France

Incendie à Fontainebleau : Les pompiers pyromanes ne jouent-ils pas avec le feu ?

En deux jours, les flammes ont parcouru près de 2.000 hectares dans la forêt de Fontainebleau, où quelque 800 pompiers étaient toujours au chevet de la forêt pour circonscrire les reprises de feu. Un pompier volontaire de 19 ans, arrêté mardi, a été suspendu après avoir embrasé « des brindilles avec un briquet et de l’essence » lundi.


Le long des chemins de la forêt de Fontainebleau, les troncs brûlés ont remplacé les vieux chênes. L’odeur de la terre humide a laissé place à celle des cendres. En deux jours, près de 2.000 hectares ont été ravagés par les flammes. En début d’après-midi, environ 800 pompiers étaient toujours mobilisés pour tenter de maîtriser les reprises de feu. C’est un pompier de 19 ans, volontaire de la caserne de Fontainebleau, qui aurait enflammé « des brindilles avec un briquet et de l’essence » lundi. Arrêté mardi, il a immédiatement été suspendu.

Dans un communiqué, le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Seine-et-Marne a exprimé « sa plus vive consternation ». Il a ajouté que « si les faits venaient à être définitivement établis, ils constitueraient une trahison vis-à-vis de la population que nous défendons ainsi qu’une atteinte aux valeurs fondamentales qui fondent l’engagement des sapeurs-pompiers ».

La tragédie de Fontainebleau n’est pas un cas unique. Le phénomène du « pompier pyromane » se produit régulièrement, au point d’avoir sa propre page Wikipédia en anglais. De nombreux exemples existent. En 2025, un pompier volontaire a déclenché six feux de forêt en Indre-et-Loire et a écopé d’un an de prison ferme. En 2022, un pompier a été mis en examen pour avoir provoqué un incendie dans l’Hérault, justifiant son acte par un besoin d’« adrénaline » et de « reconnaissance sociale ». Un an plus tôt, l’ancien chef d’un centre de secours du Finistère avait incendié dix hangars, trois voitures et deux poubelles, ce qui lui a valu quatre ans de prison.

Entre 2001 et 2004, la police de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, a enquêté sur 1.500 incendies suspects. Parmi les 50 personnes arrêtées, 11 étaient des pompiers. En France, aucune étude ne permet de quantifier le phénomène, mais le ministère de l’Intérieur estime qu’un feu sur dix ayant une origine humaine est le résultat d’un acte délibéré, ce qui correspond à 30.000 incendies par an.

« Dans la population globale des incendiaires, c’est-à-dire ceux qui mettent le feu, les pyromanes ne représentent qu’une petite fraction : de 3 à 5 %. Cela signifie que dans 95 % des cas, il existe d’autres motivations que le feu lui-même : la vengeance, l’argent, la religion, etc. », précise Laurent Layet, expert psychiatre agréé auprès de la Cour de cassation. Par exemple, lorsqu’un quadragénaire met le feu à la maison de son ex-compagne à Véretz, en Indre-et-Loire, l’été dernier, cela s’inscrit dans une dynamique de violences conjugales. Ici, le feu est un moyen, et non une fin.

Les pyromanes, en revanche, « mettent le feu pour le feu », car ils sont fascinés par les flammes. Il n’est donc pas surprenant que certains pompiers, en particulier les volontaires, éprouvent une telle fascination au point d’en déclencher eux-mêmes. « Certains de ces incendiaires, attirés par le feu, choisissent des professions qui les approchent des flammes, comme sapeur-pompier ou garde forestier. Cela rappelle certains pédocriminels qui choisissent des carrières leur permettant de côtoyer des enfants. Cela ne signifie pas que tous les pompiers soient pyromanes, loin de là », souligne Laurent Layet. D’autant plus que, même si des cas de « pompiers pyromanes » existent, plus de 250.000 personnes luttent contre les incendies en France, dont la grande majorité est volontaire.

Chez les pyromanes, le processus demeure identique. Une tension intérieure s’accumule jusqu’à ce que l’allumage du feu la relâche. Cela entraîne un soulagement, parfois une courte excitation, que l’intervention des secours (si le pyromane est impliqué dans son propre incendie) peut prolonger. Dans 57 % des cas, le pyromane reste même sur place pour observer les effets de son acte, selon un article de Julie Palix publié dans la Revue Médicale Suisse.

« Le pyromane souffre d’un trouble du contrôle des impulsions, semblable à celui d’un joueur pathologique. Cependant, il n’est pas pénalement irresponsable. Il sait qu’il commet une transgression », explique Laurent Layet. Il ajoute qu’il existe d’autres profils chez les pompiers qui mettent le feu. « Dans certains cas, la personne cherche à se mettre en avant, comme un anesthésiste qui réanime quelqu’un qu’il a lui-même empoisonné. Ces individus recherchent reconnaissance et ont une estime de soi souvent fragile. » Cela pourrait correspondre à un syndrome du héros. Toutefois, au Sdis de Seine-et-Marne, cette nouvelle a instauré un climat de malaise. Le porte-parole du service, Paul-Edouard Laurain, a déclaré à l’AFP qu’un sentiment de rejet et un peu de honte régnait au sein de la brigade, étant donné que l’auteur des faits était l’un des leurs. Une déception amère qui s’effacera moins rapidement que les stigmates laissés sur la forêt.