France

« Objectif Remigration » : rassemblement interdit dimanche à Lyon, qu’est-ce que c’est ?

Le collectif Objectif Remigration, qui prône la remigration en France, a vu son rassemblement prévu à 18 heures sur la place Saint-Jean à Lyon interdit par la préfecture du Rhône. Cette décision, prise jeudi soir, vise à « prévenir l’atteinte à la dignité de la personne humaine et l’incitation à la haine et à la discrimination », tout en cherchant à éviter d’éventuels troubles à l’ordre public. Ce rassemblement devait être l’occasion de déployer une banderole de 20 mètres en faveur du « Save Europe Act ».

Les militants d’Objectif Remigration se présentent comme de simples identitaires désireux de défendre leurs idées. Cependant, les autorités les qualifient d’ultradroite, associant leur idéologie à des notions « xénophobes et racistes ». Ce collectif, qui a récemment fait parler de lui pour avoir déployé une banderole sur la basilique de Saint-Denis, a également vu un rassemblement similaire interdit à Lille la semaine dernière.

Objectif Remigration, qui revendique plusieurs sections actives dans des villes comme Rouen, Montpellier et Toulouse, est issu d’un groupuscule parisien connu sous le nom de Natifs. Ce dernier s’était fait remarquer en 2024 pour avoir affiché une banderole raciste visant la chanteuse Aya Nakamura. Le collectif s’aligne sur la campagne européenne Save Europe Act, lancée par Martin Sellner et Eva Vlaardingerbroek, qui a recueilli plus de 500 000 signatures avant d’être rejetée par la Commission européenne. Stanislas, porte-parole du groupe, affirme que leur action vise à « populariser et promouvoir la remigration » en France, qu’il définit comme « le retour pacifique des populations extra-européennes dans leur pays d’origine ».

Il insiste sur le fait que le collectif défend une « triple identité » : locale, nationale et civilisationnelle, en se distinguant d’un nationalisme qui se limiterait aux frontières françaises. Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste de l’extrême droite, souligne que l’utilisation du terme remigration permet d’élargir la fenêtre d’Overton, rendant des idées qui étaient auparavant inacceptables, plus présentables. Selon lui, cette évolution est « très dangereuse », car elle traduit une radicalisation des discours.

Stanislas évoque un « grand remplacement » de la population, lié à l’ouverture des frontières, et appelle à des mesures drastiques comme la fermeture des frontières et la suspension des naturalisations. Cette notion de remigration s’inscrit dans un mouvement plus large, partagé par plusieurs partis d’extrême droite en Europe, tels que le FPÖ en Autriche et Vox en Espagne. Jean-Yves Camus note que malgré des tentatives de freiner l’immigration, ces partis n’ont pas réussi à l’éradiquer.

Le rassemblement à Lyon visait à démontrer un soutien croissant pour la remigration, selon Stanislas. La CGT a dénoncé cet événement, le qualifiant de promotion d’idées racistes. En réponse à l’interdiction, Stanislas a exprimé son intention de contester cette décision, arguant que le terme remigration avait déjà été utilisé sans problème lors de la présidentielle de 2022. Il critique également le motif de l’interdiction, qui se fonde sur un antagonisme entre la mouvance d’ultragauche et d’ultra-droite, évoquant la mort d’un militant identitaire, Quentin Deranque, lors de confrontations.

Pour Stanislas, cette interdiction est une censure politique d’un rassemblement pacifique, et il reste confiant quant à une éventuelle décision favorable du tribunal administratif. Il souligne que la qualification retenue par la préfecture rejoint celle de la Commission européenne, qui avait déjà rejeté le Save Europe Act pour discrimination raciale.