France

Incendie au Cap Ferret : « Une ambiance de ville morte » pour les derniers évacués

Sur la rocade de Bordeaux menant au bassin d’Arcachon, entre deux banderoles « Soutien aux pompiers » en hommage aux deux soldats du feu décédés mardi à Mérignac, les messages d’alerte pour les automobilistes se multiplient sur les panneaux lumineux : « Incendie en cours, sorties vers Andernos et Lège-Cap-Ferret fermées ».

Comme redouté par les pompiers, l’incendie qui s’est déclaré mercredi à Saumos, dans le Médoc, a atteint Lège-Cap-Ferret, point d’entrée de la très chic presqu’île du Cap Ferret, dans la nuit de jeudi à vendredi. Cela a engendré de nombreuses complications en matière d’évacuation.

L’évacuation de la presqu’île a été ordonnée par la préfète de la Gironde à 3 heures du matin, ce vendredi. La D106, unique route permettant une évacuation terrestre, s’étant rapidement avérée saturée, il a également été décidé de procéder à une évacuation par bateaux, jusqu’à Arcachon, en face de la presqu’île, conformément au plan d’évacuation établi en 2023. Mis en œuvre pour la première fois ce vendredi, ce plan a été conçu pour évacuer « 10.000 à 14.000 personnes dans les 24 heures, en priorisant les personnes vulnérables », précise la préfecture de Gironde.

Ce vendredi matin, près de 2.000 personnes ont transité à travers le bassin, via une noria de bateaux de tailles variées. Ces derniers étaient les seuls autorisés à naviguer dans le secteur, au grand dam de certains plaisanciers. « On ne dérange personne », se plaint l’un d’eux, rencontré sur le port d’Arcachon.

À quelques encablures de là, au niveau de la jetée Thiers, le dernier bateau de la rotation entre la presqu’île et Arcachon arrive. À son bord, vingt-sept personnes, dont Vincent, qui possède une résidence secondaire au Cap Ferret, où il était en vacances en famille depuis une semaine. « Nous sommes douze en tout, un premier convoi est parti à 7 heures du matin, puis, après avoir rassemblé nos dernières affaires, fermé la maison, c’est à notre tour, nous explique-t-il. On est réveillé depuis quatre heures du matin, on est fatigué, un peu stressé, notamment avec ma mère qui n’est pas en très grande forme. »

« Je pense que nous étions les 30 derniers partants du Cap Ferret », poursuit-il. « Là-bas, c’est une ambiance de ville morte, il n’y a plus une voiture, il n’y a plus personne, tous les commerces sont fermés… » Après avoir fait étape chez sa sœur qui habite sur le bassin, il continuera ses vacances en Bretagne. « On n’a pas prévu de revenir », nous lâche-t-il en nous quittant.

Daniel, quant à lui, est un habitant du Cap Ferret à l’année. « On a été prévenu à 4 heures ce matin, et on a continué à surveiller l’évolution de la situation et de la météo toute la matinée, jusqu’au dernier moment pour évacuer, explique-t-il. Même si nous avons été incommodés par les fumées, je ne suis pas vraiment stressé, car nous habitons au bout de la presqu’île, et je ne pense pas que le feu arrivera jusque-là. En revanche, je suis davantage stressé pour les gens de Lège. » Il a pris « juste le nécessaire » pour passer quelques jours chez des amis à Arcachon.

Fernand, un autre habitant du Cap Ferret, « depuis trente ans », nous confie n’avoir vu le message d’évacuation qu’à 9h30 ce vendredi matin, avec une certaine appréhension. « Il y a deux ans, ma maison a complètement brûlé, dans un incendie accidentel », nous raconte-t-il avec émotion. « Là, je ne pense pas que le feu ira jusque là-bas, mais ça m’inquiète quand même. »

L’incendie « le plus important de la saison » en France a déjà parcouru 10.000 hectares et entraîné l’évacuation de 35.000 personnes au total, principalement par voie terrestre. Au nord de la presqu’île, « 80 maisons ont été brûlées, dont une cinquantaine détruite », a précisé le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez.

Bordeaux Métropole a exceptionnellement ouvert le Parc des Expositions de Bordeaux pour accueillir les réfugiés. Il a déjà reçu 270 personnes dans la nuit de jeudi à vendredi. « En prévision de l’arrivée massive des personnes évacuées, la jauge du Parc des Expositions va être élargie, sa capacité d’accueil pourrait monter jusqu’à 10.000 personnes si besoin, en mobilisant également des sites d’accueil proposés dans d’autres communes de la métropole », assure la collectivité.