France

Incendie en Gironde : « un intérêt au-delà des frontières » pour la presse étrangère

« Je vais peut-être devenir une star, j’ai été interviewé par la radio britannique », plaisante Jacqueline, 88 ans, réfugiée du feu en Gironde. Au Parc des Expositions de Bordeaux, les évacués sont plus que jamais sollicités par les médias, qui se pressent entre les lits de camp. Certains refusent poliment de répondre aux questions, d’autres tentent l’expérience malgré la barrière de la langue, et beaucoup s’étonnent de l’intérêt que porte la presse étrangère à leur situation.

Les autorités, déjà sursollicitées, ont également dû s’adapter à cette nouvelle demande. Dans une conversation WhatsApp gérée par la Préfecture de Gironde, les informations destinées aux journalistes sont d’abord transmises en français avant d’être traduites en anglais. Dans un second groupe, dédié à l’organisation des départs des reporters vers les zones à risque, les demandes des journalistes internationaux se mêlent à celles de la presse locale. Certains viennent de pays voisins : Espagne, Belgique, Suisse, Norvège… D’autres ont parcouru plusieurs heures en avion, comme ce journaliste japonais désireux de se rendre à Marcheprime, ou ce journaliste américain qui cherche à confirmer une conférence de presse.

Mathieu Prost est journaliste depuis près de vingt ans pour Radio-Canada, mais c’est la première fois qu’il est envoyé en France pour un reportage. « En temps normal, la couverture européenne se fait à partir du bureau de Paris, sauf événement exceptionnel », précise-t-il. La décision a été prise par sa rédaction vendredi dernier en raison de « l’ampleur » de la situation. « Il s’agit d’une organisation inédite pour notre média », ajoute le journaliste. « Couvrir ce feu déjà historique, c’était une évidence. »

C’est cette « ampleur exceptionnelle » qui a également poussé les équipes du journal suédois Aftonbladet à se rendre sur place. « La plupart des grands médias suédois se trouvent actuellement en Gironde pour couvrir l’incendie », confie Sara-Gül Kangöz, journaliste pour le quotidien. « Bon nombre de nos lecteurs ont des liens avec la France et plusieurs Suédois se trouvent dans la zone touchée par le feu », justifie-t-elle. « Par ailleurs, huit pompiers suédois et deux bombardiers d’eau participent aux opérations », ajoute-t-elle, ce qui accroît l’intérêt pour l’actualité française.

Ce n’est pas la seule raison qui a conduit Aftonbladet à envoyer des reporters en France. « Les incendies en cours sont une conséquence du réchauffement climatique, nous estimons qu’il est primordial d’en rendre compte », souligne Sara-Gül Kangöz. Au Canada, la problématique a également son importance. « Nous avons tout intérêt à couvrir le sinistre en France car cela fait écho à la situation actuelle chez nous », explique Mathieu Prost, alors que le pays fait face à « des saisons de feux de forêts de plus en plus intenses et de plus en plus longues. »

Selon le Système canadien d’information sur les feux de végétation, 4.321 feux de forêts ont été recensés entre le 1er janvier et le 31 juillet 2026. Actuellement, près de 900 sont actifs dans le pays et le nombre d’hectares de forêt brûlés (3.359.833 depuis 2012) a considérablement augmenté au cours des quatre dernières années.

Tout comme la presse française, ces journalistes internationaux ont « privilégié le terrain pour rendre compte, au mieux de la situation », explique le reporter canadien. Pourtant, au Porge, à Saumos ou à Lège-Cap-Ferret, leur présence suscite des réactions diverses. « Il y a une curiosité, une sorte de sentiment, peut-être de gratitude, que cette situation intéresse au-delà des frontières », ajoute le journaliste. « Quand on se présente aux gendarmes ou aux rescapés, ils ouvrent grand les yeux. »

Si certains ont partagé leur témoignage avec la presse étrangère, d’autres restent plus sceptiques. « Un habitant du Porge m’a fait comprendre qu’il n’avait pas d’intérêt à ce que son message soit transmis au Canada, c’est ici qu’il veut être entendu », raconte l’envoyé spécial.

Pour les journalistes locaux, la situation est tout aussi inhabituelle. « À Bordeaux, nous avons régulièrement des actualités qui attirent la presse internationale », explique une consœur travaillant pour la radio Ici Gironde. Elle évoque, par exemple, le féminicide de Chahinez Daoud, tuée par son ancien compagnon en 2021, qui avait suscité l’émoi au-delà des frontières. « Mais croiser des journalistes japonais, ça n’arrive pas tous les jours », poursuit-elle. « On aimerait bien que ce ne soit pas toujours pour des actualités si graves. »

La situation dans le Sud-Ouest étant progressivement maîtrisée, la majorité des journalistes internationaux devraient quitter les lieux d’ici la fin de la semaine. Vendredi, la situation a été stabilisée après une nuit de météo « favorable », permettant le retour de nouvelles personnes vers leur domicile. Au total, plus de la moitié des 224.000 résidents et touristes évacués à titre préventif depuis le début de l’incendie ont pu regagner leurs habitations dans douze communes du nord-ouest au sud de Bordeaux.