
Francis Heaulme renvoyé aux assises pour un meurtre de 1989.
Francis Heaulme, âgé de 67 ans, est renvoyé devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour le meurtre de Jean-Joseph Clément, un agriculteur tué en août 1989 à Bédarrides, dans le Vaucluse. L’instruction a été rouverte en juillet 2023, entraînant une nouvelle mise en examen du tueur en série.
La justice a de nouveau conduit Francis Heaulme devant les tribunaux. Le tueur en série, âgé de 67 ans, est actuellement renvoyé devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour le meurtre de Jean-Joseph Clément, un agriculteur sexagénaire tué en août 1989 à Bédarrides, dans le Vaucluse. Mais comment un homme incarcéré depuis trente-quatre ans a-t-il pu être à nouveau impliqué dans un crime aussi ancien ? Ce retournement s’explique par des blocages au sein de la justice locale, ainsi que par une méthode d’enquête radicalement renouvelée par des magistrats spécialisés.
Les événements remontent à près de quarante ans. En août 1989, à Bédarrides, près d’Avignon, le corps de Jean-Joseph Clément est retrouvé sans vie. Cet agriculteur de 60 ans a subi une agression d’une violence extrême, son crâne ayant été fracassé par une lourde pierre. Commis sans témoin direct pendant l’été, ce meurtre sauvage a rapidement plongé les enquêteurs dans l’impasse. L’affaire s’est enlisée avant que l’ombre du célèbre vagabond du crime en France n’apparaisse sur le dossier.
Pour comprendre l’importance de ce renvoi, il faut considérer le passé criminel de l’accusé. Surnommé le « routard du crime », Francis Heaulme a été définitivement condamné pour onze homicides commis entre 1984 et 1992, date de son arrestation. Il purgait notamment une peine de prison à perpétuité pour le meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986.
Francis Heaulme a semé la terreur à travers de nombreux départements en agissant selon ses errances. Le meurtre de Jean-Joseph Clément porte les marques indiscutables de son mode opératoire impulsif, qui utilise des armes de fortune trouvées sur place. Bien qu’il ait été mis en examen pour ce meurtre une première fois en 1992, peu après son arrestation par le gendarme Jean-François Abgrall, une ordonnance de non-lieu a été prononcée en 2002 par un juge d’instruction du tribunal de Reims, rendant impossible un procès.
Il a fallu attendre juillet 2023 pour que l’instruction soit rouvert, entraînant une nouvelle mise en examen de Francis Heaulme. En février 2024, le tribunal de Reims a décidé de se dessaisir au profit du pôle national dédié aux crimes sériels ou non élucidés de Nanterre, accélérant le processus.
Toutes les preuves contre Francis Heaulme étaient déjà présentes dans la première procédure. « Ça a été une vraie bataille alors que l’essentiel était dans le dossier », déclare Me Didier Seban, avocat de la fille de la victime. « Heaulme était sur place, contrôlé par les forces de l’ordre le lendemain des faits. Il a avoué à deux reprises et a dessiné le plan du meurtre. Cet homme a été tué à coups de pierre, ce qui correspond parfaitement à sa signature. »
Pour l’avocat, ce fiasco de vingt ans s’explique par la frilosité de l’institution à cette époque. « Il y avait une malédiction Heaulme à Reims, confie-t-il. J’ai rencontré le procureur de Reims qui ne voulait pas rouvrir le dossier. Il a fallu que je monte jusqu’au procureur général de la cour d’appel pour obtenir gain de cause. »
Le dossier a fini par échapper à cette impasse grâce à la vision globale du pôle « cold cases » de Nanterre, qui, créé en mars 2022, a imposé une nouvelle approche en décloisonnant les investigations.
« Depuis le non-lieu, deux condamnations d’Heaulme ont eu lieu, et son parcours criminel montre clairement que cela s’inscrit dans sa méthode », analyse Me Seban. « Cela légitime le fonctionnement du pôle. Il ne faut pas seulement regarder l’affaire, mais aussi le tueur. La loi a changé avec l’instauration de ce pôle. C’est un exemple type de son travail, et je pense qu’il y aura d’autres affaires concernant Heaulme. Cela signifie qu’aucune affaire ne peut échapper à l’enquête, il faut reprendre les affaires non élucidées et ne rien lâcher. »
Ce futur procès est aussi le résultat des efforts d’une femme restée dans l’ombre. Sans la détermination de la fille de Jean-Joseph Clément, le dossier serait resté inactif. « Elle s’est juré sur la tombe de son père qu’elle trouverait l’auteur du meurtre et qu’elle obtiendrait que justice soit faite », explique Me Seban. « Elle a lutté toutes ces années pour ne pas laisser tomber. Elle avait la conviction que c’était Heaulme et elle a même assisté au dernier procès de Montigny-lès-Metz. Si elle ne s’était pas battue, cette affaire n’arriverait pas à l’audience aujourd’hui. »
À présent, la question du calendrier est sur toutes les lèvres. Francis Heaulme, très diminué, a été hospitalisé à Nancy début avril dernier. Si la justice considère qu’il est encore en état de subir un procès, son état physique fait peser une incertitude sur les débats. « On me dit qu’il est en état d’être jugé, mais c’est une course contre la montre », prévient Me Didier Seban. « L’audiencement de la cour d’appel de Versailles, qui s’occupe de Nanterre, doit s’accélérer. » Le compte à rebours est engagé.
