France

Marie, Tiago, Mohammed : critères de choix des prénoms en Bretagne.

L’atelier de la faïencerie de Cornouaille établit ses listes de prénoms en fonction de la demande en magasin depuis trente ans. Les magasins disposent d’un seul exemplaire par prénom, avec quatre ou cinq grands maximum lorsque le prénom est très populaire.


Qui n’a jamais tenté de trouver son prénom sur un bol bleu et blanc dans les présentoirs dos à l’océan ? Ce souvenir breton, incontournable au petit-déjeuner, reste très populaire. Bien que nous n’ayons pas de statistiques précises, nous parions que vous possédez un bol au fond de votre placard et que vous vérifiez régulièrement si votre prénom est toujours présent sur les étals des commerçants.

Il arrive parfois que vous découvriez votre prénom, mais il arrive aussi que vous soyez déçu et réalisiez qu’il n’est plus à la mode. Derrière chaque prénom soigneusement peint se cachent des statistiques élaborées par les fournisseurs. À la faïencerie de Cornouaille, qui fournit plus d’une centaine de commerçants en Bretagne et en Loire-Atlantique, les listes de prénoms sont établies en fonction de la demande en magasin depuis trente ans. « Et non en s’appuyant sur les listes de l’Insee » ou d’autres projections, précise Xavier Dutertre, le fondateur de l’atelier quimpérois. L’ensemble des données est consigné dans un tableau Excel qui permet à la faïencerie d’affiner ses listes de prénoms populaires au fil des ans.

« Nous avons maintenant des statistiques assez précises, se vante le fournisseur, l’objectif est de proposer à nos clients un choix optimal de prénoms et une quantité par prénom adaptée. » Exit les réserves remplies de bols Pierre, Paul, Jacques. Les magasins ne possèdent qu’un exemplaire par prénom (quatre ou cinq maximum pour les prénoms très populaires). Tous les cinq jours, la faïencerie approvisionne ses commerçants en fonction des ventes.

### Plusieurs milliers de prénoms

Cette réactivité permet au géant de la faïence de maintenir son logiciel à jour. « Dès qu’un prénom non disponible en boutique est demandé par un client, le commerçant nous le signale », explique Xavier Dutertre. Plus un prénom est mentionné, plus il gagne en popularité et peut espérer être ajouté aux fameuses listes du tableur. Cette sélection est loin d’être simple : chaque nouveau prénom qui entre dans le panel fait sortir un autre. « Lorsque nous intégrons un prénom à une liste, cela nécessite de changer tous les présentoirs », confie Xavier Dutertre.

En magasin, chaque vendeur de bols bretons dispose d’un à quinze présentoirs. Il existe autant de listes que de présentoirs. Un commerçant ayant un seul présentoir propose 224 bols avec les prénoms les plus demandés. En revanche, celui ayant quinze présentoirs peut offrir plus de 3 000 prénoms. Pour dénicher le prénom « Aria », il faudra se rendre dans une boutique ayant au moins cinq présentoirs, mais ce prénom apparaîtra sur le premier tourniquet, car la recherche des bols bretons se fait souvent par ordre alphabétique.

### Internationalisation et « effets de mode »

Au fil du temps, le fondateur de la faïencerie a établi son « hit-parade des prénoms » : Alexandre, Alice, Antoine, Arthur, Camille, Chloé… ainsi que des prénoms intemporels tels que « Marie » ou « Paul », sans oublier des prénoms « tendance » comme « Zoé ». « Lors des premières arrivées des Zoé il y a une vingtaine d’années, ce prénom était assez rare, se souvient le faïencier, aujourd’hui il est très courant, mais il a fallu plus de dix ans pour qu’il devienne usuel et soit intégré dans nos listes. »

Le spécialiste du bol à oreilles remarque aussi une internationalisation des prénoms, avec des « prénoms arabes » tels que « Mohammed » ou « Inès » qui font désormais partie des noms communs. « Les prénoms nordiques, anglais ou allemands apparaissent également », ajoute Xavier Dutertre, tout en notant l’absence de prénoms asiatiques.

Le bol, longtemps considéré comme « un produit d’art populaire », peut aussi être vu comme un objet culturel, « qui évoque une certaine nostalgie de l’enfance chez les CSP + » très attachés aux prénoms traditionnels, estime le Quimpérois. Cependant, son acquisition devient de plus en plus variée avec l’émergence de prénoms comme « Tiago » ou « Noah ».