Eczéma : nouveaux traitements montrent « des progrès thérapeutiques formidables »
En France, 2,5 millions de personnes sont atteintes d’eczéma, une maladie inflammatoire chronique de la peau liée à une dérégulation du système immunitaire. Des traitements locaux ne contenant pas de corticoïdes existent mais sont surtout efficaces pour l’eczéma du visage, moins sur le corps.
Les nuits perturbées par des démangeaisons, l’envie irrésistible de se gratter jusqu’au sang, les plaques rouges qui surgissent sur le corps… Pour les 2,5 millions de personnes souffrant d’eczéma, ces symptômes sont souvent une réalité quotidienne. Cette maladie inflammatoire chronique de la peau résulte d’une dysrégulement du système immunitaire et d’une altération de la barrière cutanée, ce qui augmente la perméabilité aux agressions extérieures.
Pendant longtemps, de nombreux patients ont eu le sentiment qu’ils devaient simplement « faire avec » après avoir essayé diverses crèmes et pommades sans résultats durables. Bien que l’eczéma ne puisse toujours pas être guéri de manière définitive, l’émergence récente de nouvelles molécules a changé la situation, permettant à certains malades de voir une diminution significative de leurs symptômes.
Pour réduire l’inflammation et les démangeaisons, une crème à base de corticoïdes peut être prescrite, bien qu’elle puisse affaiblir la peau. « Il y a une importante corticophobie chez les patients », constate la dermatologue Marie-Aleth Richard, cheffe de service de dermatologie et professeure à l’hôpital Marseille Timone. Des traitements locaux sans corticoïdes existent, mais sont principalement efficaces pour l’eczéma facial, et moins sur le corps, occasionnant parfois des sensations de brûlure. Par ailleurs, certains ne sont remboursés que pour l’eczéma chronique des mains.
Des immunosuppresseurs
Lorsque la cortisone n’est pas suffisante ou que l’eczéma est sévère, le traitement de première intention est la Ciclosporine, un immunosuppresseur administré par voie orale. « Il est très efficace mais mal toléré », avertit la professeure Manuelle Viguier, vice-présidente du GREAT, groupe de recherche sur l’eczéma atopique, lié à la Société française de dermatologie. Des nausées, des migraines ou des douleurs abdominales peuvent apparaître à court terme, tandis qu’à long terme, le risque d’infections, d’hypertension ou d’insuffisance rénale s’accroît.
« La Ciclosporine n’est pas anodine, c’est un traitement initialement conçu pour empêcher le rejet de greffe, rappelle la professeure Richard. Elle demeure précieuse dans les formes très sévères d’eczéma, pour une action immédiate, mais un autre traitement doit être envisagé par la suite. » Une surveillance médicale rigoureuse est donc essentielle pour ces patients. « Nous souhaitons ne plus être contraints de prescrire la Ciclosporine en première intention, car nous avons désormais accès à des traitements mieux tolérés et efficaces sur le long terme », ajoute la professeure Viguier.
Des biothérapies
Parmi les nouvelles solutions se trouvent les biothérapies, administrées par injection sous-cutanée, généralement toutes les deux semaines. « Contrairement aux corticoïdes et aux immunosuppresseurs qui agissent de manière non spécifique, ces médicaments ciblent la réponse immunitaire avec des anticorps dirigés contre des protéines impliquées dans l’inflammation », explique la vice-présidente du GREAT.
Dupilumab, Tralokinumab, Lébrikizumab, Nemolizumab… Plusieurs biothérapies ont été lancées sur le marché ces dernières années. « 50 % des patients verront au moins 75 % de leurs symptômes réduits », estime la professeure Richard, en rappelant que ces chiffres varient selon le type de biothérapie. Toutefois, des effets secondaires compliquent leur utilisation pour certains patients. Une inflammation oculaire et une aggravation significative de l’eczéma au niveau de la tête et du cou peuvent entraîner l’arrêt du traitement.
Des anti-JAK
Un autre traitement de deuxième intention, sous forme de comprimés, a été introduit ces dernières années : les anti-JAK. « Ils empêchent le signal de se transmettre lorsque la protéine de l’inflammation se lie à son récepteur dans la cellule », résume la professeure Manuelle Viguier.
« Les anti-JAK sont plus efficaces que les biothérapies, mais moins bien tolérés », précise la cheffe de service de l’hôpital Marseille Timone. Ces molécules peuvent augmenter le taux de cholestérol et de triglycérides ainsi que le risque d’infections, notamment de zona. Les anti-JAK sont même contre-indiqués chez les fumeurs et les femmes enceintes, et leur usage est déconseillé aux personnes ayant des antécédents de cancer ou de problèmes cardiovasculaires ou thromboemboliques.
« Nous connaissons une période de progrès thérapeutiques considérable avec des avancées rapides qui nous donnent l’espoir de traiter efficacement tous les patients un jour », se félicite la professeure Viguier. À plus long terme, les chercheurs aspirent même à « réinitialiser » le système immunitaire pour offrir une guérison définitive de l’eczéma.

