Mort de Lyhanna : Darmanin convoque les procureurs, manifestations à venir
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a convoqué les procureurs généraux à 8h30 pour une « réunion de travail » afin de demander une revue des plaintes concernant des enfants victimes, avec un délai jusqu’au 14 juillet pour reprendre l’intégralité des plaintes, soit environ 70.000. La France compte trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe.
Un crime d’enfant ébranle même les plus hautes instances de l’État. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a rassemblé ce lundi à la Chancellerie les procureurs généraux afin de les inciter à réexaminer les plaintes concernant des enfants victimes, en lien avec l’affaire Lyhanna. Pendant ce temps, des collectifs féministes et de protection de l’enfance ont organisé des manifestations devant les tribunaux. Ce matin-là, le garde des Sceaux a convoqué les procureurs généraux et les représentants du ministère public des 36 cours d’appel de France à 8h30 pour une « réunion de travail ».
Il leur a demandé de reprendre d’ici le 14 juillet « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70.000 au total, comme l’a annoncé le ministre sur LCI dès dimanche. « Nous allons examiner toutes les plaintes, ressort par ressort » et « aucun haut magistrat ne pourra partir en vacances » tant que ce recensement ne sera pas achevé, a averti Gérald Darmanin, alors qu’une marche blanche rassemblait 6.000 personnes en hommage à Lyhanna à Fleurance, dans le Gers.
Excuses présentées à la famille de Lyhanna
Depuis la découverte du corps de la fillette de 11 ans et des révélations concernant des plaintes pour viols sur mineures – certaines procédures ayant ensuite été classées -, le garde des Sceaux prend la parole dans les médias. Il a d’abord exprimé sa « terreur » lors d’un déplacement à Béziers jeudi, puis a souligné le lendemain sur X « les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’État ».
Vendredi soir sur TF1, il a présenté ses « excuses » à la famille de Lyhanna au nom de l’institution judiciaire, qui a « failli dans le suivi des plaintes » déposées contre le suspect. Il a également évoqué de possibles « sanctions » à l’encontre des magistrats si des « défaillances, des fautes professionnelles » étaient « avérées ». Une inspection, concernant la justice, la gendarmerie et l’Éducation nationale, doit rendre ses conclusions sous 15 jours. La plainte particulièrement critiquée avait été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d’une fille de 11 ans, pour des viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect.
« Un viol sur enfant, c’est urgence absolue »
Après plusieurs actes d’enquête, dont des examens médico-légaux corroborant les déclarations de la fillette, le parquet de Toulouse s’était dessaisi au profit de celui d’Auch. Transmis par la Poste fin 2025, le dossier n’a été adressé à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026. Et malgré des « éléments d’enquête assez accablants », le suspect n’avait pas été entendu au moment de la disparition de Lyhanna, a déploré dimanche soir sur France 2 le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Gérald Darmanin a également regretté une « absence de priorisation » dans le traitement de cette plainte, rappelant qu’« un viol sur enfant, c’est urgence absolue ».
Dans un communiqué vendredi, la Conférence nationale des procureurs généraux et celle des procureurs de la République ont répondu aux déclarations du garde des Sceaux, affirmant qu’aucune responsabilité ne pouvait être établie ni aucune sanction prononcée avant les conclusions de l’inspection. L’Union syndicale des magistrats (majoritaire) a souligné une surenchère d’instructions – « 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025 » selon son secrétaire général adjoint Aurélien Martini – et a mis en avant la recherche de « boucs émissaires et vite ».
Trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe
La question des moyens, éludée par le président de la République Emmanuel Macron, devrait également être examinée lors de la « réunion de travail » prévue lundi place Vendôme. Bien que le budget de la justice ait augmenté ces dernières années, il ne compense pas, selon le président de la CNPR, Frédéric Chevallier, un retard structurel. La France a trois procureurs pour 100.000 habitants, contre une moyenne de 12,2 en Europe. Le magistrat souligne par ailleurs que la justice ne représente que cinq euros sur 1.000 du budget de l’État, et que plus de la moitié du budget du ministère est allouée aux prisons.
Plusieurs collectifs féministes et de protection de l’enfance ont également appelé à des rassemblements lundi à 19 heures devant le ministère de la Justice et devant une centaine de tribunaux. Exprimant une critique d’une « défaillance systémique des institutions », la Fondation des femmes a particulièrement demandé « une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants ».

