
Dix ans après l’attentat de Nice : les enfants témoins traumatisés
Il y a dix ans, 86 vies ont été emportées sur la Promenade des Anglais dans l’attentat du 14-Juillet à Nice. Franck Fernandes, journaliste, a réalisé le documentaire « 10 ans », qui donne la parole à des enfants présents lors de l’attentat et témoigne des traumatismes qu’ils continuent de gérer.
Il y a dix ans, 86 vies étaient fauchées sur la Promenade des Anglais lors de l’attentat du 14 juillet à Nice. Parmi les milliers de spectateurs présents ce soir-là pour le feu d’artifice, près de 3.000 enfants assistaient à la scène. « C’était une fête pour les gosses. On est en famille, on mange une glace, il fait bon, on se couche un peu tard. Autour de moi, j’ai beaucoup de personnes qui ont des enfants qui restent touchés psychologiquement », souligne Franck Fernandes, journaliste et photoreporter à Nice Matin. Il a récemment réalisé un documentaire intitulé « 10 ans », donnant la parole à Maëva, Violette, Lucie et Théo, qui étaient enfants au moment de l’attentat.
Dans un entretien accordé à 20 Minutes, Franck, qui était sur la Promenade en famille et en tant que photographe ce jour-là, explique son souhait de « donner la parole à ceux qui étaient alors enfants » et de « comprendre comment on gère le traumatisme du monde de l’enfance à l’âge adulte ».
Pourquoi avoir choisi, dix ans après l’attentat du 14 juillet à Nice, de donner la parole à des personnes qui étaient enfants à l’époque ?
Franck Fernandes avait déjà réalisé, cinq ans après l’attentat, un premier documentaire sur la Promenade des Anglais et son vécu. Il ne souhaitait pas revenir sur les événements, mais plutôt permettre aux témoins de s’exprimer pour comprendre comment ils gèrent leur traumatisme en grandissant. Il voulait narrer les différentes étapes de la reconstruction et leur signification pour la vie adulte.
Franck aurait pu interroger des enfants de son cercle ou de celui du journal, mais il souhaitait une approche plus saine. Il a donc contacté le service de pédopsychiatrie de Nice Lenval, où il a été mis en relation avec trois psychiatres qui ont trouvé l’idée positive, estimant que les enfants n’avaient pas été suffisamment écoutés et que leurs témoignages pouvaient être bénéfiques.
Qu’ont-ils vu ce soir-là ?
Il n’a pas posé cette question, ne voulant pas raviver des traumatismes en demandant aux enfants : « alors tu as vu quoi ? », « tu t’es caché où ? ».
Qu’est-ce que ces entretiens vous ont permis de réaliser ?
Les jeunes interrogés ont tous connu une phase de déni avant de prendre conscience de leur traumatisme. Chacun a eu un déclic psychologique ou physique. Pour Théo, cela a été le diagnostic de sa maladie de Crohn, souvent lié à un stress intense. Violette avait des démangeaisons jusqu’au sang, Maëva s’était projetée dans un personnage adulte et Lucie a été paralysée après avoir perdu connaissance. Tous cherchent désormais un chemin vers la reconstruction, ressentant cela comme une nécessité.
Si tous ont en commun d’avoir eu un « déclic », qu’en est-il de leur parcours de reconstruction ?
Ce traumatisme influence leurs vies. Lucie, par exemple, a choisi d’être en contact avec les autres, ce qui l’a menée vers la restauration. Plus elle s’occupe des autres, plus elle se sent vivante. D’autres, comme Maëva, sont encore en quête de leur chemin. Franck a été surpris de constater qu’ils demeurent aussi marqués psychologiquement. Cela ne concerne qu’un échantillon de jeunes qui n’ont pas été blessés physiquement ni perdu un proche. Les récits qu’il a entendus laissent entrevoir une portée bien plus large.
