Incendie à Crans-Montana : Artus et les rescapés ne se reconstruisent pas
Artus, un jeune Versaillais de 18 ans, a survécu à l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, où 41 personnes ont péri le 1er janvier 2026. Depuis l’accident, il bénéficie de trois quarts d’heures de kinésithérapie par jour et doit porter des vêtements de compression pendant deux ans.

La vie d’Artus a changé de manière radicale il y a six mois. Dans les premières heures du 1er janvier 2026, ce jeune homme de 18 ans, originaire de Versailles, fêtait le Nouvel An avec ses amis à Crans-Montana, en Suisse, lorsque le bar Le Constellation a été pris dans un incendie. Coincées dans un sous-sol devenu un piège mortel, 41 personnes ont perdu la vie.
Artus a survécu à cette tragédie, bien qu’il ait subi des brûlures sur presque la moitié de son corps. « Il a eu beaucoup de chance parce que ses six amis présents avec lui au Constellation sont sains et saufs. Il a été brûlé, mais pas trop au visage », tempère son père, Maximilien Chayriguès.
Pour le jeune rescapé, le retour à la vie quotidienne se révèle être un combat incessant. « Son état de santé s’améliore, mais il connaît des hauts et des bas. Il avance avec courage », indique son père. Désormais, le quotidien d’Artus est rythmé par des séances de kinésithérapie de trois quarts d’heure chaque jour et des visites fréquentes à l’hôpital.
Il doit également respecter des exigences strictes liées aux soins aux grands brûlés : « Les personnes brûlées doivent porter des vêtements de compression et parfois un masque 23 heures sur 24 pendant deux ans. Ce qu’il endure avec la chaleur en ce début d’été, c’est comme s’il devait porter une chemise et un pull tous les jours. » En outre, ses vacances débuteront par trois semaines de cure médicale, loin du soleil qui lui est désormais interdit, tout comme la pratique du sport.
« Se mobiliser pour les autres »
Face à l’ampleur de ce traumatisme, les familles françaises ont ressenti le besoin de se rassembler. Le 26 mai dernier, l’association REVI Crans-Montana a été créée. Aujourd’hui, elle regroupe une quarantaine de familles, soit un peu plus de 70 personnes. « C’est une action collective lancée par un groupe pour rassembler les victimes françaises, explique Maximilien Chayriguès, qui en a pris la présidence. Cela a commencé par un groupe WhatsApp principalement constitué de proches de victimes décédées. Ces personnes ont choisi de se mobiliser pour les autres. »
Rapidement, une réalité douloureuse a émergé. « Après quelques mois, les parents endeuillés ont vu leur deuil se prolonger. Ils sont épuisés, confrontés à un flot administratif. Pour les parents d’un enfant décédé, la page n’est jamais vraiment tournée », confie le président de l’association. C’est à ce moment-là que les parents des jeunes blessés ont pris l’initiative de gérer les affaires courantes : « Nous, parents d’enfants blessés, avons la responsabilité d’être en forme, d’apporter du positif, d’être bienveillants, d’aider notre enfant et de soutenir toute la famille. »
Au-delà de l’écoute entre membres, l’association s’est transformée en un soutien juridique et administratif. REVI lutte contre tout abus. « Nous essayons de débloquer des situations avec l’administration, les institutions françaises et suisses ainsi qu’avec leurs avocats, afin de rendre la vie des victimes moins compliquée », souligne Maximilien Chayriguès. Des dérives ont été constatées, et l’association n’hésite pas à les dénoncer : « Nous avons découvert, par exemple, qu’un avocat suisse surfacturait des familles françaises et qu’un autre, également suisse, lançait une procédure d’indemnisation en France alors que sa spécialité est la protection des données et la technologie. Ce n’est pas admissible. »
« Beaucoup de jeunes ont vu mourir leurs amis »
Pour aider ces familles dans un parcours qui s’étendra probablement sur plusieurs années, un dispositif d’aide aux victimes a été mis en place. Le 12 juin dernier, un comité de suivi des victimes de Crans-Montana a été créé par la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes (Diav), en associant l’équipe de REVI et la fédération France Victimes.
« Sur le territoire, 24 associations France Victimes sont mobilisées pour accompagner les blessés et leurs proches. Nous avons recensé 45 personnes qui ont bénéficié de nos services », précise Anne-Sophie Gavriloff, porte-parole de la fédération. À ce jour, plus de 350 entretiens juridiques, psychologiques ou sociaux ont déjà été réalisés. Sur le terrain, l’urgence est aussi financière, car « pour certaines familles, il a parfois été compliqué de payer les soins des blessés », fait remarquer la porte-parole.
En plus des soins physiques, l’accompagnement psychologique est crucial pour aider ces jeunes à surmonter le choc. « Parmi les victimes, beaucoup ont vu mourir leurs amis. Ils éprouvent parfois un sentiment de culpabilité : « Pourquoi moi, je m’en suis sorti et pas lui ? ». Ce travail est accompli avec eux par les psychologues de l’association », ajoute Anne-Sophie Gavriloff.
Deux coordinateurs spécialisés ont également été désignés pour offrir un soutien individualisé (organismes sociaux, rapatriement, droits des travailleurs frontaliers), tandis qu’un lien étroit est établi avec la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) et le Fonds de garantie pour faciliter les démarches d’indemnisation.
« On lui dit de faire de son mieux »
Alors que l’enquête progresse, l’association REVI veille avec détermination sur la dignité des victimes. Le week-end dernier, le président du Conseil d’État valaisan, Christophe Darbellay, a annoncé que les ruines du Constellation ne rouvriraient jamais en tant que bar, mais seraient requalifiées en un espace dédié à la jeunesse, accompagné d’un mémorial pérenne.
Malgré le poids de son quotidien, Artus tente de retrouver une vie normale. Récemment, il s’est concentré sur son parcours scolaire. Éloigné des cours pendant plusieurs mois, il a néanmoins pris la décision de se présenter aux épreuves du baccalauréat.
Après avoir préparé des écrits, il a passé son Grand Oral le lundi 29 juin. Les résultats seront connus le 7 juillet. « Il fait face à tellement de défis au quotidien qu’on ne lui demande pas d’avoir une mention, ce n’est pas ce qui compte », confie son père avec fierté. « On lui dit de donner le meilleur de lui-même et de veiller à son bien-être. » Artus a déjà une idée de son avenir : même s’il n’a pas été intégré dans Parcoursup, une école spécialisée s’est engagée à l’accueillir s’il obtient un bon niveau en mathématiques. Il envisage également, avec sagesse, « de prendre une pause d’un an pour se recentrer ». Une décision essentielle pour continuer sa reconstruction.
