NBA : Le rôle de Gregg Popovich dans le renouveau des Spurs ?
Gregg Popovich a dirigé les Spurs pendant près de trois décennies, avant de passer ses fonctions à Mitch Johnson lors d’une conférence de presse le 5 mai 2025. Victor Wembanyama a déclaré : « Je lui parle tous les jours, avant et après les matchs, que ce soit un petit texto ou un appel. »
A quel point Gregg Popovich a-t-il joué un rôle clé dans la relance des Spurs lors des matchs 2 et 5, après des défaites difficiles contre Minnesota (3-2 pour San Antonio dans la série), alors que le match 6 se déroule dans la nuit de vendredi à samedi (3h30) ? Suite à leur revers à domicile (102-104), en ouverture de cette captivante demi-finale à l’Ouest, le légendaire ancien coach de l’équipe texane, qui a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) en novembre 2024, a pris part à la séance vidéo de l’équipe.
Il a même été aperçu mardi sur le tarmac de l’aéroport de San Antonio, à la descente de l’avion des Spurs, pour discuter avec Victor Wembanyama de sa première expulsion en carrière, survenue la veille, suite à un incongru coup de coude donné à Naz Reid.
« Coach Pop » (77 ans) semble n’avoir rien perdu de son éloquence, à en croire « Wemby » la semaine dernière : « Comme l’a dit « Pop » : « Quand on gagne, on n’est jamais aussi bon qu’on le croit, et quand on perd, on n’est jamais aussi mauvais. » » Avant le début des playoffs, les premiers des Spurs depuis 2019, le quintuple champion NBA avait déjà fait un retour remarqué lors d’un entraînement de l’équipe, qu’il avait dirigée pendant près de trois décennies.
« Que les matchs se passent bien ou mal, avec « Pop », on sait qu’il nous dira toujours la vérité », résumait alors l’arrière Stephon Castle. La page Popovich s’était officiellement tournée à San Antonio lors d’une conférence de presse, le 5 mai 2025, en présence de deux de ses cadres historiques, Tim Duncan et Manu Ginobili. Apparue très affaiblie, l’entraîneur américain d’origine serbe a ému la planète basket ce jour-là, officialisant son jeune successeur Mitch Johnson (39 ans), qui avait assuré l’intérim durant les six mois suivant l’AVC.
Mais quelle est réellement son influence, en tant que président des opérations basket des Spurs, dans le surprenant renouveau de la franchise, en quête d’un premier titre depuis douze ans ?
« Coach Pop reste super important pour l’équipe, estime Carolina Teague, journaliste pour le site Spurfect. On ressent encore aujourd’hui la puissance de la dynastie qu’il a créée au sein des Spurs. Prenons l’exemple de Keldon Johnson, qui a remporté le prix du meilleur 6e homme NBA cette saison. C’était la décision de Coach Pop de le faire passer de titulaire à remplaçant de luxe. Ça témoigne de son intelligence psychologique, car c’est lui qui avait su gérer l’ego de Keldon à ce moment-là, et cette saison, on réalise à quel point c’était une grande décision. »
Le mois dernier, ce même Keldon Johnson soulignait, tout comme Victor Wembanyama, « échanger chaque jour » avec « Pop » au téléphone, tout en se réjouissant de l’amélioration de sa santé, même si un retour sur le banc n’est plus à l’ordre du jour.
« Ses progrès sont très encourageants. C’est clairement le même homme, toujours aussi vif, c’est le « Pop » qu’il a toujours été », souligne le précieux joker. Contacté par 20 Minutes, l’ancien ailier professionnel Daniel Nwalelele a eu la chance de côtoyer de près Gregg Popovich lors d’un camp d’entraînement des Spurs en 2007. Son admiration pour lui témoigne de la stature de « Pop » outre-Atlantique.
