France

« Jamais je n’ai drogué ma femme » : un homme accuse des preuves indéniables à Lyon.

Anthony, âgé de 39 ans, est jugé par la cour criminelle du Rhône à Lyon pour six infractions, dont cinq délits et un crime, en lien avec des accusations de drogue et de viol de son ex-compagne, ainsi que de diffusion de vidéos à son insu. La victime, âgée de 40 ans, a subi un harcèlement pendant huit ans après que des photos d’elle ont circulé sur des plateformes dès 2015, et elle a déposé plainte en 2021.

« Si je suis là aujourd’hui, c’est pour apporter une vérité et un éclairage à ce que j’ai fait ». Anthony, 39 ans, se tient debout dans son box. Vêtu d’une chemise blanche soigneusement repassée, avec une barbe soignée et une coupe dégradée, il est jugé par la cour criminelle du Rhône à Lyon pour six infractions, comprenant cinq délits et un crime. Il est notamment accusé d’avoir drogué et violé son ex-compagne, tout en l’enregistrant à son insu. Les vidéos retrouvées dans son téléphone la montrent complètement endormie. Des photos d’elle dénudée ont également été partagées sur des plateformes telles que Coco ou Telegram. Cette méthode évoque le cas d’un autre homme, Dominique Pelicot.

Le nom du Lyonnais émerge dans l’affaire de l’ex-mari de Gisèle Pelicot. En septembre 2020, lors de l’arrestation de Dominique Pelicot à Carpentras, les enquêteurs découvrent son contact dans son téléphone, ainsi que des échanges où les deux hommes planifient de droguer la compagne de l’accusé afin que Pelicot abuse d’elle. Ce lien a conduit, trois ans plus tard, à l’appartement d’un homme jusqu’alors inconnu des services de police.

Pelicot comme « maître »

L’ombre de Pelicot plane sur les vidéos d’Anthony, présentées jeudi lors de son procès. On l’entend, penché sur sa compagne inconsciente ou sur ses effets personnels (comme de la lingerie ou ses papiers d’identité), promettant « un maître ». « Tu vas te faire b****r par ton maître qui sait déjà tout de toi […] Tu es déjà sa petite s****e », déclare-t-il en se masturbant. Il a déjà « tout livré » sur sa compagne lors d’échanges Skype en janvier 2020. « Il faut qu’on s’organise », disait-il à l’homme qui avait livré sa femme à près d’une centaine d’hommes. « C’est vous qui avez l’expérience, je vous suis à la lettre », a-t-il répondu lorsque Dominique Pelicot lui a parlé de la « poudre » à administrer à sa compagne. « Ça m’excite de l’offrir à son insu comme une poupée, a-t-il ajouté. Je ne veux juste pas qu’elle se réveille ou qu’elle se rappelle. »

Six ans après, devant la cour, il réfute être « un disciple de Pelicot ». Il assure avoir « arrêté les échanges » dès qu’il a compris que ce dernier « était dans le réel ». Lui, insiste-t-il, restait « dans la virtualité » car « jamais » il n’aurait voulu « concrétiser ces choses-là ». Et « personne, personne, personne » – il le répète plusieurs fois avec insistance – « n’a violé ma femme ». « Oui, j’ai fait des choses mais rien à voir avec Pelicot, assure-t-il. C’était uniquement du fantasme. Si je l’avais fait, je me serai mis la corde depuis longtemps. ». Interrogé sur cette affaire, Dominique Pelicot a déclaré ne s’être jamais rendu à Lyon. Toutefois, le doute persiste face aux messages et à certaines déclarations. La victime a également découvert plusieurs mois après l’arrestation de son ex-conjoint que son enceinte avait été connectée à un « iPhone de Dominique », alors qu’elle ne connaissait personne ayant ce nom autour d’elle.

Une « frustration sexuelle accumulée »

Comment le prévenu explique-t-il « rationnellement » les contenus retrouvés dans son portable ? Il n’a « pas d’explication ». Lors des heures d’audience, il a maintenu la même ligne : reconnaître ce que les images montrent de manière indiscutable et nier le reste, rejetant la faute et sa responsabilité sur d’autres facteurs. Oui, il a filmé la mère de son fils à son insu, oui, il l’a « caressée » pendant son sommeil tout en se masturbant. Lorsqu’il l’a pénétrée avec un sextoy, il « voulait qu’elle se réveille ». Il aurait ensuite arrêté en voyant qu’elle ne réagissait pas. « Il aurait fallu s’assurer de son consentement avant », lui rappelle la présidente Dominique Thevenet, notant également que dans une autre vidéo, il s’arrête brusquement lorsqu’elle esquisse un mouvement.

Cependant, « jamais, jamais, jamais » il ne l’a droguée, ni diffusé les images. Pourquoi la filmer ? Parce qu’elle l’aurait surpris en train de regarder du porno, provoquant une dispute. « Comme ça, je me masturbe sur ma femme et pas sur d’autres », avance-t-il.

