
Moyen-Orient : « Ce protocole entraîne des victoires iraniennes immédiates »
Un protocole d’accord a été signé à distance par les Etats-Unis et l’Iran mercredi soir, ouvrant une phase de soixante jours pour parvenir à un accord plus large. Le gouvernement israélien, dirigé par Benyamin Netanyahou, pourrait être considéré comme un perdant dans la mesure où il a voulu l’installation d’un régime proche, mais n’a pas réussi à engager l’Amérique dans une guerre contre l’Iran avec des preuves tangibles de son seuil nucléaire.
« Un bon accord » pour Donald Trump. Cependant, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, estime que ce texte « acte l’échec des Etats-Unis ». Après trois mois de conflit ayant perturbé l’économie mondiale, un protocole d’accord a été signé à distance entre les États-Unis et l’Iran mercredi soir. Ce protocole ouvre une période de soixante jours pour parvenir à un accord plus global, incluant le contrôle du nucléaire iranien. En attendant, Téhéran s’engage à rouvrir immédiatement le détroit d’Ormuz et, dans le cadre de ces négociations ultérieures, à diluer son uranium enrichi en échange de la levée des sanctions internationales. Le protocole prévoit également un cessez-le-feu immédiat, y compris sur le front libanais, alors qu’Israël a récemment effectué des frappes.
À la recherche des gagnants et des perdants de ce premier acte de négociations, Hasni Abidi, politologue et directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, ainsi qu’auteur du livre *Moyen-Orient selon Donald Trump* (éd. Erick Bonnier), livre son analyse à *20 Minutes*.
### Y a-t-il un vrai gagnant dans ce protocole d’accord ?
L’Iran en sort mieux que prévu, et ses succès sont immédiats : le blocus naval sur le détroit d’Ormuz est levé et le régime iranien obtient des dérogations pour l’exploitation de pétrole et de gaz. Militairement, bien que le régime ait perdu plusieurs chefs, de nouveaux leaders ont pris leur place. La première victoire pour le régime est qu’il est resté au pouvoir, s’est même renforcé et durci. C’est ce même régime qui négocie avec les Américains et garantira l’application de l’accord.
Pour les États-Unis, les gains sont à long terme et dépendront de la réalisation des objectifs énoncés dans le protocole d’accord : ne pas développer ou acquérir la bombe nucléaire, ne pas enrichir d’uranium, etc. Le protocole signé mercredi a pour avantage de consolider le cessez-le-feu. Néanmoins, il demeure incertain si les Iraniens respecteront ces engagements, laissant donc apparaître des vulnérabilités significatives.
### Ce protocole ne mentionne pas la récupération des stocks d’uranium hautement enrichi ni le programme de missiles balistiques iraniens. Est-ce une victoire pour le régime ?
Effectivement. Cependant, il existe une incertitude concernant le fait que, durant les négociations, les Américains pourraient revoir ces sujets, comme la transparence du programme balistique. Ils ont reconnu le droit des Iraniens, comme d’autres nations, de posséder un programme balistique, mais la sécurité d’Israël reste une ligne rouge. Cela souligne certaines vulnérabilités. Les formulations du protocole sont si générales qu’elles prêtent à interprétations diverses et contradictoires.
Le message à la fois pour les Iraniens et la communauté internationale est que le changement par la force a échoué. Les États-Unis affirment qu’ils ne s’ingéreront plus dans les affaires intérieures, même si Trump a déclaré mercredi qu’il continuerait « à larguer des bombes sur la tête » des Iraniens s’il n’était pas satisfait du texte final. Dans l’ensemble, si l’on se base uniquement sur le document du protocole, les Iraniens en sortent gagnants.
### Israël est-il le grand perdant ?
Il ne faut pas ignorer que Benyamin Netanyahou a réussi à engager les États-Unis dans une guerre contre l’Iran sans démontrer qu’il était sur le point d’accéder à l’armement nucléaire. Cependant, le Premier ministre israélien s’est isolé et a négligé de considérer que Donald Trump ne pourrait pas être un allié éternel.
Israël pourrait considérer cette situation comme défavorable, car le gouvernement avait placé la barre très haut, espérant voir l’installation d’un régime amical. Leur projection d’une révolte populaire et d’un démantèlement du régime juste après des frappes aériennes s’est révélée irréaliste. Avant tout, c’est surtout le peuple iranien qui est la principale victime dans cette situation.
### Un fonds de 300 milliards de dollars pourrait être débloqué pour la reconstruction de l’Iran, impliquant les pays du Golfe. N’est-ce pas difficile à accepter pour eux ?
Les pays du Golfe ont tendance à dire « oui » à ce que Trump croit. Ils sont majoritairement favorables à un cessez-le-feu, ayant en effet subi quotidiennement les impacts de la guerre, tels que des frappes de missiles, des drones et la fermeture du détroit d’Ormuz. Cela semble être un effet d’annonce. Ces fonds n’ont pas encore été mis en place et il est probable que ce fonds d’investissement reste virtuel.
