France

« Le « Rat », accusé de proxénétisme dans le BDSM, nie toute contrainte »

Au tribunal correctionnel de Paris, le climat est tendu alors que le procès de Sahbi Boukraia débute ce mardi. Ce quarantenaire, qui se présente avec des lunettes aux branches dorées, est accusé de proxénétisme aggravé, de traite d’êtres humains et d’association de malfaiteurs. Depuis le box des prévenus, il scrute attentivement le banc des plaignantes, suscitant plusieurs rappels à l’ordre de la présidente du tribunal.

Entre 2018 et 2024, plusieurs jeunes femmes témoignent avoir été contraintes de se prostituer dans le cadre du BDSM, souvent pour des clients fortunés. Boukraia, qui ne considère pas ces actes comme de la prostitution en l’absence de relations sexuelles « traditionnelles », admet néanmoins percevoir 40 % des revenus générés par ces femmes, ce qui représente environ 3.000 euros par semaine. Une des plaignantes, se faisant appeler Olga, affirme avoir gagné 40.000 euros en huit mois.

Le mode opératoire de Boukraia est similaire d’une victime à l’autre. Il rencontre des jeunes femmes dans la vingtaine et leur propose un moyen de gagner de l’argent « sans donner leur corps ». Il admet avoir utilisé des techniques de manipulation pour les convaincre, offrant parfois des drogues comme la cocaïne ou l’ecstasy. Un de ses amis décrit Boukraia comme un homme astucieux, capable de séduire et de contrôler ses proies, se faisant appeler « Le Rat ». C’est sous ce pseudonyme qu’il a rencontré Samira*, la plaignante qui a déclenché l’enquête.

Se qualifiant de « cupide » et de « bouffeur d’argent », Boukraia justifie ses actions par la nécessité de gagner de l’argent. Il a même persuadé sa compagne, Yasmine*, de participer à des séances de domination, arguant que « la vodka et la cocaïne arrangeaient les choses ». Il gérait tous les aspects de l’activité, des clients aux appartements, en passant par les horaires.

Le projet d’un « donjon » dans le 15e arrondissement de Paris, financé par un client riche, est également évoqué. Boukraia affirme qu’il s’agissait d’une initiative commune avec deux dominatrices qu’il exploitait. Pour maintenir ce projet, il devait augmenter le nombre de femmes travaillant pour lui, comme l’indiquent les conseils de son frère, qui lui demande de « ne pas être en dessous de quatre en effectifs ».

Les témoignages des « associées » de Boukraia révèlent des conditions de travail éprouvantes, avec des horaires de nuit et des problèmes de santé, dont des hospitalisations pour des kystes ovariens. La présidente du tribunal rappelle également que Boukraia a menacé de révéler les activités de ces femmes à leurs familles pour les garder sous son contrôle. En réponse, il se défend en affirmant que ce n’était pas une menace, mais une promesse non tenue.

Sa défense, maladroite, le voit se comparer à un patron d’entreprise, insistant sur le fait qu’il n’a jamais forcé qui que ce soit à travailler. Il se décrit comme un homme « cool », affirmant avoir « la main sur le cœur », tout en reconnaissant des tensions occasionnelles. Dans un moment de tension, il déclare qu’il « regrette » ses actions et se défend en clamant : « Je n’ai pas prostitué de mineures ! Je n’ai violé personne ! »

* Le prénom a été changé.