« Pourquoi les cordonniers ne font-ils pas le double de vos clefs ? »
Le grand-père de Thierry Bodereau tenait 28 cordonneries en France jusque dans les années 1975. Désormais, même la formation CAP cordonnerie inclut le multiservice.
Deux services. Deux produits complètement distincts, avec des compétences et des outils différents, mais réunis sous une seule enseigne. Avez-vous déjà réfléchi à la raison pour laquelle les cordonniers proposent également la duplication de clés ? Cela se manifeste souvent dans le nom même de l’établissement : « Cordonnerie Serrurerie ». À première vue, ces deux métiers semblent n’avoir aucun lien, et ce n’est pas différent à second regard.
Ils ont été réunis sous une même enseigne par un ensemble d’opportunités. Le grand-père de Thierry Bodereau possédait 28 cordonneries à travers la France jusqu’aux années 1975, mais à partir des années 1980, avec l’essor des chaussures « Made in China », principalement en plastique, la profession a commencé à décliner. « Nous n’avions pas les compétences pour les réparer », souligne le président du Syndicat des réparateurs industriels de la chaussure (SRIC).
Afin de survivre, le secteur a dû innover en s’orientant vers une activité totalement différente : la duplication de clés. Un seul point commun relie ces deux services : la rapidité et la proximité. « Les clients viennent chercher la clé minute tout comme le talon minute », compare Thierry Bodereau, également gérant d’une cordonnerie à Metz. « Ce sont deux métiers différents, mais qui se complètent bien », insiste-t-il.
### Une boîte à outils de multiservices
Aujourd’hui, les deux services sont si étroitement liés que, selon Thierry Bodereau, « pour les clients, l’un ne va plus sans l’autre ; une cordonnerie sans service de clés, ce n’est pas une cordonnerie ». La formation du CAP cordonnerie intègre désormais le multiservice. En plus des « marteaux, pinces, cisailles et aiguilles », de nouveaux outils se sont ajoutés à la « boîte à outils » du cordonnier, comme « les lecteurs et détecteurs de puces pour la duplication de clés de voiture et de télécommandes », précise le site Avec l’industrie.
La diversification du métier dépasse même le domaine des clés, comme l’indique la description de la profession sur le site Cordonnerie.org. Certains artisans offrent également « la fabrication de tampons, des travaux d’imprimerie et de gravure, l’affûtage d’objets, et parfois la vente de chaussures et de petits articles de maroquinerie ». Cette diversification a permis à la profession de se maintenir, alors que les habitudes des consommateurs en matière de chaussures ont évolué. « Grâce à la bonne rentabilité des machines », le service de duplication de clés « génère souvent un chiffre d’affaires plus important que la cordonnerie », déclare Thierry Bodereau. Seules les cordonneries très haut de gamme n’ont pas suivi cette tendance.
### Une seconde vie
Cependant, la cordonnerie entrevoit un avenir prometteur. Avec l’introduction du bonus réparation et l’engouement pour la seconde main, ce métier a connu ces dernières années un nouveau dynamisme. « Réparer réduit l’empreinte carbone » ou « une consommation plus durable » font partie des slogans du « Printemps des cordonneries » qui se déroule actuellement.
Aujourd’hui, il est aussi essentiel de savoir réparer des baskets plutôt que des chaussures de ville. « Un grand renouveau s’opère, avec une multitude de nouvelles matières premières », explique le professionnel. Les chaussures de running, de trail, de montagne… ceux qui se sont spécialisés dans ces types de réparations « ont d’ailleurs énormément de travail », ajoute-t-il. Étant donné le coût d’une paire, il est plus avantageux de les faire réparer. Et, en prime, vous pourrez toujours faire un double de vos clés, au cas où vous les perdriez en randonnée.

