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« Pourquoi les alertes sonores se multiplient-elles dans nos voitures ? »

Alarme lumineuse à gauche, « bip-bip » à droite, volant qui vibre… Nos trajets en voiture sont ponctués par une multitude d’alertes, allant de l’assistant de vitesse au maintien de voie, en passant par l’alerte de franchissement de ligne, la détection de la fatigue et le freinage d’urgence. La dernière innovation en date : depuis le 7 juillet, toutes les voitures neuves doivent être équipées d’une caméra destinée à surveiller le regard du conducteur.

Intégré dans l’habitacle, dans le tableau de bord ou au-dessus du volant, ce dispositif s’inscrit dans le cadre d’un règlement européen visant à réduire le nombre d’accidents graves. Il fait partie d’un ensemble de systèmes d’aide à la conduite déployés progressivement depuis 2022. Concrètement, cette caméra analyse en temps réel la direction du regard, les mouvements de la tête, la fréquence des clignements des yeux, ainsi que les signes de somnolence ou de distraction. Si elle détecte que le conducteur détourne trop longtemps les yeux de la route, consulte son téléphone ou présente des signes de fatigue, elle déclenche une alerte sonore, visuelle ou parfois une vibration du volant.

Cependant, la question se pose : trop d’alarmes ne risquent-elles pas de nuire à leur efficacité ? Ne poussent-elles pas les automobilistes à les ignorer, voire à les désactiver ? Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs dénoncent une perte de liberté, estimant que la voiture devient progressivement un « copilote » trop intrusif. « Il s’agit d’une caméra qui surveille le conducteur », souligne Alexandra Legendre, porte-parole de la Ligue de défense des conducteurs (LDC). « On a le sentiment d’une intimité bafouée. » Il est cependant précisé que la technologie utilisée ne conserve aucune donnée personnelle ou biométrique. « Depuis toujours, la voiture est comme le prolongement de notre maison. Au volant, on est chez soi et on ne veut pas qu’une caméra surveille nos yeux », ajoute-t-elle.

Surtout, selon elle, cette multiplication des équipements pourrait s’avérer contre-productive. « Bien sûr, une alerte sonore pertinente peut prévenir un danger et éviter un accident, mais une alerte permanente ou mal à propos finit tout simplement par être ignorée. Certains craignent que cette accumulation d’avertissements devienne elle-même source de distraction », poursuit Alexandra Legendre. « L’inattention, sous toutes ses formes, reste l’une des premières causes des accidents », tempère Sophy Sainten, déléguée générale de l’association de la Prévention routière. « C’est 24 % des accidents corporels chaque année. Un accident sur trois sur l’autoroute est dû à la somnolence. Donc, tout ce qui peut lutter contre ces phénomènes est essentiel. »

La Ligue de défense des conducteurs met en lumière les paradoxes de telles technologies : la caméra veille à ce que le conducteur garde les yeux rivés sur la route, alors qu’au cours des dernières années, une multitude d’écrans ont fait leur apparition sur les tableaux de bord. « Les constructeurs imposent de plus en plus des sources de distractions au conducteur alors que ce dernier devrait avoir les yeux rivés sur la route. Il doit souvent détourner le regard de la route, naviguer dans plusieurs menus et viser une zone tactile », explique Alexandra Legendre.

Bien que certains automobilistes soient tentés de désactiver ces alarmes, l’association de la Prévention routière souligne l’importance de tels dispositifs qui vont bien au-delà des désagréments des « bip-bip ». « Il faut rappeler que ce sont des outils d’aides à la conduite pensés pour renforcer la sécurité, active ou passive. Ils sont essentiels pour les automobilistes, les passagers, mais aussi pour les autres usagers de la route comme les cyclistes et les piétons. » L’association reconnaît toutefois un manque de formation des automobilistes, ce qui entraîne un nombre élevé de désactivations, avance Sophy Sainten. « Quand on a bien compris le fonctionnement des dispositifs de sécurité, on va réduire le nombre de « bips-bips ». »

Il convient également de ne pas tomber dans un excès de confiance vis-à-vis de ces dispositifs. « Il semble qu’il détecte surtout la vision basse, il n’y aurait pas un contrôle de l’inattention à 360°, regrette Sophy Sainten. Et le temps avant le déclenchement est de 6 secondes, mais nous savons que des accidents graves dus à l’inattention surviennent dans les deux secondes. » Des avancées technologiques pourraient néanmoins corriger ces imperfections.