France

Orages : Des passagers du Transilien racontent leur calvaire avec des sacs plastiques

Il est 18 heures passées ce jeudi dans le Val-de-Marne, lorsque le département subit un orage d’une intensité inédite, surpassant les autres zones de l’Île-de-France. La ligne R du Transilien, qui relie Melun à la Gare de Lyon, est particulièrement affectée. À bord d’un train parti à « 18h06 » de Paris en direction de Montargis, Cyrielle, cadre dans une banque, se retrouve immobilisée cinq minutes après le départ. Deux heures plus tard, elle n’a toujours pas avancé, se trouvant à plus de 40 km de chez elle.

Dans le même temps, Quentin, cofondateur d’une association dédiée à l’adaptation aux changements climatiques, voyage dans l’autre sens, à bord d’un train en provenance de Montereau. À l’approche de Paris, la tempête s’intensifie, provoquant un freinage brutal. « Le conducteur nous a informés qu’un arbre était tombé sur les voies, endommageant une caténaire », raconte-t-il, ajoutant que les passagers ne peuvent pas descendre, malgré la proximité de leur destination.

L’attente devient alors insupportable pour les usagers. Tandis que le conducteur du train de Cyrielle tente de rassurer les passagers par des annonces régulières, celui de Quentin reste silencieux. « Il n’y a eu aucune explication, et le manque de communication a créé un climat de panique », explique-t-il. Dans les deux trains, la climatisation est hors service, et les fenêtres ne peuvent pas être ouvertes. « La chaleur était suffocante, et la voiture était bondée, avec des passagers debout ou assis dans les escaliers », se souvient Cyrielle. Elle parvient à ouvrir une petite fenêtre pour soulager deux personnes âgées en détresse.

Pour les passagers du train de Quentin, parti à 17h15, la situation devient critique. « Nous nous sommes sentis comme des prisonniers. Certains ont dû improviser des toilettes avec des sacs plastiques », confie-t-il. Il s’étonne de l’absence de sanitaires dans une ligne où les retards sont fréquents, une décision prise par Île-de-France Mobilités et SNCF Gares & Connexions il y a une dizaine d’années, à cause de la « dégradation systématique » des installations.

Finalement, vers 20 heures, Cyrielle et Quentin réussissent à quitter leurs trains respectifs, parcourant plusieurs centaines de mètres le long des rails. Cyrielle, évacuée par la sûreté ferroviaire, témoigne avoir vu un homme et sa femme enceinte forcer une porte avant l’arrivée des agents. Quentin, quant à lui, a profité d’une ouverture créée par d’autres passagers pour sortir rapidement, bien que certains soient restés bloqués à l’intérieur en raison de l’absence d’informations.

Au total, neuf arbres sont tombés sur les voies, entraînant des perturbations pour une dizaine de trains. Un porte-parole de la SNCF Île-de-France indique que les agents ont rapidement été mobilisés pour dégager les rails, bien que l’accès ait été difficile. Il a fallu près de 2h30 pour réparer les dommages causés, notamment aux caténaires et à un poteau électrique tordu. Le trafic a progressivement repris à partir de 21h10, mais est resté fortement perturbé.

Le lendemain, Cyrielle et Quentin s’interrogent sur le « manque d’anticipation » face à une telle situation. « Il est crucial d’améliorer les protocoles, souligne Quentin, afin de mieux prendre en compte les incidents liés aux conditions climatiques et la dignité des passagers. » Cyrielle suggère qu’il aurait été judicieux de prévoir des solutions, comme la distribution d’eau ou des alternatives pour rejoindre leur destination.

Le porte-parole de la SNCF Île-de-France précise que Météo-France avait annoncé un épisode orageux, mais que son intensité était imprévisible. Il rappelle que des annulations de départs pour des raisons météorologiques ont déjà eu lieu par le passé, comme lors de la tempête Goretti en janvier, qui avait entraîné la fermeture de nombreuses lignes régionales à travers la France.