
France – Espagne : Pourquoi les Français ne sont-ils pas soutenus en tribunes ?
Depuis le début de la Coupe du monde, entre 3.000 et 4.900 billets ont été vendus par la Fédération française de football pour les matchs de l’équipe de France. Chez les Irrésistibles Français, la moyenne de 600 adhérents présents durant la phase de poule est passée à un peu plus de 330 pour la demi-finale face à l’Espagne.
De notre envoyé spécial à Dallas,
Deux siècles après leur première venue, les missionnaires sont de retour aux États-Unis. Cette fois-ci, il n’est pas question de Bible, de croix, d’aide « humanitaire » ou de prosélytisme. Un seul objet est suffisant : le maillot de l’équipe de France. Depuis le début de la Coupe du monde, et à la suite des performances prometteuses des Bleus, qui affrontent l’Espagne en demi-finale ce mardi à 21 heures, de nombreux Américains ont été gagnés par la même passion : soutenir Kylian Mbappé, principalement, et les autres joueurs français.
De New York à Philadelphie en passant par Boston, on a pu voir de nombreux étrangers porter le maillot des Bleus, alors que les Français demeurent relativement discrets. Pour les différents matchs, la Fédération française de football a vendu entre 3.000 et 4.900 billets. Ajoutez à cela les tickets achetés sur d’autres plateformes et vous obtenez plusieurs milliers de supporters français qui ont fait le déplacement aux États-Unis, malgré le coût élevé du voyage.
« Pas d’effet d’aubaine ou d’opportunité »
Malheureusement, plus le parcours des Bleus s’approche de la victoire, plus le nombre de supporters français dans les stades diminue. Parmi les Irrésistibles Français, le principal groupe de supporters des Bleus, le nombre moyen de membres assistant aux matchs durant la phase de poules a chuté de 600 à un peu plus de 330 pour la demi-finale contre l’Espagne, explique Guillaume Auprêtre, porte-parole de l’association, qui ajoute :
« Soixante-dix adhérents ont suivi l’ensemble des matchs. Certains sont venus, repartis, puis sont revenus. D’autres viennent spécifiquement pour les demi-finales. Mais c’était planifié à l’avance puisque tous les billets avaient été achetés auparavant. Il n’y a pas d’effet d’aubaine ou d’opportunité. »
Raphaël, 30 ans, qui était présent à Philadelphie et Boston pour les matchs contre l’Irak et la Norvège, a envisagé de revenir aux États-Unis pour retrouver la Roja après la demi-finale de l’Euro en 2024. « Mais il fallait débourser 2.200 euros pour le billet d’avion, regrette ce Bourguignon. Sans compter le prix du billet pour le match. » Comptez environ 800 euros pour une place en catégorie 3, où seront les supporters, pour cette demi-finale.
Les autres nations plus suivies
Comparés aux communautés anglaises, néerlandaises, argentines, brésiliennes ou écossaises, dont certaines disposent d’une diaspora importante aux États-Unis, les déplacements des supporters pour l’équipe de France ont toujours été moins significatifs, ce qui a même surpris aux États-Unis. C’est notamment le cas de Casey Settleman, qui assiste au match France-Espagne ce mardi. Ce youtubeur américain, qui compte 145.000 abonnés et a déjà vu 29 matchs durant ce Mondial, a même produit une vidéo sur le sujet et a pris un moment pour partager son avis :
« Vu de l’extérieur, je considère la France comme l’une des plus grandes nations au monde en matière de football. Je pensais donc qu’il y aurait un public très passionné, prêt à se déplacer sur de longues distances. Et après avoir assisté à tous les matchs de la France en Coupe du monde à l’exception d’un, j’ai été surpris de constater à quel point l’ambiance était faible. J’étais allé voir un match de Ligue des champions du PSG et j’avais été impressionné par ce soutien. Là, je sais que c’est différent d’un club, mais ce manque d’ambiance m’a étonné. »
Des chants pas adaptés ?
On ne s’attendait pas à recevoir une leçon de soutien de la part d’un Américain, mais la réalité est implacable. Contrairement au football de club où les supporters français dominent, depuis le début du Mondial, les Français peinent à se faire entendre dans les tribunes, que ce soit face à la Norvège, au Maroc ou même à l’Irak. Nos deux supporters tricolores avancent plusieurs explications à ce faible niveau sonore.
« J’ai eu l’impression que les Français étaient les seuls à être à l’écart, déclare Raphaël. Les Irakiens étaient juste derrière les buts, en masse, tous vêtus de blanc. Les Norvégiens faisaient de même, derrière les buts, un peu dispersés, mais formant un bloc compact. Ils affichaient tous les couleurs de leur équipe, ce qui aide. En matière d’ambiance, on était loin derrière. »
« Les Marocains étaient plus nombreux, mais parce qu’ils ont des avions affrétés par leur pays. Nous sommes des supporters capables de créer des ambiances que l’on ne voit pas ailleurs, mais les contraintes, notamment logistiques, sont nombreuses. À l’Euro 2024, nous serons beaucoup moins que les Pays-Bas, mais nous ferons beaucoup plus de bruit. »
« Les Irakiens chantaient tous ensemble « Irak », c’était percutant, reprend Raphaël. Nous, on reprend un peu les codes des chants ultras. C’est un peu trop long. C’est sympa, mais ça reste trop club et pas assez nation. Tout le monde ne connaît pas les chansons, et comme il y a beaucoup d’Américains dans les tribunes, ça peine à prendre. »
On imagine ainsi la difficulté pour les Américains de reprendre le « Du Nord de la France, aux rivages de Provence, quelles que soient nos couleurs, le club de notre cœur, une passion nous unit, chanter pour notre pays, sans jamais rien lâcher, en bleu, blanc, rouge, allez ! ». C’est compliqué, on le reconnaît, surtout ce soir-là chez les Texans, peu enclins à faire des efforts dans la langue de Molière.
Et en cas de finale ?
Cette atmosphère plutôt réservée a même conduit à comparer les Français aux supporters de Manchester City pour leur faible nombre de déplacements et le peu d’ambiance générée dans les tribunes. Cette comparaison est jugée insultante. Toutefois, cela n’empêche pas le porte-parole des Irrésistibles Français d’être fier du travail accompli par ses troupes, qu’il espère retrouver dimanche pour la finale à New York.
Guillaume Auprêtre, qui aborde chaque match de manière progressive, préfère ne pas trop parler de ce rendez-vous tant que la qualification des Bleus n’est pas assurée. Mais il sait qu’il sera compliqué de mobiliser les supporters en grand nombre : « Nous sommes quand même dans l’anticipation. Cependant, entre ce que nous pourrons mettre en place ou non, et les aléas, il y a trop de facteurs encore inconnus. » Mais pas l’identité de l’adversaire, qui sera de toute façon supérieur en nombre si nous arrivons jusque-là.