Comment justifier le reste ? « Du fantasme » qu’il attribue à « une frustration sexuelle accumulée depuis longtemps ». « J’aspirais à une sexualité épanouie, mais on n’avait pas cette sexualité, dit-il aujourd’hui. La première année, c’était très bien, mais à la naissance de notre fils, ça s’est dégradé. » Il aurait aimé que sa conjointe « vienne vers lui » et soit plus « entreprenante ». Lorsqu’on lui demande pourquoi il n’est tout simplement pas « parti », il répond : « Parce que je l’aimais comme un fou, je n’étais pas capable de partir, je voulais qu’on arrive à s’entendre. »

Les vidéos, qui ont été pénibles à visionner, montrent Anthony souillant les affaires personnelles de son ex en se masturbant dessus, y compris sa brosse à dents, l’abreuvant d’insultes et urinant sur ses papiers, il a aussi écrit « p**e à sperme » sur son permis. Il l’a également pénétrée digitalement alors qu’elle dormait, éjaculant sur ses cheveux, reste profondément endormie. « Je ne me reconnais pas là-dedans », a-t-il déclaré après la diffusion de ces images à la cour, invoquant une manière d’évacuer sa « frustration ». « Il y a une violence extrême envers votre compagne, une volonté de salir, l’a corrigé la présidente. Ce n’est pas un objet sexuel, votre femme. »

Pas de problème psy

Selon lui, sa consommation de cocaïne – plusieurs grammes par jour, dès 7h30 du matin – aurait pu contribuer à ses actes. Mais aussi « sa solitude » lors de ses déplacements professionnels. L’ensemble l’aurait entraîné à « une sexualité virtuelle », et il aurait trouvé sur le site Coco une « bulle de décompression », sous couvert de l’anonymat. Même ses aveux en garde à vue – concernant le viol, les agressions sexuelles après administration de substances et la diffusion d’images – sont remis en question. Il aurait dit « oui à tout » sous pression, « terrorisé », « en panique », convaincu que confesser l’éviterait la prison. Il aurait agi ainsi sur les conseils de son avocat commis d’office mais aurait « inventé des choses ».

La « vérité » d’Anthony se heurte souvent à des éléments difficiles à contester dans le dossier. S’il prétend n’avoir jamais drogué son ex-compagne, ses analyses capillaires montrent une exposition répétée à l’hydroxyzine, un antihistaminique sédatif, durant la période analysée, soit de juin 2022 à février 2023. Cette femme de 40 ans soutient pourtant ne jamais avoir pris de médicaments. L’accusé affirme qu’il la touchait pour qu’elle se réveille, afin d’avoir des rapports sexuels. Les experts ont également retrouvé des images de la quadragénaire dans des conversations Telegram ou Skype où il « offrait » sa compagne, notamment avec une « carte d’identité de soumise ».

Les expertises ont conclu qu’il n’avait pas de maladie mentale, pas d’altération du discernement, mais qu’il était sur « un registre de troubles de la personnalité ». Il n’a pas été abusé, victime ou témoin de violences sexuelles et se construit « une façade ». Les personnes qui le côtoient perçoivent alors un homme « lisse », « intelligent », « quelqu’un qui n’a pas de problème ».

Huit ans de harcèlement par des inconnus

La présidente rappelle également que les premières photos de la victime circulaient sur Coco dès 2015, au début de leur histoire. C’est également à partir de cette période qu’elle a été victime d’un « cauchemar », harcelée sans relâche par des inconnus, jusqu’en 2023 et l’arrestation de son conjoint. Avant de le rencontrer, la quadragénaire n’avait aucun problème.

Depuis l’ouverture du procès, cette femme, mesurant 1m55 et pesant 45 kg, a montré « force, courage, dignité ». « Mais elle le vit avec gravité aussi », a indiqué son avocate Julia Studient. Pendant huit ans, elle a cru qu’elle souffrait de dépression lorsqu’elle a constaté une perte de poids, de cheveux, et qu’elle souffrait souvent de vertiges et de nausées. Durant cette période, elle a été victime de harcèlement après la création de faux profils à son effigie sur Coco. Elle a déposé plainte en 2021 « parce qu’elle n’en pouvait plus » et qu’elle « voulait que ça s’arrête ».

En 2023, lors de l’arrestation d’Anthony, c’est d’abord « la sidération ». Elle « ne veut pas y croire ». Elle met du temps à comprendre car elle « lui faisait confiance ». Cependant, après des échanges téléphoniques avec lui alors qu’il est incarcéré, elle découvre son incohérence, remarque un changement dans son ton, notamment lorsqu’il lui demande de « dire qu’elle avait déjà pris des somnifères » et qu’ils pratiquaient « des jeux sexuels », ce qu’elle refuse.

« Qu’est-ce qui est vrai dans notre histoire ? », s’interroge-t-elle à la barre. Pour elle, ce procès est également une occasion d’obtenir des réponses qu’elle n’a jamais eues. Elle a également exigé une audience publique. « Pendant huit ans, j’étais jetée en pâture sur les réseaux. J’aimerais qu’il ne se cache plus, comme il l’a fait derrière son téléphone. » Quelle est son état d’esprit aujourd’hui ? « Anéantie. » Et son avenir ? « Je ne le vois pas. Ce qui me motive à continuer, ce sont mes enfants », a-t-elle déclaré à la cour, sans un regard pour le box, avant de se rasseoir auprès de ses proches.

Les débats doivent se poursuivre vendredi. Anthony risque vingt ans de réclusion criminelle.