Toulouse : La déprogrammation de l’atelier pour enfant animée par deux drag-queens suscite la critique

Le 18 février, Shanna Banana et Brandy Snap, deux drag-queens toulousaines, devaient animer un atelier lecture à destination des enfants à la médiathèque de Toulouse dans le cadre d’une série de rendez-vous mis en place par la bibliothèque de Toulouse dans le cadre du mois « Queer ». Finalement, leur public ne devrait être composé que d’adultes. C’est en tout cas la décision prise par le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, ce mardi.

Depuis quelques jours, cette programmation faisait l’objet d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux, mais aussi à travers des tracts, de la part de la Manif pour tous ainsi que d’un groupe d’identitaires toulousains baptisé « Furie Française ».

« Ce choix de programmation – qui n’a donné lieu à aucun visa ou aval de la part des élus – peut déstabiliser une partie du public. Ce n’est évidemment pas la volonté de la collectivité. Aussi, dans un souci d’apaisement, cette lecture sera réorientée pour n’accueillir qu’un public majeur », a indiqué l’édile toulousain, qui, en parallèle a tenu à condamner les menaces proférées envers les deux artistes drag-queens.

Tacle de l’opposition municipale

Une déprogrammation qui n’a cessé depuis de susciter de vives réactions. Les membres de « Furie Française », à l’origine de la polémique et dont le maire a demandé la dissolution du mouvement auprès du ministre de l’Intérieur, se sont eux félicités sur les réseaux sociaux de cette « victoire » grâce à leur « mobilisation », « la mairie a reculé » plaident-ils.

Et c’est bien aussi le sentiment de l’opposition municipale pour qui Jean-Luc Moudenc est « main dans la main avec l’extrême droite dans la censure ». « Celui-ci se pose une nouvelle fois du mauvais côté de l’histoire : censurer un événement sous prétexte qu’il ne convient pas à une minorité qui proclame des paroles xénophobes, misogynes et transphobes relève d’une posture autoritariste réactionnaire. Si Jean-Luc Moudenc cherche à faire croire qu’il a changé depuis la Manif pour tous, à laquelle il participait en 2012, il révèle par cet acte le soutien à l’intolérance, loin des idées humanistes de notre ville », relèvent les élus d’opposition « gauche écologistes et citoyens » qui demandent au maire de renoncer à cette « censure ».

« Quand le maire de Toulouse cède, il ouvre la porte »

Pour Sofian Aissaoui, auteur du livre « Drag, l’autre visage des Queens et des Kings », « plier sur de simples lectures est inquiétant ». « Cela participe à l’hystérisation du débat. Il peut ainsi laisser penser que l’extrême droite à de bonnes raisons de demander la déprogrammation. Quand on s’en prend à la drag-queen, on s’en prend au symbole de la communauté LGBT. Plus il y aura une visibilisation de la communauté, plus il y aura de tentatives de la rendre invisible. Petits pas par petits pas, ce mouvement réactionnaire va essayer de grappiller dans cette visibilisation. Et à ce moment-là, la réaction politique doit être forte. Quand le maire de Toulouse cède, il ouvre la porte », déplore celui qui est aussi journaliste et réalisateur.

Cette polémique, dans la mouvance de celles qui sont nées ces derniers mois outre-Atlantique, il s’y attendait. « On reproduit les mêmes schémas, c’est pour cela que j’ai écrit ce livre en me disant qu’il faut essayer de nous intéresser à ce que cette culture veut dire, comment ces personnes existent. On oublie que derrière ces polémiques, être drag-queen et drag-king c’est un métier, celui d’artiste. Et chaque spectacle s’adapte à son public. Là, ces attaques sont sciemment construites par certains mouvements afin de délégitimer le mouvement drag », conclut Sofian Aissaoui.