France

L’été 1996 : « Macarena », Marie-José Pérec aux JO et Dolly, la brebis clonée.

En été 1996, j’ai 12 ans et je passe mes vacances chez moi, dans la campagne auvergnate. Cependant, l’angoisse règne dans les champs. La belle saison est assombrie par la sécheresse. De plus, la crise de la vache folle s’intensifie. La maladie de Creutzfeldt-Jakob est désormais transmissible à l’homme, provoquant une psychose. De nombreux troupeaux sont condamnés à l’abattage systématique, et la consommation de viande bovine devient incertaine. Le 5 juillet, la brebis Dolly voit le jour. Ce nom, bien que charmant, ne dissipe pas les inquiétudes suscitées par ce clonage historique d’un mammifère. La presse s’interroge : est-ce une bonne nouvelle ?

L’actualité se fait de plus en plus glaçante. Le 13 août, Marc Dutroux est arrêté en Belgique. Deux jours plus tard, Sabine Dardenne, 12 ans – le même âge que moi à l’époque – et Laëtitia Delhez sont retrouvées vivantes chez lui, après avoir été séquestrées dans une pièce cachée de sa maison. Le 17 août, les corps de deux autres enfants, Julie Lejeune et Mélissa Russo, disparues depuis le 24 juin, sont découverts enterrés dans le jardin de Michelle Martin, la compagne de Dutroux, qui est également interpellée. Au total, quatorze victimes seront dénombrées. Le choc est immense, l’horreur vertigineuse. Cet événement marque un tournant dans la prise de conscience autour de la pédocriminalité.

Au cinéma, un terme fait son apparition dans le langage courant : « sans papiers ». Cet été-là, le mouvement de lutte des étrangers en situation irrégulière est largement médiatisé en France. Environ 300 réfugiés africains et des militants des droits humains occupent l’église Saint-Bernard, dans le 18e arrondissement de Paris. Ils sont expulsés le 23 août, de manière musclée. Je me souviens d’Emmanuelle Béart, venue les soutenir, évacuée par les forces de l’ordre.

La violence et le cynisme semblent moins affecter le cinéma. L’arrivée sur les écrans de Trainspotting de Danny Boyle (le 19 juin) et de Fargo des frères Coen (le 4 septembre) encadre les sorties estivales dans les salles obscures. Je découvrirai ces films plus tard en vidéo. Cette année-là, je me rappelle avoir vu dans un Pathé de Clermont-Ferrand Le Huitième jour de Jaco Van Dormael. L’histoire de Georges, un jeune trisomique, et de Harry, son ami bienveillant, m’a profondément ému. Pascal Duquenne et Daniel Auteuil, qui les interprètent, ont reçu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes.

Mon idole de l’époque est Mylène Farmer. Je suis devenu fan avec son album Anamorphosée, sorti un an plus tôt. Dans ma chambre, je chante en boucle XXL, L’instant X, California… La star, quant à elle, est contrainte de suspendre sa tournée. Lors d’un concert le 15 juin à Lyon, elle chute de scène et se blesse au poignet. Ironie du sort, la chanson qu’elle sort en single le 5 août s’intitule Comme j’ai mal.

Les tubes qui rythment mon été, et celui de nombreux autres, incluent Aïcha de Khaled, Space Man de Babylon Zoo, Freed From Desire de Gala, et Bailando de Paradisio (l’Eurodance est en pleine forme !). À une époque où les boys bands enflamment les oreilles adolescentes, surgit comme une tornade leur version féminine, les Spice Girls. Girl power ! Je chante Wannabe en yaourt, sans comprendre la signification de « zigazig ah ».

Je découvre à travers les pages d’XL, un magazine pour adolescents qui fait le baromètre du cool, Popular de Nada Surf et 666.667 Club de Noir Désir. Cependant, durant ces mois chauds, tous se déhanchent sur la même chanson : Macarena. Ce tube colossal, d’envergure mondiale, ne souffre pas du fait que deux groupes se disputent la vedette avec leurs versions au même moment, Los del Rio et Los del Mar, ces derniers bénéficiant du soutien de M6.

Macarena est sans doute le tube de l’été ultime, dont l’impact n’a jamais été égalé. Parallèlement, France 2 tente également d’imposer sa chanson ensoleillée et chorégraphiée, avec un succès moindre mais notable : Tic, Tic Tac de Carrapicho.

Enfant de la télévision, ma saga de l’été 1996 n’est pas Terre indigo (TF1), ni Dans un grand vent de fleurs (France 2). Je me passionne pour la série Jamais deux sans toi… t (aujourd’hui oubliée) diffusée sur la première chaîne. Franck Neel y incarne le séduisant Thomas, dont sa colocataire Valentine (Emma Colberti) a le béguin en secret, alors qu’il est en couple avec Charlotte (Astrid Veillon). Ne partant pas en voyage, je passe une grande partie de mon été 1996 devant le petit écran, à suivre les émissions de Dorothée, sans savoir que son « Club » prendra fin un an plus tard.

Les émotions sont également fortes grâce aux Jeux olympiques d’Atlanta. Je fais cocorico devant les performances de Marie-José Pérec, Jean Galfione, David Douillet, Djamel Bourras, Laura Flessel et Jeannie Longo, qui remportent l’or dans leurs disciplines respectives. Bien que mes racines puydomoises me poussent davantage vers le rugby, je m’intéresse au football. Il faut dire que l’équipe de France de football a été absente des deux dernières Coupes du monde, celles de 1990 et 1994. Ainsi, la voir en lice au Championnat d’Europe (que l’on n’appelle pas encore Euro), organisé en Angleterre, suscite mon intérêt. Les Bleus sont éliminés aux tirs au but en demi-finale par la République tchèque (que l’on n’appelle pas encore Tchéquie), qui perdra ensuite en finale face à l’Allemagne.

C’est dommage pour les « hommes d’Aimé Jacquet ». Je me console en me disant que je pourrai voir Zinédine Zidane, Didier Deschamps, Marcel Desailly, Laurent Blanc, Fabien Barthez et d’autres au prochain Mondial. Ils seront qualifiés d’office car la France accueillera la Coupe du monde 1998. Je me dis qu’il est possible de rêver.