« Coach Pop est un homme exceptionnel, très attentionné, intelligent, drôle, discipliné, et un véritable leader, animé d’une immense soif de victoires. J’ai eu la chance d’être entraîné par lui et j’en suis très fier, c’est un moment marquant dans ma carrière. À ses côtés, on apprend avant tout ce que sont la culture et la mentalité d’un champion. Coach Pop a construit toute cette culture Spurs et c’est encore aujourd’hui la clé de leur succès. On voit à quel point ce qu’il a bâti à San Antonio a une influence positive sur toute la Ligue. Il est « El Jefe » (le chef), ça dit tout de lui. »
Mitch Johnson n’est pas le seul « disciple » de Popovich à avoir émergé comme entraîneur principal à succès en NBA. De Mike Budenholzer (champion avec Milwaukee en 2021) à Ime Udoka (Houston, ex-Boston), en passant par Mike Brown (New York Knicks), de nombreux anciens assistants des Spurs ont ensuite fait carrière. Près de River Walk, leur ancien guide est toujours aussi vénéré par les fans. « Pop est encore dans les parages, on le repère facilement aux matchs, assis dans sa loge », confie Mario Moreno, l’un des leaders du groupe « ultras » des Spurs Jackals, créé par « Wemby ».
Il envisage de lancer un chant en son honneur. « Mais Pop est tellement discret que j’hésite à lui imposer ça, sourit le fan des Spurs de 35 ans. Il ne veut jamais être sous les projecteurs. Son credo, c’est de travailler dur et de laisser son travail parler pour lui. L’été dernier, nous avons voulu organiser une soirée en son honneur après l’annonce de sa retraite. Tout le monde voulait faire ça… sauf Pop ! Sa culture du travail acharné et de la victoire, plutôt que de la notoriété, résonne encore dans les vestiaires ici. »
À défaut d’une célébration, sa franchise a installé en haut du Frost Bank Center une bannière avec le nombre de victoires de Gregg Popovich en carrière (1.390 entre 1996 et 2024), un record dans toute l’histoire de la NBA pour un coach. Cette bannière est placée à côté du maillot retiré de Tony Parker. Une présence inspirante que l’ex-ailier des Rockets et des Mavs Chandler Parsons a récemment commentée durant l’émission TV Run it Back.
« S’il y a bien une personne que j’écouterais encore plus que Mitch Johnson, c’est Pop, indique De’Aaron Fox. Ce type est tellement sage et il sait comment gagner. Il a déjà vécu ça. C’est une légende et on sent que Wemby s’imprègne de tout ce savoir qu’il peut lui transmettre. »
Si Victor Wembanyama a été accueilli puis façonné par Gregg Popovich à San Antonio de 2023 à 2024, le meneur de jeu des Spurs De’Aaron Fox (28 ans) n’a été dirigé que par Mitch Johnson, depuis son trade en février 2025. Mario Moreno est pourtant convaincu que l’ancienne star des Sacramento Kings est aussi influencée par « Coach Pop ».
« Fox est arrivé avec son calibre de joueur All-Star, il a signé un contrat max à 57 millions de dollars par saison, rappelle notre supporter. Et on voit qu’il partage le ballon à la mène avec un rookie [Dylan Harper] et un joueur de deuxième année [Stephon Castle]. Quiconque avec son CV voudrait normalement tout contrôler dans une équipe NBA, mais pas à San Antonio. Il a le sourire, il forme et encadre les jeunes, et il incarne parfaitement la culture que Popovich a toujours souhaité instaurer. »
Mitch Johnson perpétue cette culture à sa manière, comme le confirme à 20 Minutes l’ailier américain John Holland. Ce dernier avait disputé la saison 2018-2019 avec les Austin Spurs en G-League, aux côtés d’un Mitch Johnson en tant qu’entraîneur assistant. « Mitch était en plein développement à la sauce Spurs, se souvient-il. On sentait un bon coach en devenir. Je ne pensais pas alors qu’il succéderait un jour à Popovich, mais les Spurs savent toujours ce qu’ils font. Et quand on voit qu’il bénéficie des conseils de l’un des meilleurs coachs de l’histoire, ça ne peut qu’être bénéfique dans son quotidien. »
Lors de sa dernière prise de parole publique il y a un an, Gregg Popovich avait déclaré : « Nous ne vous décevrons pas. Nous ne gagnerons pas tous les matchs mais nous essaierons de le faire. Et toujours avec classe, dans la victoire ou dans la défaite. » Après trois années passées dans les profondeurs de la NBA, les Spurs font à nouveau honneur à la ligne tracée par leur mentor éternel.

