France

La méthode du « pâturage illégal » pour coloniser la Cisjordanie.

La France et l’Italie ont dénoncé le 20 mai le traitement humiliant d’activistes de la flottille pour Gaza, filmés menottés et traînés. D’après l’ONG israélienne Peace Now, plus de 700.000 colons israéliens vivent illégalement dans plus de 156 colonies et plus de 250 avant-postes en Cisjordanie.


Les relations entre l’Union européenne et Israël se détériorent. La France et l’Italie ont dénoncé le 20 mai le traitement humiliant infligé aux membres de la flottille pour Gaza, qui ont été filmés menottés, traînés et mis à genoux, aux côtés du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Quelques jours plus tôt, le Conseil de l’Union européenne avait décidé d’imposer des sanctions à des organisations de colons israéliens extrémistes, accusés de violences contre des Palestiniens en Cisjordanie.

Selon le quotidien israélien Ha’aretz, ces sanctions concernent des dirigeants et les organisations de colons Amana et Nashala, ainsi que l’organisation d’extrême droite Regavim et Hashomer Yosh. Elles visent également, de manière indirecte, une méthode de colonisation par pâturage, qui s’est intensifiée depuis 2022.

**Plus de 100 nouveaux avant-postes établis depuis 2024**

D’après l’ONG israélienne Peace Now, Amana est décrite comme « la mère et le père » des avant-postes et des exploitations illégales en Cisjordanie. Avec l’aide d’une centaine de volontaires, principalement des adolescents, Hashomer Yosh permet à des familles de colons de s’installer sur des terres en Cisjordanie, en les assistant « à faire paître leur bétail, à réaliser des travaux agricoles et à expulser systématiquement les Palestiniens des zones environnantes », explique Peace Now.

Dans un rapport publié en décembre 2024, les ONG Peace Now et Kerem Navot, spécialisées dans l’observation de l’occupation en Cisjordanie, ont documenté la colonisation par pâturage illégal. Celle-ci opère avec une méthode en trois axes « avec l’aide du gouvernement et de l’armée israélienne » : établir des pâturages illégaux et déplacer les bergers palestiniens, harceler et intimider les communautés palestiniennes pour les contraindre à quitter leurs terres, et enfin prendre le contrôle de ces vastes zones pour y installer de nouveaux avant-postes.

Fin 2024, au moins 786.000 dounams de terre, soit 78.600 hectares, ont été confisqués de cette manière. Cela représente 14 % du territoire de la Cisjordanie, un pourcentage qui a doublé par rapport à 2022, selon les ONG. Depuis la publication du rapport, plus de 100 nouveaux avant-postes ont été établis, comme l’a rapporté Dror Etkes, fondateur de Kerem Navot, à 20 Minutes.

**« Une véritable campagne systématique »**

Les colonies sont construites sans l’approbation officielle du gouvernement israélien, mais bénéficient de son soutien tacite et peuvent être légalisées par la loi israélienne, rappelle Oxfam. Elles restent cependant illégales au regard du droit international, comme le souligne l’ONU et la Cour internationale de Justice, qui interdisent le transfert d’une population civile dans un territoire occupé. Depuis 1967, date de l’occupation de la Cisjordanie après la guerre des Six Jours, environ 2.000 km² de terres ont été colonisées.

« Les premiers exemples d’utilisation du pâturage pour s’approprier des terres datent d’après 1967 », retrace Dror Etkes. Ce phénomène s’est intensifié en 2018 lors du premier mandat de Trump. Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement Netanyahou, en alliance avec l’extrême droite, ce processus s’est encore accéléré, notamment avec le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui prône l’annexion de « zones stratégiques » en Cisjordanie.

Entre 2022 et 2024, 70 % des terres saisies par les colons l’ont été sous couvert d’activités de pâturage, précise le rapport des ONG. Cette méthode est devenue un élément central de la violence des colons à l’encontre des Palestiniens. « Après le 7 octobre 2023 [et les attaques terroristes du Hamas], les colons savaient exactement comment agir. Ils ont bénéficié du soutien total de l’État pour expulser les Palestiniens de leurs pâturages et de leurs zones de vie », détaille Dror Etkes. « Depuis lors, cela s’est transformé en une véritable campagne systématique. »

**L’économie palestinienne étouffée**

Cette forme de colonisation, explique le fondateur de Kerem Navot, a commencé dans la zone C, qui est sous contrôle total israélien et couvre 60 % de la Cisjordanie. Elle s’étend maintenant à la zone B, sous contrôle civil palestinien et contrôle sécuritaire conjoint avec Israël, et, dans certains cas, à la zone A, sous contrôle de l’Autorité palestinienne. D’après Oxfam, plus de 700.000 colons israéliens vivent illégalement dans plus de 156 colonies et plus de 250 avant-postes en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.

« Au cours de l’année écoulée, nous avons observé des attaques systématiques menées par des colons, entraînant le vol de plusieurs centaines de moutons et de chèvres. Le discours des colons reste constant, ils prétendent récupérer ce qui leur a été volé », explique Dror Etkes. Pour lui, une économie d’accaparement se met en place, visant à « briser l’économie palestinienne et à contraindre les Palestiniens à s’installer dans des zones urbanisées de Cisjordanie. »

Bien qu’il salue le troisième train de sanctions de l’Union européenne, il les considère insuffisantes. Une opinion partagée par Louis-Nicolas Jandeaux, chargé de plaidoyer humanitaire pour Oxfam. « Dans le contexte où la colonisation s’accélère, cela paraît bien trop faible », souligne-t-il. « Il existe de nombreux leviers que l’UE devrait activer, notamment mettre fin à l’accord d’association avec Israël. » Cette position est également soutenue par l’Espagne, mais ne bénéficie pas d’une majorité au sein des 27.