
Crise à Ceuta : 60.000 migrants, 34 morts, renforts en cours
Quelque 60.000 migrants ont récemment rejoint l’enclave espagnole de Ceuta, située au Maroc, entraînant une crise humanitaire significative et des tensions diplomatiques notables entre l’Espagne et certains de ses partenaires européens.
Venant de la ville marocaine de Fnideq, adjacente à Ceuta, les migrants sont arrivés par voie terrestre et maritime depuis mercredi. Parmi eux, certains ne savaient à peine pas nager et utilisaient des bouées, naviguant en pleine nuit. Trente-quatre migrants ont perdu la vie, dont 18 noyés en tentant de traverser la frontière par la mer.
La majorité des migrants sont de jeunes hommes et des adolescents marocains, franchissant les hautes barrières de barbelés qui délimitent la frontière ou contournant celles-ci par la mer. Vendredi matin, des milliers d’entre eux se trouvaient sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous l’observation des forces de l’ordre, présentes en grand nombre.
Cet afflux soudain a été provoqué par des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, largement diffusées sur les réseaux sociaux. Ceuta est un petit territoire de 80.000 habitants, situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar. Il constitue l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe, avec l’autre enclave espagnole de Melilla.
« Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville », a déclaré le président du gouvernement local. « Cela représente 70 % de la population de Ceuta. C’est comme si, en vingt-quatre heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Évidemment, c’est impossible d’absorber cette pression. » Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que 25.000 migrants avaient déjà quitté l’enclave ce vendredi à la mi-journée.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié cette situation de « attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et a accusé des « mafias » d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière. Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de gardes civils et policiers, dont huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.
Alors que l’Espagne fait déjà l’objet de critiques de la part de certains pays pour sa politique migratoire, plusieurs pays européens ont réagi à cet exode. Le chancelier allemand Friedrich Merz a demandé à l’Espagne « de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen » et a exhorté le Maroc à reprendre « immédiatement les migrants en situation irrégulière ».
L’Italie a proposé de fermer l’espace Schengen à l’Espagne, une suggestion soutenue par la Finlande et le Danemark. « Nous sommes prêts à agir », a écrit la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a qualifié les images en provenance de Ceuta de « choquantes ».
