
Elles ne s’excusent pas : Shakira, Madonna et les stars badass quinquas
Yann Moix a déclaré lors d’une interview accordée à Marie Claire en 2019 qu’il était « incapable d’aimer une femme de 50 ans » et a qualifié les quinquagénaires d’« invisibles ». Selon Sophie Dancourt, « les femmes de 50 ans et plus restent toutefois sous-représentées dans les médias, ou ne le sont pas en tant que telles ».
« Je suis incapable d’aimer une femme de 50 ans. Je trouve ça trop vieux. » Cette déclaration de Yann Moix, faite lors d’une interview pour *Marie Claire* en 2019, reste marquante. Il y affirmait préférer « le corps des femmes jeunes » à ceux des quinquagénaires, qu’il jugeait alors « invisibles ».
Quel est l’état des choses sept ans plus tard ? Plutôt que les pensées du polémiste, il s’agit de la visibilité des femmes de 50 ans et plus. Les mentalités évoluent à un rythme lent mais régulier, soutenues par des personnalités publiques de plus en plus visibles qui démontrent que la vie ne s’arrête pas à 50 ans pour une femme, bien au contraire.
### « Elles avancent malgré les critiques »
À près de 50 ans, Shakira revient en force, multipliant les apparitions sur scène. En début d’année, selon Billboard, elle a battu le record de la tournée hispanophone la plus lucrative avec *Las Mujeres Ya No Lloran*. De plus, elle a participé à quatre Coupes du monde, avec deux hymnes officiels à son actif. Artiste et cheffe d’entreprise, la chanteuse prouve que créativité et performance ne sont pas réservées à la jeunesse, contribuant ainsi à déconstruire de nombreuses injonctions liées à l’âge des femmes.
Madonna, dont le retour a transformé Times Square en dancefloor, incarne également une femme qui continue de créer malgré les critiques liées à son âge. « Les représentations évoluent grâce à ces femmes, qui avancent malgré les critiques », explique Sophie Dancourt, fondatrice du média engagé *J’ai piscine avec Simone*. « Ce qui est intéressant, c’est qu’elles inversent le récit dominant de la perte, du déclin. » Ces modèles de réussite rendent visible une partie de la population pendant longtemps négligée et laissée de côté par la société.
### « L’effet de masse est hyper important »
Ce n’est pas la première fois qu’une quinquagénaire célèbre brille sous les projecteurs, mais le changement tient à « l’effet de masse » qui est « hyper important », souligne l’auteure de *Vieille, c’est à quelle heure ? ! 50 ans, le nouvel âge d’or* (Editions Leduc). Demi Moore s’est illustrée dans *The Substance* en 2024, un film qui interroge la quête de jeunesse éternelle, et en tant que membre du jury du Festival de Cannes 2026. Mylène Farmer prépare un nouvel album qui sortira fin octobre. La liste des artistes qui se distinguent est longue, une bonne nouvelle.
« Avant, on en sortait une de temps en temps et on en faisait un totem. Plus elles sont nombreuses, plus ça donne envie à d’autres d’y aller. Et, il faut le dire, on sera de plus en plus nombreuses, ne serait-ce pour des raisons démographiques. C’est juste une remise en proportion finalement. »
Cependant, les femmes de 50 ans et plus restent souvent sous-représentées dans les médias, ou leur représentation ne reflète pas leur réalité. « On voit souvent des mannequins jeunes pour vendre des crèmes « anti-âge ». Cela fait partie des injonctions qui nous atteignent et qui engendrent une forme d’auto-censure pour se conformer à ces normes », explique Sophie Dancourt. Historiquement cantonnées aux rôles secondaires peu valorisants, les quinquagénaires se muent progressivement en héroïnes audacieuses de séries télévisées. Des personnages comme Jean Milburn (Gillian Anderson) dans *Sex Education*, Sylvie Grateau (Philippine Leroy-Beaulieu) dans *Emily in Paris*, ou l’obsessionnelle M dans *Le Délicieux Professeur V.* témoignent de ces évolutions.
### A quand un réel changement ?
Les mentalités évoluent, mais pour le grand public, ces changements demeurent encore timides. Shakira et Madonna, en dépit de leurs succès, ne sont pas épargnées par les critiques physiques. Ces injonctions poussent les femmes à avoir recours à la chirurgie esthétique, aux colorations, et à utiliser divers produits pour éviter de montrer un âge souvent synonyme de marginalisation. « On voit beaucoup de visages qui n’ont plus d’âge, c’est encore plus que le fait de rester jeune, et c’est très déstabilisant », déplore Sophie Dancourt. « En conséquence, elles poursuivent leur carrière, mais on ne peut pas considérer qu’elles le font en tenant compte de leur âge. » Ce constat complique la situation pour le grand public, en matière d’identification et d’acceptation de soi.
« Les blocages viennent de la société car les injonctions sont très fortes. »
Dans le milieu professionnel, les femmes de 50 ans et plus continuent de faire face à des obstacles. « Elles sont de plus en plus nombreuses à changer de voie ou à créer leur entreprise, mais elles rencontrent des difficultés pour lever des fonds, beaucoup plus que les hommes », constate Sophie Dancourt, qui s’efforce de déconstruire ces stéréotypes à travers son média *J’ai piscine avec Simone*. « Il faut aller au-delà des déclarations d’intention. Des lois et des chartes existent, mais il est crucial que les choses changent vraiment. Il faut soutenir les femmes sans toujours penser aux quotas et reconnaître leur valeur. » Sur les réseaux sociaux, dans la presse, ainsi que dans les séries et films, les voix commencent à s’élever pour faire évoluer les mentalités. Avec environ 10 millions de femmes âgées de 45 à 65 ans, il y a de quoi susciter un véritable mouvement.
