Prix du carburant : bioéthanol à 75 centimes, « la solution facile »
Au moment où nous écrivons ces lignes, le prix du bioéthanol tourne autour de 75 centimes du litre. Depuis 2017, Charles Larroque a installé plus d’un millier de boîtiers de conversion au bioéthanol.
Il est resté immobile. Tranquille, serein, posé. Pendant que les prix s’envolent, le coût du bioéthanol demeure étrangement constant. Au moment où nous rédigeons cet article, ce biocarburant se chiffre à environ 75 centimes le litre, un prix similaire à celui de février, avant que les attaques d’Israël et des États-Unis sur l’Iran ne provoquent un choc pétrolier. En revanche, le litre de gazole a flambé, dépassant les 2,30 euros, tandis que le prix de l’essence a franchi la barre des 2 euros. Cependant, l’E85 est resté stable.
La raison de cette stabilité est assez simple. Composé majoritairement de matières premières végétales telles que la betterave, le raisin, le maïs ou le blé, le bioéthanol est peu influencé par les variations des prix des marchés. De plus, il est nettement moins taxé en matière de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), ce qui commence à se faire sentir. En conséquence, le nombre d’installations de boîtiers permettant l’utilisation de cet alcool économique et écologique a explosé. « Les ventes ont été multipliées par trois sur le seul mois de mars par rapport aux deux premiers mois de 2026 », affirme l’enseigne Leclerc, qui propose la pose dans ses centres auto. « Cette évolution coïncide clairement avec le contexte de hausse des prix des carburants, qui agit comme un déclencheur pour les automobilistes », ajoute l’enseigne.
« Nous avons déjà connu une situation similaire en 2018 lors de la crise des Gilets jaunes quand le prix de l’essence était inférieur à 1,50 euro. Actuellement, nous faisons face à une deuxième vague. Nous recevons quatre à cinq demandes par jour », indique Charles Larroque. Ce garagiste de Montauban (Tarn-et-Garonne) est un des installateurs agréés de boîtiers de conversion au bioéthanol. Depuis 2017, date de l’officialisation de cette solution, il a effectué plus d’un millier d’installations. « Cela fonctionne pratiquement sur tous les véhicules à essence fabriqués depuis les années 2000. C’est parfois un peu plus complexe pour certains modèles très récents, mais en général, c’est la solution simple pour réaliser des économies. Les gens le constatent rapidement. »
Plus de 700 euros pour l’installation
Certainement, l’installation du boîtier coûte entre 700 et 1.200 euros. Cependant, avec un prix du litre à 70 centimes, l’amortissement se réalise en moins de 15.000 kilomètres, malgré une consommation « entre 15 et 25 % supérieure à l’essence », selon le garagiste.

Heureuse de posséder une Ford Fiesta fonctionnant au bioéthanol, Hélène apprécie chaque jour son choix d’opter pour la motorisation Flexifuel, développée par le constructeur américain. « Chaque fois que je fais le plein, je reste surprise. Mon réservoir de 35 litres me coûte entre 17 et 20 euros. » Cela lui permet de réaliser environ 500 kilomètres sans réel désagrément, bien que la voiture perde légèrement en puissance. « Quand je fais le plein d’essence, cela me coûte 66 euros. J’ai failli tomber dans les pommes. » À ce tarif, sa petite Fiesta a pu parcourir 750 kilomètres, mais pour un budget trois fois supérieur.
Actuellement, Ford est l’un des rares constructeurs à poursuivre la proposition de motorisations compatibles avec le bioéthanol. Toutefois, selon Alexis Andrieu, plus de 90 % des voitures à essence peuvent être converties. Fondateur de la société Biomotors, il est l’un des trois détenteurs de l’agrément pour ses boîtiers de conversion.

Depuis la création de sa solution, il y a environ quinze ans, il a équipé 350.000 véhicules. « À chaque crise énergétique, on observe une explosion de la demande. Le mois dernier, nous en avons vendu 1.500, presque trois fois plus que la moyenne ». Le chef d’entreprise défend clairement sa solution. « Le inconvénient, c’est la surconsommation. Mais même avec 15 % de consommation additionnelle, nous restons largement en dessous d’un euro le litre. C’est imbattable. »
Moins de particules fines émises
Un autre atout du bioéthanol est son impact environnemental réduit. Selon les constructeurs, son utilisation permet de diminuer les émissions de particules fines et de gaz à effet de serre. Toutefois, l’E85 fait face à certaines critiques, notamment sur le risque d’une monoculture dédiée à la production de carburant. « La filière est encore à développer car elle reste sous-exploitée. Il est possible d’utiliser des déchets de viticulture, par exemple. Il existe des pistes à explorer », souligne Alexis Andrieu.
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Bien que l’impact soit difficile à évaluer, il semble moins néfaste que l’importation de gazole raffiné provenant du Moyen-Orient. « Pour moi, c’est une solution simple pour se prémunir face au contexte géopolitique. Mais il n’y a pas de réelles initiatives de la part de l’État ou des fabricants », témoigne le garagiste Charles Larroque. La prise de conscience pourrait venir des automobilistes, lassés de voir leurs économies fondre à chaque plein de carburant.

