France

Incendies : Protéger Fontainebleau en limitant la fréquentation et éloignant les habitations.

Le dimanche 12 juillet, un incendie s’est déclaré au cœur de la forêt des Trois Pignons à Fontainebleau (Seine-et-Marne) et près de 2.100 hectares ont été dévorés par les flammes. Bertrand Dehelly, président de l’association des Amis de la forêt de Fontainebleau, a déclaré que « c’est pour ça qu’il n’y a pas eu de victimes ni de maisons brûlées ».


C’est l’un des événements les plus marquants des épisodes de canicule que la France endure depuis le mois de juin. Le dimanche 12 juillet, un incendie s’est déclaré au cœur de la forêt des Trois Pignons à Fontainebleau (Seine-et-Marne), entraînant la destruction de près de 2.100 hectares. Ce constat est d’autant plus choquant que ce massif forestier de 17.000 hectares, l’un des plus anciens de France, fait partie intégrante du patrimoine national.

« Le plus triste, c’est que nous n’avons pas été pris au dépourvu », a déclaré Bertrand Dehelly, président de l’association des Amis de la forêt de Fontainebleau. En effet, en 2025, un exercice de simulation d’incendie de forêt, nommé « Inferno », avait déjà eu lieu dans le massif de Fontainebleau, impliquant l’intervention de Canadairs. « C’est pour cela qu’il n’y a pas eu de victimes ni de maisons brûlées », a ajouté cet amoureux de la forêt, tout en soulignant qu’il reste « des points à améliorer » pour protéger la forêt des futures vagues de chaleur.

La première mesure à envisager serait de renforcer les interdictions dans les secteurs à risque lorsque les conditions l’exigent. « Un arrêté avait été déposé. Les trois pignons qui ont pris feu étaient interdits d’accès depuis cinq jours. C’était une première dans l’histoire, mais cela n’a malheureusement pas eu d’effets suffisants. Il est nécessaire de continuer dans cette direction, même si cela peut sembler impopulaire auprès du public », a expliqué Bertrand Dehelly.

Cette approche est également soutenue par Pauline Vilain-Carlotti, docteur en géographie spécialisée dans les incendies de forêt et autrice de « L’épreuve du feu, habiter la terre autrement » (Flammarion) : « C’est un principe de précaution qui doit limiter les risques et permettre la régénération des espaces boisés incendiés ces dernières semaines. » De façon plus générale, elle plaide pour « le renforcement des arrêtés d’interdiction de fréquentation des massifs forestiers » afin de réguler l’accès tout au long de l’année. « Nous sommes responsables dans 90 % des cas des déclenchements de feux de forêt. Il est essentiel de ne plus considérer ces forêts comme des espaces à la disposition de nos activités récréatives », a-t-elle ajouté.

Des indicateurs pour déterminer le niveau de risque d’incendie sont à disposition, comme la météo des forêts, un outil développé par Météo-France. « Il serait peut-être pertinent de rendre systématiques les arrêtés d’interdiction dès qu’un risque modéré est identifié », a lancé Pauline Vilain-Carlotti.

Étant donné que l’humain est la première cause des incendies, il serait peut-être opportun de l’éloigner davantage de la forêt. « Nous devons adapter nos activités pour éviter de produire des étincelles à proximité des zones boisées lors des heures les plus chaudes de l’été », a suggéré Pauline Vilain-Carlotti. Une telle solution nécessite d’accepter éventuellement une baisse de productivité et d’agir en accord avec le « contexte bio-géophysique ».

Cette réflexion s’applique également à l’habitat. En effet, lorsque les pompiers interviennent, ils suivent une hiérarchie de priorités : d’abord en sauvant les vies humaines, ensuite le matériel et les habitations, et enfin seulement les espaces patrimoniaux et environnementaux. « La plupart des incendies ne se déclarent pas au cœur des massifs, mais dans les zones de contact entre habitats et forêts », a précisé Pauline Vilain-Carlotti. Ce phénomène a des conséquences doubles : en augmentant les risques, la proximité de l’habitat humain complique également l’intervention des pompiers, qui doivent d’abord protéger les résidences, limitant ainsi leur capacité d’action sur la forêt.

La forêt de Fontainebleau illustre parfaitement ce problème, étant périurbaine et entourée de nombreuses zones habitées, ce qui a rendu les opérations des pompiers encore plus délicates. « Ce drame doit nous servir de leçon pour analyser ce qui a bien fonctionné et ce qui peut être amélioré », a ajouté Bertrand Dehelly.

Il évoque en particulier le plan d’aménagement en cours pour la période 2016-2036 : « Il doit être révisé pour déterminer si certaines allées doivent être élargies, afin de faciliter l’accès des pompiers dans les parcelles difficiles d’accès. D’éventuellement utiliser un bulldozer pour en créer de nouvelles si nécessaire. »

Concernant les parcelles détruites, Bertrand Dehelly propose de replanter des espèces moins vulnérables aux incendies. Beaucoup des arbres brûlés étaient des pins sylvestres, introduits aux 19e et 20e siècles en provenance de Riga, en Estonie. « C’est un arbre qui ne tolère pas bien la chaleur. Nombre d’entre eux étaient morts ou asséchés. Il conviendrait peut-être de les remplacer par des pins maritimes ou des espèces méditerranéennes. »

Sur la gestion de ces espaces, Pauline Vilain-Carlotti privilégie une approche plus respectueuse de la nature, suggérant de laisser la forêt se régénérer elle-même tout en appliquant une vigilance accrue à la protection de ces zones. « La nature s’en sort très bien sans notre intervention. Il est essentiel d’intégrer la question des incendies dans la planification urbaine pour réduire la constructibilité et éloigner certaines zones boisées à protéger. »

Ces mesures à court, moyen et long terme sont cruciales pour éviter que le « poumon de l’Île-de-France » ne parte en fumée. Sans trop de complications, Bertrand Dehelly propose également une solution simple à mettre en pratique : « Rendre obligatoires les cendriers qui ont disparu des voitures. » Cela pourrait peut-être éviter à certains conducteurs sur l’A6 de provoquer des départs de feu le long de cette autoroute très fréquentée.