
Présidentielle 2027 : La stratégie de Marine Le Pen, un pari risqué ?
Marine Le Pen sera candidate à la présidentielle pour la quatrième fois, et a déclaré « Il n’y a plus de scénario où je ne pourrais pas me présenter » lors d’une interview sur TF1. La cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, mais elle a précisé que « le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt [de la cour d’appel] ».
Marine Le Pen sera candidate à la présidentielle pour la quatrième fois. Malgré sa condamnation pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la dirigeante du Rassemblement national (RN) a décidé de se lancer à nouveau dans la course à l’Élysée. « Il n’y a plus de scénario où je ne pourrais pas me présenter », a-t-elle déclaré, mardi soir, sur le plateau de TF1. Elle a également précisé qu’elle avait l’intention de se pourvoir en Cassation, ce qui lui permettra, pour l’instant, d’éviter le port d’un bracelet électronique. Toutefois, la députée d’Hénin-Beaumont prend le risque d’entraîner son parti dans une campagne ternie par cette affaire.
Elle avait précédemment indiqué qu’elle ne ferait pas campagne si elle n’était pas totalement libre de ses mouvements. La cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme avec bracelet électronique. Cependant, « le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt [de la cour d’appel]. Je ferai donc campagne sans bracelet électronique », a-t-elle précisé sur TF1. En attendant la décision de la plus haute instance judiciaire, la candidate RN reste « présumée innocente » et peut donc se déplacer sans restrictions judiciaires. Reste à déterminer jusqu’à quand cela sera possible.
Au sein du parti, on espérait que la Cour de cassation prenne son temps et se prononce après l’élection présidentielle de 2027. « La question de l’inéligibilité de Marine Le Pen ne se pose plus, il n’y a donc plus de calendrier contraint… », a justifié ce mercredi matin Gilles Pennelle, eurodéputé RN, auprès de 20 Minutes. Cependant, quelques heures plus tard, la Cour de cassation a annoncé qu’elle « pourrait » se prononcer sur le pourvoi de Marine Le Pen « au plus tard début avril 2027 », selon un communiqué.
Si le pourvoi du RN est rejeté, Marine Le Pen pourrait-elle finir sa campagne avec un bracelet électronique ? La réponse n’est pas claire, car compte tenu des délais d’exécution de peine, l’instauration des mesures de restriction pourrait prendre plusieurs semaines, alors que le premier tour de la présidentielle est prévu le 18 avril 2027. Quoi qu’il en soit, ces incertitudes pourraient affaiblir la campagne de l’élue d’Hénin-Beaumont. Son avocat a également reconnu sur franceinfo ce mercredi matin que cette stratégie était « un pari », le « aléa judiciaire étant permanent ».
En maintenant sa candidature, et au-delà des incertitudes sur son cas personnel, Marine Le Pen donne matière à ses opposants pour l’attaquer. Gabriel Attal l’a déjà accusée mercredi de « prendre en otage » la campagne à travers une « guérilla judiciaire ». Raphaël Glucksmann a quant à lui dénoncé « une déchéance politique dont on n’a pas pris la mesure », comparant la dirigeante du RN au président américain Donald Trump. Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a également pointé les « contradictions » de Marine Le Pen, qui critique régulièrement le « laxisme » présumé de la justice. Celle qui avait demandé en 2013 des « peines d’inéligibilité à vie pour les élus condamnés pour détournement de fonds publics » s’expose à voir sa campagne ternie par son affaire.
« Bien évidemment que nos adversaires vont nous attaquer, mais nous considérons toujours que nous sommes innocents. Et Marine Le Pen a montré qu’elle avait le cuir épais », a répondu Gilles Pennelle. Mercredi, la candidate se trouvait en déplacement aux côtés de Jordan Bardella sur un marché à La Flèche, dans la Sarthe, une ville qui a été conquise par le RN lors des dernières municipales. Cependant, ce qui devait être un symbole de lancement de campagne a été perturbé. Plusieurs dizaines de manifestants, dont certains membres de La France insoumise, ont accueilli la candidate sous les sifflets, l’obligeant à écourter sa visite. Cela ressemblait à un prélude à la difficile campagne de François Fillon en 2017. « J’espère que le ministère de l’Intérieur mettra en place les conditions qui permettront à tous les candidats de pouvoir faire campagne normalement, sans violences », a déclaré Marine Le Pen mercredi.
