Guerre en Ukraine : l’armée russe adopte un camouflage zèbre pour ses véhicules.
Le conseiller spécial du ministre de la Défense ukrainien, Sergey « Flash » Beskrestnov, a publié sur sa page Facebook des photos de camions militaires russes portant une livrée camouflage au motif zébré. Mykola Kolesnyk, commandant du 422e régiment séparé de systèmes sans pilote, a affirmé le 3 juin que « cela ne nous empêchera en aucun cas de brûler ces équipements s’ils sont peints de cette façon ».
Il y a une semaine, Sergey « Flash » Beskrestnov, conseiller spécial du ministre de la Défense ukrainien, a partagé sur sa page Facebook des images de véhicules militaires russes dotés d’un camouflage zébré. Ce spécialiste, diplômé de l’Institut militaire des télécommunications et des technologies de l’information de Kiev, affirme qu’il s’agit d’une expérimentation russe visant à tromper les drones ukrainiens. Mais d’où provient cette idée et est-ce efficace ? Au moins une de ces questions a trouvé réponse.
Ces véhicules recouverts de rayures blanches et noires suggèrent que les stratèges de Vladimir Poutine pourraient s’être inspirés du zèbre. Bien que cet animal ne semble pas avoir de risques directs face aux drones ukrainiens, il fait face à d’autres prédateurs. Cependant, la communauté scientifique n’a toujours pas trouvé d’accord sur l’utilité des rayures du zèbre. Certains estiment qu’elles servent de camouflage pour perturber les grands carnivores, tandis que d’autres hypothèses évoquent une protection contre la chaleur ou des insectes. Selon une étude de 2016 du biologiste américain Tim Caro, la dernière hypothèse pourrait être la plus plausible.
Les Russes semblent plutôt s’être inspirés des Anglais, qui avaient mis en place un « camouflage disruptif » lors de la Première Guerre mondiale pour protéger les navires alliés des sous-marins allemands. Dans un ouvrage dédié au camouflage « Dazzle », les auteurs décrivent cette méthode qui consistait à appliquer des motifs très contrastés sur les bateaux, censés perturber la perception directionnelle des sous-mariniers lorsqu’ils tiraient des torpilles. Établie en 1917, cette technique n’a pas toujours été efficace, le nombre de navires touchés par des torpilles cette année-là étant « nettement supérieur à celui de l’année précédente ». Le camouflage Dazzle a par ailleurs été moins utilisé durant la Seconde Guerre mondiale, notamment en raison de l’avènement des radars.
Bien que le motif Dazzle ait disparu des marines militaires, il a été adopté par l’industrie automobile, non pas pour échapper à des attaques, mais pour dissimuler le design de nouveaux modèles avant leur présentation. Selon le site Caradisiac, ces motifs perturbent la perception du design lors des essais en route ouverte.
Pour l’armée russe, l’objectif est de rendre confus les systèmes de guidage des drones ou missiles ukrainiens basés sur la reconnaissance d’images. D’après le site The War Zone (TWZ), « les drones ukrainiens utilisent de plus en plus l’IA pour accroître leur efficacité au combat ». Cette intelligence artificielle permet de « reconnaître, identifier, classifier et suivre » des cibles potentielles. Si un pilote est aux commandes, l’IA lui fournira des détails sur ce qu’il voit, tandis qu’un drone autonome ciblera sa proie après l’avoir identifiée.
Cependant, une IA ne peut identifier que ce qu’elle a appris. En septembre 2024, Schuyler Moore, alors directrice des technologies du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), soulignait les failles des IA dans l’identification des cibles : « Un exemple classique, non classifié, est celui d’une photo d’avion vue du dessus. Si l’on ajoute des pneus sur les ailes, de nombreux modèles de vision par ordinateur ont soudainement du mal à identifier l’avion. » Les Russes ont appliqué ce concept aux véhicules terrestres avec leur version Dazzle.
Pour y remédier, Schuyler Moore a expliqué qu’il fallait « ajuster l’étiquetage [des IA] pour s’adapter », c’est-à-dire mettre à jour les modèles de vision par ordinateur concernant l’apparence des chars ou autres équipements russes. Pourtant, les Ukrainiens ne semblent pas être autant déstabilisés que les Russes le souhaiteraient. « Cela ne nous empêchera en aucun cas de brûler ces équipements s’ils sont peints de cette façon », a déclaré Mykola Kolesnyk, commandant du 422e régiment séparé de systèmes sans pilote, le 3 juin sur la chaîne de l’armée ukrainienne. Selon lui, « les munitions rôdeuses modernes et les systèmes de guidage permettent un ciblage efficace », quelle que soit la couleur des cibles.

