La trottinette électrique ne va-t-elle pas remplacer l’activité physique des ados ?
Elles sont interdites aux moins de 14 ans depuis qu’un décret a rehaussé l’âge minimum d’utilisation des trottinettes électriques de 12 à 14 ans en 2023. En 2025, 80 personnes ont perdu la vie en France alors qu’elles circulaient en trottinette, ce qui représente 35 de plus qu’en 2024.
Elles sont interdites aux enfants de moins de 14 ans. Cependant, le nombre de jeunes qui utilisent des trottinettes électriques chaque jour dans le pays soulève des interrogations sur le respect de cette réglementation. Modifié par un décret en 2023, le texte a porté l’âge minimum d’utilisation des trottinettes électriques de 12 à 14 ans. L’objectif du gouvernement : « protéger, dissuader et éviter les comportements dangereux », notamment chez les plus jeunes. Trois ans plus tard, le bilan apparaît mitigé. Au-delà des préoccupations liées à la Sécurité routière, certains expriment leur inquiétude quant à l’utilisation massive de ces trottinettes pour de très courtes distances. Des médecins craignent ainsi que la marche quotidienne disparaisse chez certains enfants et adolescents.
Un simple appui sur un bouton, un petit repose-pied à relever et c’est parti. La trottinette électrique est très accessible. Trop accessible, au point qu’elle est généralement employée pour parcourir des distances courtes, parfois très courtes. Cela inquiète ceux qui s’alarment de la sédentarité des plus jeunes. « La trottinette électrique remplace la marche. Chez les adolescents, c’est une véritable catastrophe. On ne marche plus, même pour 300 mètres, car on prend sa trottinette. Il y a une sédentarisation, une stratégie de la paresse », déplore le Dr Guillaume Sarre, médecin du sport.
Il partage cet avis avec d’autres spécialistes. « Pour moi, la trottinette électrique n’a aucun intérêt. C’est la plaie de la mobilité. Contrairement à un vélo à assistance électrique, elle n’apporte aucun bénéfice sur le plan physique. C’est le tort de notre société. On souhaite toujours aller plus vite et avec moins d’efforts », rajoute le Dr Anne Sénéquier, pédopsychiatre spécialisée en santé et environnement.
Les habitudes à changer
Alors qu’un élève de 6e sur deux ne parvient pas à courir plus de cinq minutes et que l’obésité continue de progresser, il est légitime de se poser des questions sur ce mode de transport de plus en plus fréquenté. Il est important de préciser que l’alerte ne concerne pas la trottinette mécanique, qui est particulièrement efficace pour encourager l’activité physique chez les jeunes. « Nous continuons à favoriser la création de pathologies. Il faut changer les choses dans leur ensemble, réapprendre aux gens à bouger au quotidien », déclare Anne Sénéquier. Ce sont précisément ces « mauvais réflexes » pris dès le plus jeune âge qui inquiètent les médecins. « Un adulte est censé savoir ce qui est bon ou mauvais. Pour les enfants et les adolescents, ceci m’inquiète vraiment. Si un mauvais comportement s’installe dans leurs habitudes, ils risquent de le conserver », prévient Guillaume Sarre.
Le médecin s’inquiète aussi de la forte diminution de l’activité physique chez les jeunes, qui conduit à des problèmes de surpoids, mais également aux effets « mécaniques » de l’utilisation de la trottinette électrique sur le corps des plus jeunes. « Ils ne marchent plus, ils ne bougent plus. Résultat : leur dos n’est pas musclé. Nous observons le retour de problèmes de dos que nous n’avions plus chez les adolescents. Leur posture se dégrade. La trottinette électrique encourage cela. »
Une recrudescence des accidents
En plus de favoriser la sédentarité, la trottinette est devenue un engin d’accidents. En 2025, 80 personnes ont perdu la vie en France en circulant en trottinette, soit 35 de plus qu’en 2024. Cette hausse a contribué à l’augmentation du nombre d’adolescents décédés dans des accidents de la route l’an dernier. « Nous voyons nos jeunes arriver aux urgences avec des traumatismes graves. C’est prévisible. Lorsqu’on se déplace rapidement avec un engin à petites roues, on court le risque de se blesser sérieusement », souligne le Dr Anne Sénéquier. Après une période de forte croissance avec cinq millions de trottinettes électriques vendues en France en dix ans, la demande est désormais stabilisée. Environ 700.000 unités ont été écoulées l’an dernier.

