca et de Nero, chat noir, souligne : « Il faut bien commencer par créer des concepts originaux si on veut voir fleurir les franchises de demain mais il est certain qu’il est plus risqué de ne pas s’appuyer sur des concepts déjà appréciés du public. »

Du neuf avec du vieux

« Retravailler avec des personnages bien connus n’est pas obligatoirement un signe de manque d’imagination, tempère Pierre Coffin, l’un des créateurs des Minions. Cela peut pousser à essayer de se surpasser pour ne pas décevoir le public, surtout si on vous laisse une liberté suffisante pour tirer parti de vos idées. » Des Minions et des monstres, qu’il a coréalisé avec Patrick Delage, est un excellent film qui connaît un grand succès en salle et pourrait encore enrichir la saga. De plus, le merchandising attire les clients avec les adorables gélules jaunes en salopettes. Pete Docter, directeur artistique chez Pixar, explique :

« Nous essayons de concilier les deux. Nous sommes fiers de continuer à faire exister nos personnages mais cela ne nous empêche pas de lancer des choses nouvelles. C’est un équilibre à trouver entre l’ancien et le nouveau même si reprendre une franchise ne signifie pas qu’on est moins créatifs. »

Toy Story 5 aurait pu fatiguer les spectateurs et Nero, chat noir, qui sortira le 3 mars prochain, pourrait cependant connaître un grand succès au box-office.

Un résultat imprévisible

« La beauté et la fragilité de nos métiers, c’est que le succès n’est pas prévisible, explique Brad Bird, mais il est certain qu’il est plus facile de financer une suite des Indestructibles qu’un film noir animé comme Ray Gunn. » Brad Bird a produit le troisième volet des Indestructibles, une saga qu’il a créée, et il a mis des années à faire réaliser son projet personnel, un polar de science-fiction rendant hommage au cinéma des années 1950. Ce projet a finalement trouvé un débouché chez Netflix.

« Il faut se battre pour faire exister des œuvres personnelles. C’est le cas pour tout le monde y compris pour un réalisateur réputé comme moi. »

Fawn Veerasunthorn et Jason Hand ont développé une autre méthode pour s’épanouir chez Disney. Billie à la croisée des mondes, prévu pour le 2 novembre, reprend des thèmes emblématiques de l’univers Disney tout en les modernisant. « Nous sommes amoureux d’animation en général et des films Disney en particulier, déclare la réalisatrice. Cela nous permet d’évoluer sur un terrain familier tout en ajoutant une forte touche personnelle dans un univers féerique. L’idée est d’attirer le spectateur vers quelque chose qu’il croit connaître puis de le surprendre ensuite. »

Notre dossier sur le Festival d’Annecy

En France, la situation est comparable. Un réalisateur comme Louis Clichy a réussi à jongler entre franchises avec les deux Astérix qu’il a cosigné avec Alexandre Astier et Le Corset, une œuvre très personnelle que le créateur de Kaamelott a coproduite. « Les deux sont satisfaisants, chacun à sa façon, dit-il. J’aurais sans doute eu plus de mal à monter Le Corset si je n’étais pas devenu célèbre avec Le Domaine des dieux et Astérix et la Potion magique », explique-t-il. Le Corset, qui fait le tour des festivals allant de Cannes (où il a reçu le Prix du Jury dans la section Un certain regard) à Annecy, sortira le 14 octobre prochain.

Cette aventure poétique et semi-autobiographique d’un fils d’agriculteur contraint de porter un corset orthopédique pourrait mener Louis Clichy vers les Oscars. Comme l’ont montré l’an passé Amélie et la Métaphysiques des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han et Arco d’Hugo Bienvenu, les films d’animation peuvent connaître de belles carrières en dehors des franchises. « C’est exactement la même chose que pour les longs métrages en prises de vues réelles dont les suites se multiplient parfois de façon déraisonnable, affirme Brad Bird. Il ne faut pas oublier que l’animation n’est qu’un médium et que ces films sont avant toute chose du cinéma ! »