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France-Espagne : « Les vacances ne sont pas idéales » après ce 14-juillet difficile pour les supporters bleus

À Canet-en-Roussillon, au coup de sifflet final de France-Espagne, la foule présente à la rue de la soif s’est dispersée sans un bruit. Ce 14 juillet footballistique a plus viré à la bérézina qu’à la prise de la Bastille avec un score de 2-0 en faveur de l’Espagne.


A Canet-en-Roussillon, la rue s’est soudainement vidée, silencieuse. Au coup de sifflet final de France-Espagne, la foule présente dans la rue de la soif s’est dispersée sans un bruit. Pas de fête prolongée, pas de câlins entre inconnus, même pas un shot au comptoir. L’ambiance faisait plus penser à un enterrement qu’à des vacances, une atmosphère inhabituelle pour cette station balnéaire des Pyrénées-Orientales en juillet.

Tout semblait pourtant si prometteur. C’était un jour de fête nationale, les vacances au bord de la mer dans l’une des plus belles régions de France, un ciel bleu et une demi-finale de Coupe du monde. Il ne manquait que la qualification pour la dernière étape pour faire de cette journée un moment inoubliable, quelque part entre l’obtention du bac, la première fois et la naissance de son enfant.

« On n’a même pas vibré », a déclaré Sébastien, 45 ans. Au moment du coup d’envoi, Dimitri, 32 ans, n’en doutait pas : « On a la meilleure équipe, les Avengers en attaque, on va broyer l’Espagne. » Sûr de lui, il avait déjà prévu de célébrer la victoire. « Mes amis et moi, on va fêter ça avec un bain de minuit », promettait-il en regardant la plage toute proche. L’ambiance était festive, prête à s’enfiler un ultime pastaga pour refaire le monde. Spoiler : trois heures plus tard, le monde s’avérera cruel, et Dimitri et sa bande rentreront chez eux la tête basse, malgré leurs vêtements soignés.

Ce 14 juillet a tourné à la désillusion plutôt qu’à la célébration. L’Espagne a infligé un score de 2-0, et dès le premier but, le match s’est transformé en supplice d’une heure, les Bleus étant incapables de réagir. Sans but, sans espoir, seulement une domination unidirectionnelle. « C’est le pire dans ce match… On n’a même pas vibré ! », s’est agacé Sébastien. « En 2016, il y avait eu le poteau de Gignac, en 2022, le triplé de Mbappé. Là… » Les échanges se sont alors envenimés autour du prix de la pinte, de l’heure de réveil le lendemain, de la vaisselle non faite, ou d’un chargeur oublié à Paris à mille kilomètres.

Même si la misère est censée être moins dure au soleil, la mauvaise foi ne change pas. À Canet, Paris ou Lyon, les propos après la défaite se ressemblent. Les accusations fusent : arbitre corrompu, Deschamps trop défensif, équipe manquant d’audace, ou destin particulièrement cruel pour les Bleus. « J’étais sûr qu’on serait champion du monde. Les vacances sont gâchées, je nous voyais déjà soulever la Coupe », a déploré Julie, dans la vingtaine. « Je me suis rarement autant attachée à une équipe de France. C’est triste que ça se termine ainsi, ça ternit toute la compétition. » Face à ce rêve de troisième étoile disparu, une visite au joli village de Collioure ou une sortie en bateau pour observer des baleines semblent dérisoires. « Et imaginez que ce soit l’Argentine qui soit championne du monde. Ça serait les pires vacances de ma vie », a-t-elle ajouté.

Pour Léa, qui partait le lendemain après avoir fait le pont, « c’est une fin de vacances amère. J’ai adoré la région, mais ça restera le lieu où la France s’est fait battre dans mes souvenirs. » Martin, collègue de Léa, s’est lancé dans une réflexion profonde, alimentée par le chagrin et quelques pintes de trop : « Les compétitions passent, et on gâche les occasions. Depuis douze ans, la France produit des Griezmann, des Mbappé, des Pogba, des Kanté, des Varane, des Olise, des Dembélé… Tous parmi les meilleurs joueurs que l’on ait eus, et pour quoi ? Une seule Coupe du monde. J’ai peur qu’un jour, on regrette toutes ces opportunités manquées. On n’aura pas toujours de tels effectifs. C’était peut-être notre dernière vraie chance d’être champion. »

Une dernière chance et un premier gros chagrin footballistique pour Dylan, un petit garçon de 8 ans, inconsolable et en larmes à tous les passants. Le football, c’est comme l’amour : la première déception fait toujours le plus mal. Son père essaie de rassurer son fils en lui rappelant qu’il ne s’agit que d’un jeu, qu’ils ont tout de même un parcours honorifique et qu’une petite finale les attend. Rien n’y fait.

Ou presque. Sur le chemin du retour vers leur camping, le père a la bonne idée d’acheter des churros, avec double supplément Nutella s’il vous plaît. Les larmes de Dylan s’estompent un peu et un sourire réapparaît devant cette gâterie sucrée. Un petit souvenir des vacances, enfin.