« Je ne pensais pas qu’il y avait un si gros écart… » Une expo pour enfants sur les inégalités de genre

« Je pense que ça serait mieux si c’était l’égalité… » avance Yohann, 10 ans, après avoir fini l’exposition. Depuis lundi, l’expo interactive « Bien dans leur genre » s’est installée à la Maison de quartier de Doulon, à Nantes. Une dizaine de panneaux représentent des situations non conventionnelles : une femme qui fait du bricolage, un homme baby-sitter, un garçon avec un pull rose… Les spectateurs sont invités à renseigner leurs réactions sur une feuille, avec quatre choix de réponse possibles. Au bout des douze affiches, ils font le total de leurs réponses et peuvent découvrir le profil type auquel ils correspondent : les personnes pour qui les hommes et les femmes ont un rôle bien distinct dans la société, celles qui sont pour l’égalité entre les deux sexes et celles pour qui la lutte contre les comportements sexistes est primordiale, voire vitale.

« C’est vraiment bien fait, et ça fait réfléchir les enfants sur des sujets importants ! C’est très intéressant d’écouter les discussions que ça déclenche entre eux », explique Delphine Agoyer, la directrice de la Maison de quartier de Doulon. Pari réussi : les écoliers et collégiens entament naturellement des débats.

« Il faut changer ça ! »

Sur l’un des panneaux de l’exposition, un dessin représente un amoncellement de vaisselle dans un évier. Parmi les choix de réponses : j’achète un lave-vaisselle, j’organise un planning pour que tout le monde s’y attelle, je la fais directement, ou je refuse catégoriquement car j’ai déjà fait la cuisine. Maïa, 9 ans, et Emma, 10 ans, s’accordent : « J’ai répondu que je ferais la vaisselle automatiquement ! ». Du côté des garçons, Yohann et Elliott, 10 ans, ont tous deux opté pour l’option lave-vaisselle. Pour Maïa, c’est sans appel : « On voit bien qu’il y a un écart entre les filles et les garçons… Il faut changer ça ! Je ne veux pas que ça continue. »

Des thèmes plus graves sont aussi abordés : une affiche questionne la réaction des spectateurs face à une scène de violences conjugales. Ignorer ? Prévenir la police ? Intervenir et aider la victime ? Malgré son jeune âge, Maïa affirme : « J’ai bien aimé cette question. C’est vraiment important d’en parler ».

Un panneau recense les chiffres clés sur les inégalités de genre.
Un panneau recense les chiffres clés sur les inégalités de genre. – P.Quentin/20Minutes

Des statistiques sur les inégalités de genre en France (salaire moyen selon le genre, temps consacré aux tâches domestiques…) complètent l’exposition. Devant les chiffres, la fillette est effarée : « Je ne pensais pas qu’il y avait un si gros écart entre les hommes et les femmes… ». Remontée quant au partage des tâches domestiques, Maïa fait les gros yeux à Elliott qui s’aventure dans une explication : « C’est normal, c’est plus naturel pour les filles ! Nous les garçons, on est plus flemmards ». L’exposition remplit tout de même son rôle de conscientiser les plus jeunes sur les stéréotypes qui entraînent des inégalités de genre. Dans une tentative de se rattraper auprès de sa camarade, Elliott conclut : « Les femmes et les hommes ont les même droits et pourtant ce n’est pas ce qu’on voit dans l’exposition ».

Pour les enfants… et les plus grands

Des adolescentes étaient aussi présentes à la Maison de quartier de Doulon, et en ont profité pour répondre aux questions de l’exposition. « Je pense qu’on ne parle pas assez de l’égalité homme-femme. C’est la première fois que je me pose vraiment des questions sur ce sujet », avance Sheima, âgée de 15 ans et élève en classe de Seconde. Pas spécialement intéressée par le thème, la lycéenne reconnaît que les inégalités de genre ne sont pas abordées en cours et ne se dit pas féministe. Pourtant, ses réponses semblent dire l’inverse, à la grande surprise de l’intéressée.

Un discours appuyé par Khouloud, 22 ans, étudiante à l’université : « Mes résultats m’ont surprise, parce que je ne me considère pas comme féministe ! C’est un grand mot, c’est des gens qui se battent vraiment pour l’égalité. » D’après les résultats de son test, Khouloud « rêve d’une société différente » et « ne rate jamais une occasion de s’opposer aux comportements sexistes ». Une analyse que la jeune femme n’approuve pas totalement. Les deux amies sont d’accord sur un point : l’exposition est réussie, « surtout pour les enfants, c’est important d’en parler dès le plus jeune âge ».

L’exposition itinérante, à Nantes jusqu’à vendredi, va ensuite tourner dans d’autres villes françaises.