
Natation artistique : Milan Violon, premier homme sélectionné, déclare « Il ne faut pas lâcher »
À seulement 17 ans, Milan Violon, originaire de la région lyonnaise, a récemment marqué l’histoire de la natation artistique en devenant le premier homme sélectionné en équipe de France. Ce fait a suscité une attention médiatique sans précédent, comme il l’a confié à *20 Minutes*: « Je n’ai jamais autant reçu de messages de ma vie. On ne parle jamais de natation artistique dans les médias, et là, ça n’arrête pas, je vois ma tête partout. »
Sa participation aux championnats d’Europe, qui se sont tenus au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, près de Paris, a été un tournant. Après avoir pris part aux éliminatoires de l’épreuve en équipe libre, il a été interviewé par RTL, aux côtés de sa coach Laure Aubry. Cependant, la diffusion d’un extrait sur TikTok et Instagram a entraîné un torrent de commentaires négatifs. « J’ai vu énormément de commentaires haineux. Des messages assez répugnants, méchants », se souvient-il. Suite à la finale où il a contribué à la cinquième place de l’équipe, il a décidé de prendre la parole.
« Je me suis dit qu’il fallait que je le dise, que j’en parle, sinon, ça ne changerait jamais », a-t-il déclaré, conscient de l’importance de son témoignage.
Milan a grandi en admirant sa sœur, nageuse synchronisée, ce qui l’a inspiré à se lancer dans cette discipline en 2020. Après avoir assisté à ses compétitions et galas, il a décidé de rejoindre le club de sa sœur à Villefranche. « J’allais la voir à toutes les compétitions, à tous les galas », raconte-t-il avec fierté. Bien qu’il ait trouvé le début difficile, il a rapidement progressé et a intégré le meilleur club de France à Aix-en-Provence avant d’être sélectionné à l’Insep.
Il a reconnu que son parcours a été facilité par l’évolution des règles de la natation artistique, qui a ouvert ses portes aux hommes en 2015. « Je suis arrivé au bon moment, car pour moi, je faisais juste un sport », explique-t-il. En tant que seul garçon dans une équipe majoritairement féminine, il ne ressent pas de pression particulière. « Je pense que c’est plutôt pour elles que ça change quelque chose », dit-il, tout en démentant l’idée que sa force physique pourrait apporter un avantage technique.
Milan a également mentionné que sa morphologie, avec des lignes de jambes fines, l’a aidé à s’intégrer dans le groupe. « J’ai de la chance d’avoir des lignes de jambes fines, des pointes », reconnaît-il, tout en notant que ce n’est pas le cas pour tous les garçons dans cette discipline.
Sa décision de parler des messages haineux qu’il a reçus est motivée par un désir de soutenir les jeunes qui pourraient être découragés. « Des jeunes m’ont écrit, découragés, prêts à abandonner leur passion en voyant le déferlement de haine », explique-t-il. Il espère que son témoignage contribuera à changer les mentalités concernant le genre dans le sport.
Sa coach, Julie Fabre, a rapidement réagi en contactant la Fédération de natation, qui a publié un communiqué de soutien. Celle-ci a souligné que la natation artistique est une discipline inclusive et que la présence d’hommes en compétition est une évolution légitime.
Milan, bien qu’il aurait préféré que l’attention soit portée sur les performances de son équipe, utilise cette médiatisation pour promouvoir la natation artistique. « Honnêtement, ce n’est pas pour ces critiques que je vais arrêter mon sport. Je suis très fier d’être le premier. Je vais continuer jusqu’au bout, en essayant de remplir mes objectifs », assure-t-il.
Son ambition est claire : intégrer les équipes qualificatives pour les Jeux olympiques et décrocher une place de titulaire dès la saison prochaine. « On vise Los Angeles 2028, ou Brisbane 2032 s’il faut patienter. C’est normal, je suis jeune par rapport au reste du groupe », conclut-il. À ceux qui hésitent à se lancer dans ce sport, il a un message fort : « Il faut essayer, il ne faut pas avoir peur de commencer. Oui, il y aura des gens méchants. Mais si on est bien entouré, ça devient une force pour se donner encore plus. Il faut juste ne pas lâcher. »
